Périple immunitaire

Marie-Hélène Renaud, Alexandre Trentin, leurs trois enfants Alice, Samuel et Émile, et la petite Krystsina Filimonava. PHOTO: Jean-Claude Tremblay
Périple immunitaire
Jean-Claude Tremblay
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Une « enfant de Tchernobyl » dans les Laurentides

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale Tchernobyl située en Ukraine, en ex-Union soviétique, explose lors d’un test de routine.

Cette explosion provoque un nuage de produits radioactifs et constitue la pire catastrophe nucléaire de l’histoire. Un quart de million de personnes sont évacuées dans les environs, sur le tard, et 155 000 kilomètres carrés de sol sont contaminés.

Krystsina Filimonava a huit ans aujourd’hui et vient de la République de Biélorussie, une des zones les plus touchées par cette catastrophe – elle est ce que l’on appelle une «enfant de Tchernobyl».

Pour notre rencontre, elle a décidé de son propre chef d’enfiler sa plus belle tenue pour m’accueillir, soit une magnifique robe bleue. Rendez-vous avec les Renaud-Trentin, une famille généreuse de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson qui, le temps de huit semaines, est devenue famille d’accueil de l’attachante petite Krystsina, innocente victime collatérale d’une tragédie sans précédent.

Aujourd’hui au Québec (et un peu partout à travers le monde), de nombreuses familles accueillent des enfants par le biais de programmes tels Séjour Santé Enfants Tchernobyl.

Dans le Guide des familles d’accueil, on peut lire que le but du programme est « d’accueillir des enfants des régions contaminées du Bélarus au Québec, afin de les faire bénéficier d’une pause santé loin de leur milieu pollué. L’air salubre, l’eau pure et les aliments non contaminés permettent d’améliorer de manière appréciable leur condition physique ». En clair, on y apprend qu’un séjour parmi nous permet de baisser le taux de radiation chez les enfants et renforce leur système immunitaire, sans aucun risque pour l’entourage − surréaliste, mais vrai.

Encore contaminés… 32 ans plus tard

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl a beau dater, la zone est encore extrêmement radioactive. Au fil des années, malgré le déni de certaines autorités locales, les organismes de santé mondiale ont dénoté d’importants problèmes de santé liés directement à l’incident, soit de nombreux cancers de la glande thyroïde ainsi que des leucémies.

À part le fait que des personnes ont été directement exposées aux radiations, les produits nucléaires se sont retrouvés tantôt au sol, tantôt absorbés par les arbres et la végétation, et sont à ce jour toujours présents dans la chaîne alimentaire.

La motivation d’accueillir un enfant de Tchernobyl

Comprenons-nous bien… c’est un don de soi et un don en argent, car les familles assument tous les frais de séjour, incluant les frais de transport des enfants jusqu’au Québec. Les enfants arrivent souvent de milieux défavorisés, ils ne parlent pas la langue, on doit leur expliquer que le savon n’est pas rationné, que les fruits peuvent être consommés sans danger et qu’une douche est une invention à découvrir.

Mais pourquoi faire ça, me suis-je demandé ? « J’ai toujours été impliquée et interpellée par l’aide humanitaire », a répondu Marie-Hélène Renaud qui, comme son conjoint, trouve normal de redonner au suivant, en harmonie avec leurs valeurs et celles que tous deux souhaitent transmettre à leurs enfants.

Toute une communauté à la rescousse

J’ai vite réalisé que la communauté laurentienne avait été d’une générosité sans précédent et avait appuyé sans réserve ces âmes généreuses que constitue le clan Renaud-Trentin, tous deux enseignants, incluant leurs trois magnifiques chérubins Alice, Samuel et Émile. « Tout le monde a embarqué dans l’aventure! Notre dentiste, par exemple, le généreux Dr Lionel Marti, de Sainte-Adèle, a réparé 22 caries et extrait quatre dents; ça aurait coûté des milliers de dollars! Il n’a jamais facturé un sou, il fallait le faire! Le Club Optimiste Lac Masson nous a appuyés avec de généreux dons. 

Des parents du coin et aussi de Saint-Colomban ont donné des vêtements et des jouets, et même l’optométriste la DreJohanne Beauchemin de la clinique Visique à Sainte-Adèle a gracieusement fait passer à Krystsina un examen de la vue », a déclaré avec fierté Alexandre Trentin.

Entre humilité et générosité

« On veut pas être sous les projecteurs, on veut juste donner de la visibilité à ce beau programme », m’ont dit à l’unisson Alexandre et Marie-Hélène, d’un air sincèrement résolu. Désolé, mais les lecteurs de votre communauté, et surtout vos enfants, doivent savoir que leurs parents méritent des félicitations pour leur geste altruiste. Lorsqu’ils seront en âge de mieux comprendre la portée de cet événement, ils vous regarderont avec admiration et fierté, incluant l’archange Krystsina, la bien-aimée, du haut de sa lointaine contrée.

Lorsque l’on constate que l’agence nucléaire russe est impliquée dans la construction d’une centrale nucléaire à Astraviets (en Biélorussie!), dont le lancement du premier réacteur est prévu cette année, on est en droit de se demander: « Mais où s’en va l’être humain?! » La seule chose qui m’apporte un certain réconfort, c’est que tant qu’il y aura des gens comme vous, il y aura de l’espoir.

Merci pour votre dignité, chère famille Renaud-Trentin, et merci de contribuer à restituer la santé d’une partie de l’humanité.

P.-S.: K vashemu zdorov’yu, Krystsina! (Autrement dit: À ta santé Krystsina!)

Séjour Santé Enfants Tchernobyl (SSET)
594, rang Sainte-Caroline
Saint-Victor (Québec) G0M 2B0
www.enfantstchernobyl.org

Krystsina Filimonava profite de ses vacances dans notre région. PHOTO: Jean-Claude Tremblay

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