Oléoduc Énergie Est de TransCanada

Oléoduc Énergie Est de TransCanada
Sarah St-Denis
Actualité

La mobilisation appelée à grandir

Rarement un projet comme celui de l’Oléoduc Énergie Est de TransCanada aura semé autant d’inquiétude dans la population québécoise. Si l’on assiste déjà à une multitude de mobilisations sociales à travers la province depuis les derniers mois, celles-ci sont appelées à grandir, si l’on se fie à leurs organisateurs. Une situation qui touche de près les Laurentides.

À ce jour, citoyens et élus de plusieurs municipalités concernées par le tracé prévu de l’Oléoduc se sont manifestés dans l’espace public afin de signifier leurs inquiétudes. Suivant ce courant, une rencontre citoyenne, organisée par la Coalition Vigilance Oléoducs (CoVO) et le groupe d’Action Mobilisation Ste-Anne-des-Plaines, a eu lieu à Mirabel le 27 février dernier, dans le but d’informer la population de l’état actuel du dossier et des enjeux qui l’accompagnent.

La rencontre, qui comportait des présentations des organismes Greenpeace et Équiterre, a notamment permis aux personnes présentes de prendre connaissance de la procédure à suivre afin de s’inscrire aux audiences de l’Office national de l’énergie (ONÉ). La période d’inscription à ces audiences donnait à tous les participants une chance d’être choisis pour avoir l’opportunité d’exprimer leurs craintes et préoccupations devant l’Office. À la date butoir pour soumettre une demande qui était le 3 mars, l’ONÉ avait reçu plus de 1800 demandes, un record. Le nombre de demandes qui seront retenues est encore inconnu.

Un processus critiqué

Ce processus de consultation citoyenne est cependant critiqué par certains.

«Les gens doivent prouver l’intérêt de leur questionnement au moyen d’un texte allant jusqu’à 500 mots. L’ONÉ se réserve ensuite le droit de juger de la pertinence de ce questionnement, et d’octroyer ou non le privilège à la personne de pouvoir se faire entendre auprès d’elle. Beaucoup de personnes se sentent intimidées ou mises de côté par une telle procédure, et l’ONÉ demeure en ce moment le seul endroit où elles peuvent s’exprimer», explique Marie-Ève Robinson, fondatrice d’Action Mobilisation Ste-Anne-des-Plaines.

«Un sentiment d’impuissance est ressenti par les citoyens face à la grosse machine des hydrocarbures. Ils n’ont pas eu de réponses à leurs questions lors de la séance d’informations tenue par TransCanada. Il est certain que la mobilisation citoyenne grossit à l’heure actuelle, car les gens sont tannés de ne pas avoir de réponse», ajoute-t-elle.

Rappelons qu’une liste de questions pré-établie devait être respectée par les candidats aux audiences et que l’ONÉ a exclu la question des gaz à effet de serre de l’étude du projet de TransCanada.

Parmi les préoccupations des résidents, la question de la contamination de l’eau prédomine, tant du côté des agriculteurs que de l’alimentation en eau potable des différentes municipalités.

«Nous dénonçons le fait que TransCanada n’ait pas prévu de mesures de sécurité adéquates. Les municipalités ne savent pas comment serait gérée la situation en cas de fuite et les pompiers ne sont pas formés pour ça. Un bitume lourd, ça colle au fond de l’eau, ça ne se voit pas en surface. Ça peut couler longtemps avant qu’on s’en rende compte», affirme Mme Robinson.

Une situation exceptionnelle

La réaction populaire que suscite le projet d’Oléoduc est telle que le Conseil régional de l’environnement (CRE) des Laurentides entend se positionner prochainement.

«Il s’agit d’un record d’opposition, quelque chose de rarement vu. Nous sommes un organisme de recommandations, pas de protestations, mais la situation est telle que nous prévoyons prendre position publiquement dans ce dossier. Une résolution sera adoptée prochainement par notre CA. Nous déplorons que l’ONÉ ne prenne pas en considération les émissions de gaz à effet de serre et nous souhaitons convaincre le gouvernement de déclencher un BAPE à ce sujet», exprime Anne Léger, directrice générale du CRE Laurentides.

Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ) dénonce également le fait que l’ensemble de la documentation déposée par TransCanada ne soit pas traduite en français, une entrave grave à la participation du public et au respect des langues officielles selon l’organisme.

Le 30 octobre dernier, TransCanada a déposé un projet de construction d’un oléoduc qui permettrait l’acheminement du pétrole de schiste et des sables bitumineux vers l’est du Canada, projet pour lequel 720 km d’oléoduc seraient à construire sur le territoire québécois. Les Laurentides étant au nombre des secteurs concernés par le tracé de la compagnie, plusieurs regroupements de la région s’opposent à ce projet, dont les organismes de bassins versants de la rivière du Nord (Abrinord) et de la

rivière des Mille Îles (COBAMIL). Ceux-ci estiment notamment que l’oléoduc traverserait plus d’une centaine de cours d’eau, dont la rivière des Outaouais, des Mille Îles et du Nord.

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