Un mille dans les souliers de Denis

Karine Dorion, travailleuse de rue de Saint-Sauveur et Denis. PHOTO : Sandra Mathieu
Un mille dans les souliers de Denis
Sandra Mathieu
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Mettre un visage à l’itinérance

Vous avez peut-être déjà aperçu Denis dans les rues de Saint-Sauveur. Son panier d’épicerie, qui ne le quitte jamais, contient toute sa vie. Jaser avec lui, c’est plonger dans un grand livre ouvert aux chapitres non chronologiques, mais tout aussi touchants les uns que les autres. C’est surtout rencontrer un être singulier qui n’a pas la langue dans sa poche et qui a décidé, coûte que coûte, de faire sa place au cœur de sa ville d’adoption laurentienne.

Élevé dans l’est de Montréal, il a accumulé les mauvaises fréquentations et a vite décroché du système scolaire. Intelligent, curieux et débrouillard, il est devenu maçon et a vécu quelques belles années de métier. La consommation de drogue a eu raison de sa vie telle qu’il la connaissait.

« J’ai tout perdu, lance-t-il. À partir de 2010, j’ai accumulé les thérapies pendant deux ans et demi. Je voulais me sortir de ce monde-là. En 2014, j’ai fait face à la justice pour d’importantes fraudes et je me suis fait arrêter. À ma sortie de prison en 2015, j’ai été dans le milieu de l’itinérance à Montréal. J’y ai vécu un véritable enfer : je me faisais voler la nuit, je vivais un stress constant. »

L’appel de la nature

Amoureux de la nature, des lacs et des montagnes depuis l’enfance, il a trimballé son baluchon à Saint-Sauveur il y a quelques années. « Dans mon p’tit cœur, ça me disait de venir ici, se souvient-il. J’avais le goût de me prouver que les gens plus aisés ne sont pas tous snobs et que j’y trouverais ma place. »

Il commence alors à quêter et à ramasser des canettes. Des citoyens lui offrent rapidement des vêtements, des couvertures, de la nourriture ou encore des petites jobines en échange d’un toit. Aujourd’hui, Denis est connu de plusieurs citoyens et commerçants, qui le tolèrent à plus ou moins grande échelle, ou l’aident et l’encouragent. Il est en contact régulier avec la travailleuse de rue qui lui permet de sortir de l’isolement et qui l’appuie dans ses démarches. Son projet du moment : s’acheter un banjo et offrir sa musique aux passants. Maintenant qu’il a réussi à payer ses contraventions et à récupérer son permis de conduire, il espère amasser assez de sous pour se loger.

« Parfois, j’ai de moins bonnes journées et certains me conseillent de m’en aller et essaient de me convaincre que je suis de trop, mais moi au fond, c’est les gens d’ici que j’ai le goût de remercier quand je m’en sortirai! », conclut-il en me pointant la vue du Sommet Saint-Sauveur qui le fait sourire à tout coup.

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