Les « invisibles »

Karine Dorion, nouvelle travailleuse de rue de Saint-Sauveur, et Émilie Rouleau, directrice de l’Écluse des Laurentides. PHOTO : Sandra Mathieu
Les « invisibles »
Sandra Mathieu
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Travail de rue dans les Laurentides

Souvent invisibles aux yeux de la population, les personnes qui bénéficient du travail de rue n’en sont pas moins réelles et témoignent de problématiques sociétales bien ancrées. Quelques jours après le Colloque national en itinérance, Karine Dorion, travailleuse de rue de Saint-Sauveur, et Émilie Rouleau, directrice de l’Écluse des Laurentides, ont accepté de dévoiler quelques parcelles de leur quotidien.

« Le travail de rue est d’emblée associé à l’itinérance, explique Mme Rouleau. Dans les Laurentides, bien que ce soit une réalité vécue par les gens que l’on accompagne, ce n’est toutefois pas la majorité. Un peu plus de la moitié vivent une certaine stabilité en ce qui concerne leur lieu de résidence. Ces lieux ne sont pas toujours adéquats ni d’un coût raisonnable, mais ce n’est pas l’enjeu prioritaire en ce qui les concerne. »

Réalités sur le terrain

Dans leur rapport d’activités 2016-2017, Émilie et son équipe font état du travail de rue dans les Laurentides et présentent de façon claire et concise le nombre, la quantité et la nature des interventions, mais qu’en est-il des réalités sur le terrain?

« Nous allons rejoindre des gens qui n’ont plus de filet social, explique Karine Dorion. La plupart ont des blessures très profondes qui partent de l’enfance et on ajoute souvent à ça une série de bad lucks. En se mettant dans leurs souliers, on peut mieux comprendre leurs défis sans toutefois tenter de les interpréter ou de les juger. Dans cette relation d’être, nous respectons leur rythme. On n’impose aucun deadline. »

Elle ajoute que les problématiques de santé mentale sont facilement reliables à la consommation de drogue.

La précarité qui mène à l’instabilité résidentielle, l’angoisse et l’isolement sont des réalités régulièrement observées.

Grand territoire = grands défis

« Nous couvrons un vaste territoire et nous manquons malheureusement de financement pour mobiliser suffisamment de travailleurs de rue, surtout dans les villes de services qui attirent plus de personnes dans le besoin, déplore Mme Rouleau. Un de nos principaux objectifs est de bâtir un pont entre l’exclusion et les services, et dans une société où le travail de proximité prend de plus en plus de place, le travail de rue sera amené à bien se définir pour que tous les organismes travaillent en équipe. »

Selon les deux intervenantes, il y a un besoin criant de psychothérapeutes et psychiatres avec une approche communautaire sur le terrain pour créer un lien de confiance avec des professionnels.

« La notion d’espoir est primordiale et c’est pourquoi on doit tenter de trouver ensemble à quoi ils peuvent se raccrocher, mentionne Karine.

Travail d’équipe

« C’est rare d’observer l’impact direct de notre travail parce que ce qui survient à la suite de nos interventions, c’est le fruit d’un travail d’équipe et d’un long cheminement, concède Karine, travailleuse de rue depuis 10 ans, mais nouvelle à Saint-Sauveur. Parfois, on vit la magie d’un contact et on est là au bon moment. D’autres fois, on ressent toute la colère et la souffrance. On a nos limites et ils ont des besoins qu’on ne peut pas combler. Nous sommes des bottins de ressources, mais nous sommes avant tout des généralistes. Ultimement, même si ce n’est pas rose tous les jours, la beauté de notre travail se situe dans le fait que comme nous sommes dans le quotidien des gens, on est aussi présents quand ça va bien! »
www.ecluse.org/

 

Le saviez-vous ?

-Sur tout le territoire des Laurentides, on compte 10 travailleurs de rue chapeautés par l’Écluse. Les relations développées sont confidentielles et volontaires.
-Seulement à Saint-Sauveur, on parle de 657 interventions auprès de 113 individus pour 2016-2017. Pour l’ensemble des Laurentides, le groupe d’âge le plus représenté est de 41 à 99 ans, suivi du groupe 26 à 40 ans.
-La majorité des interventions se déroulent à domicile, dans la rue, dans les commerces et organismes d’aide.
-Les sujets qui reviennent le plus souvent sont les relations interpersonnelles, la consommation de drogue, le logement, les problèmes financiers et la santé physique et psychologique.

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