Des champions, il y en a partout. D’ailleurs, le sport de haut niveau regorge de ce type d’individu. Des gens de caractère, talentueux, prêts à de nombreux sacrifices et à qui le mot « souffrance » ne fait pas peur. Ce sont des élites nationales, des athlètes au physique herculéen, des adeptes de la performance. Plus rares que les champions, il y a les grands champions. Selon moi, ils se distinguent du lot par leur recherche de la victoire, la vraie, celle avec un grand V. Lance Armstrong, Alex Harvey, Hussein Bolt : Voilà selon moi des athlètes qui représentent bien le modèle du grands champions. Quand ces types là s’entrainent, ou lorsqu’ils participent à une course, ils partent à la guerre, le couteau entre les dents. Ils n’ont en tête que la victoire.
Pour ma part, cela fait déjà plusieurs années que je m’entraine sérieusement sur mon vélo. Depuis mes débuts sur deux roues, je n’ai eu en tête que deux objectifs : le premier et le plus important, ce fut et ça demeure la quête du plaisir. Se sustenter avec tout ce qui entoure le vélo : le grand air, la nature, les amis, l’adrénaline, les collations après l’effort, la sensation de félicité d’après course lorsque tout a été donné…Bref, avoir du fun !
Le second, inévitable lorsqu’on se plie à un entraînement plus ou moins rigoureux, c’est de s’améliorer. Que ce soit de mettre le pied à terre le moins souvent possible, d’apporter des améliorations significatives à ses capacités physiques ou de réduire l’écart en compétition par rapport au vainqueur, vouloir devenir meilleur est à mon avis inévitable lorsqu’on souhaite participer à une ou plusieurs compétitions.
C’est bien beau tout cela, mais ce ne sont pas que ces deux idéaux qui animent les grands champions ! Ajoutons à cela la rage de vaincre, et la frontière entre la pôle position et le reste du peloton ne peut que s’amenuiser. L’esprit du guerrier, voilà tout.
Je n’ai été que très rarement animé par ce sentiment. Vouloir être le meilleur. Pouvoir être en mesure de dire : « aujourd’hui, il n’y en avait pas de plus coriaces ». La plupart du temps, surtout en entraînement, je me bats contre moi-même. Je me dis « allez, ces dernières intensités sont les plus payantes, donne le maximum même si ça fait mal, tu iras encore plus vite la prochaine fois ! », ou encore « t’es pas la plus joli avec cette grimace, mais t’as du chien ! » Ça demeure tout de même satisfaisant. S’entrainer pour s’améliorer. Donner son 110 % pour gagner une ou deux positions. Bref, forcer pour tirer satisfaction dans la douleur.
Mais voilà que soudainement, la rage de vaincre me titille les mollets. Voilà une agréable sensation. Voilà une source de motivation cent fois meilleure que ce à quoi je suis habitué. J’ai le goût de gagner, pas seulement d’aller plus vite, voilà tout. Rien à voir avec le nombre de calories brûlées sur une machine elliptique au style digne d’un vieux film de Star Trek. (En passant, je n’ai rien contre ces appareils, même que je respecte au plus au point leurs utilisateurs qui font preuve d’une ténacité mentale hors paire).
Voilà quelques semaines que ce sentiment m’habite, et j’espère qu’il en sera de même pour la première course qui se tiendra au début mai. Il n’est pas question ici de terminer premier devant le champion du monde en titre, mais quand même, disons que j’ai le goût de leur en faire voir de toutes les couleurs. (Le brun de la boue propulsée par mon pneu arrière serait un bon début.)
Mercredi matin, je quitte la maison pour la Virginie afin de participer à un camp d’entraînement printanier avec l’Équipe du Québec. Plusieurs heures en selle sont prévues : environ 35 heures sur le bitume m’attendent pour un bon neuf jours. Je peaufinerai ma préparation en vue de la saison de course imminente en effectuant un dernier bon bloc d’entraînement volumineux sur le vélo de route. Là-bas, le terrain d’entrainement est idéal : de nombreux cols, des routes lisses comme un tapis de billard, de grandes vallées, une nature luxuriante…
Et croyez-moi, je compte remporter le plus grand nombre de sprints de pancarte possible. Ça aussi c’est un bon début !


