Je ne vous raconterai pas le film. Je vous inviterai fortement à aller le voir, si possible en famille. Au-delà des émotions poignantes, des destins tragiques, brisés, de cette jeunesse que l'on perd de manière aussi violente, de ces familles, amis, proches touchés par tous ces drames, ce documentaire nous interpelle tous. Sans jugement, sans morale. Entrevue avec le réalisateur Paul Arcand et la productrice Denise Robert.
Thomas Gallenne: «Dans votre documentaire, vous ne faites place à aucun spécialiste de la sécurité routière. Pourquoi?» – Paul Arcand: «J'ai rencontré un paquet d'experts, sauf qu'à un moment donné, l'élément essentiel est que les jeunes doivent se reconnaître, faut que ça les touche, que l'environnement soit réaliste. La critique qu'ils font des publicités de la SAAQ est qu'elles font peur à leurs parents, mais qu'ils ne se reconnaissent pas. D'entrée de jeu, on a voulu raconter des histoires vraies et amener la discussion autour de l'auto.» TG: «Finalement, avec votre documentaire, vous souhaitez susciter le débat?» PA: «Oui, on veut amener la discussion entre parents et adolescents. On ne blâme pas les parents. Et au Québec, on a un arsenal de lois et de mesures. Certains amènent l'idée du couvre-feu. Mais est-ce au gouvernement d'encadrer cette question ou revient-elle aux parents? Des études démontrent que le contrôle de l'accès à l'auto par les parents établit un rapport de responsabilisation et d'évaluation du comportement du jeune.» TG: «À date, quelles furent les réactions des jeunes qui ont vu votre documentaire?» PA: «Il se reconnaissent dans les histoires que l'on raconte, dans Mickaël qui les a beaucoup marqués. On dirait que la mort a un côté abstrait, alors que devenir handicapé à vie, ça frappe plus. On a aussi beaucoup de réactions de la part de filles qui expliquent qu'avant elles ne disaient rien dans l'auto, quand leur copain faisait de la vitesse. Maintenant, elles le disent.» TG: «Les statistiques le démontrent: les jeunes sont surreprésentés dans les accidents de la route, malgré les campagnes de sensibilisation. Qu'est-ce qu'on peut faire pour changer des comportements, des valeurs, où la vitesse, la recherche d'adrénaline, le culte du ''char'' sont ancrés à ce point dans nos sociétés, via les films et les jeux vidéos?» PA: «Je ne suis pas un psychologue, ni un gars de ''char''. Ce que j'ai vu, ce sont des jeunes qui ont soif de justice et qui se sentent visés. Dans l'exemple du couvre-feu, ils se demandent pourquoi ils auraient des répercussions même s'ils se comportent bien. On se souviendra qu'à une certaine époque – pas si lointaine, certains roulaient avec la bière calée entre les cuisses et la caisse de 24 à côté. Des solutions existent ailleurs comme la limitation du nombre de passagers, ou encore avoir un accès plus restreint au permis. Quelqu'un de la Suède m'avait dit que contrairement à l'Amérique du nord où les jeunes se demandent comment financer leur auto, là-bas, ils se demandent comment ils vont financer leur permis.» TG: «Mme Robert, quelles ont été vos motivations pour produire ce documentaire?» Denise Robert: «Les publicités de la SAAQ durent une minute. Elles ne peuvent pas sensibiliser les jeunes. C'est trop abstrait pour eux. Cela fait deux ans qu'on travaille sur ce film. Je suis mère d'une jeune fille de 16 ans et je pense à elle. C'est important que tout le monde le voit. Et il ne faut pas oublier qu'en tant que parents, nous sommes les premiers modèles pour nos enfants. TG: «Quelles sont vos attentes par rapport à la sortie de ce documentaire?» DR: «Habituellement, la diffusion de ce genre de film est restreinte. On l'a montré à des distributeurs, des propriétaires de cinéma, qui nous ont répondu avoir un public. Finalement, Dérapages sort dans 65 salles au Québec! On espère engendrer la prise de conscience, la discussion. L'exemple de la mère qui vient reconduire les jeunes est frappant. Une partie de la solution vient de la communication, de la relation parent-enfant. Je ne m'attends à rien du gouvernement mais plus des parents qui ont une responsabilité. Mon souhait est que ça ouvre la discussion entre les parents et les enfants, mais aussi entre les jeunes.»



