Lorsque je regarde mes petites sœurs qui, au début de l’adolescence, se soumettent nonchalamment à diverses modes, je constate à quel point nous pouvons être influençables. Cellulaires par-ci, maquillage par-là. Rose bonbon ou jaune moutarde ? Ça dépend de la saison, du mois, de la semaine ? La mode est partout, et ses subtiles influences n’affectent pas que les ados. Moi-même, lorsque je n’arbore pas fièrement le complet moulant du cycliste, je sors de chez-moi paré de quelques morceaux issus du 21 e siècle.
Le cyclisme n’échappe pas à cette tendance. En fait, c’est l’un des sports où l’effet de la mode est le plus observable. Qu’est-ce qui a plus de style qu’un cycliste chevauchant une monture exotique au prix prohibitif, paré de se plus beaux habits et pédalant avec une aisance plus que parfaite ? Rien du tout, hormis peut-être un peloton tout entier de ces spécimens sur deux roues.
Et cette perfection n’est pas une utopie, puisque le peloton du Tour de France et les coureurs professionnels se plient bien souvent à cet ensemble de règles non-écrites. Une véritable sommité en termes de perfection.
Comme dans tout phénomène relié à la mode, l’ensemble de la communauté cycliste en est affecté. Ainsi, le parfait modèle du cycliste professionnel constitue parfois un idéal de style à atteindre pour bon nombre de mes compères. Ce phénomène engendre souvent des faits cocasses, où la mode fait des victimes. Il est assez courant de voir des cyclistes qui, voulant ressembler à leurs idoles du peloton professionnel, ressemblent plutôt à de vraies saucisses dans leurs maillots trop serrés..! Le contraire, bien que moins fréquent, est malheureusement tout aussi vrai, où parfois certains ne remplissent pas leurs maillots, faute d’un corps suffisamment charnu.
Qui dit cyclisme dit jambes rasées, bien sur. Et pourquoi ça ? Pour le style ? Bien sur que non, vous diront la plupart des déplumés sur deux roues. C’est pour les blessures, pour éviter que le poil n’engendre des infections dans les plaies. Encore mieux, c’est pour l’aérodynamisme ! Moi-même, je me plie à ce rituel. Il est vrai qu’avec des jambes lisses, le poil ne s’introduit pas dans les plaies. Mais entre vous et moi, si je voulais réellement éviter les infections, j’aborderais une armure. Parce que sincèrement, des plaies poilues s’infectent beaucoup moins que des plaies regorgeant de boue… À titre d’exemple, j’ai déjà subit les tourments d’un médecin qui a du nettoyer une de mes plaies, ou devrais-je dire la récurer jusqu’à l’os, bien que mes jambes furent fraîchement rasées. Les poils n’y étaient pour rien, c’était plutôt la terre et les petites roches.
Je l’avoue, je me plie à cette mode des jambes rasées principalement pour une question de style. Cela fait partie d’un code d’étique. Mais la mode peut également avoir ses côtés pratiques. Par exemple, la fin de semaine passée, je prenais part à la première Coupe du Québec de la saison qui se déroulait à Terrebonne. Un véritable bain de boue ! Je m’y suis remémoré un bienfait réel des jambes lisses : elles se nettoient beaucoup mieux.
Il y a aussi des phénomènes de mode propres uniquement au vélo de montagne. Depuis quelques saisons déjà, le marché se partage entre les traditionnels vélos avec un diamètre de roues de 26 pouces et un nouveau venu, le vélo 29 pouces. Question de mode ? Innovation technique ? Un peu des deux peut-être. Je me suis laissé emporter par le courant et cette année, je roule sur mon premier vélo à grandes roues. J’étais sceptique avant d’avoir ma monture, mais je ne le suis pas demeuré longtemps. Terrebonne m’a véritablement ouvert les yeux sur les vertus de ce concept : les grosses roues, ça passe partout ! La bouette se révèle être un véritable jeu d’enfant avec ce type de machine, et les obstacles se franchissent en un tour de pied.
Pour une première course depuis les mondiaux de l’an passé, j’étais assez satisfait. Bien que mon départ ne fut vraiment pas à la hauteur, je suis passé des derniers retranchements pour remonter progressivement des cyclistes jusque dans le top 10. J’étais loin derrière, vers la trentième position, pour finalement terminer 7e, et avec une aisance qui m’a agréablement surpris.
J’attends avec impatience la première Coupe Canada de la saison qui aura lieu ce samedi au Mont Tremblant. Jambes rasées, vêtements dignes d’un défilé parisien et vélo 29 pouces seront bien évidemment là pour ma motivation…et l’essentiel : le moteur bien rodé et bien sur le plaisir avant toute chose.


