Hymne à la vie

Hymne à la vie
Jean-Claude Tremblay
Actualité

Chronique d’un X par Jean-Claude Tremblay

Renée Claude chantait Le monde est fou, une pièce signée Plamondon. Pour moi, et probablement pour vous, cette déclaration m’est revenue beaucoup trop souvent à l’esprit ces dernières semaines, avec le récent Bataclan de folies, et je pèse respectueusement mes « maux ». La chanson qui traite de délire humain avait d’ailleurs été composée suite à une tragédie impliquant l’immolation d’Huguette Gaulin, une poète québécoise qui nous cria :« Vous avez détruit la beauté du monde ».

Je n’ai pas choisi ce titre pour ma chronique, car j’aurais eu une profonde crainte de l’endossement implicite d’une telle déclaration, à laquelle je n’adhère résolument pas.

Le monde est fondamentalement beau et bon, même si parfois, mon nord s’embrouille et ma foi se cache dans mes talons.

La saison de la chasse

Triste est de constater qu’entre la chasse au Catalan, à l’Américain, à l’écureuil, et au « séparatisse », l’intolérance issue de l’ignorance a toujours la cote et gagne tragiquement en popularité. D’hier à aujourd’hui, notre esprit est toujours en quête d’un ennemi, peu importe la gravité du délit. Une raison et un coupable nous devons trouver à tout prix pour rationaliser cette idiotie.

Oubliez Khaled Cheikh, ce n’est plus tendance, c’est beaucoup trop 2001. De nos jours, le Moyen-Orient se confond avec l’Occident, l’international avec le domestique. Ils s’appellent Richard-Henry, Michael et Stephen, mais s’appelle aussi Karla ou Guy. Dans la ville hôte du mythique film d’Elvis, on ne chante plus Viva depuis que le briseur de rêves est passé par là. Il n’était pas nécessairement religieux ni forcément politique, on disait que c’était un bon gars, un comptable retraité qui jouait au loto tranquilo, qui envoyait même des biscuits à sa mère et qui aimait bien son frérot.

Tout à coup… zap…! Les fils de l’autoroute électrique de son cerveau se sont touchés, c’est tout son être qui s’est fait court-circuiter par cet électricien interne illuminé, qui opère sans identité, sans formation ni papiers.

L’intelligencia s‘est empressée de se pencher sur ce cas et personne ne semble comprendre le comment du pourquoi. Pourtant, il est assez simple. L’auteur du massacre a voulu ce que nous voulons tous, à différents degrés, soit être entendu, remarqué et, ultimement, aimé. Mais lui, il n’a pas choisi la sobriété d’un photomaton pour partager son opinion, ni d’aller se montrer la double occupation pour retenir l’attention : il a plutôt choisi de revêtir des moyens excessifs et meurtriers comme blason.

Pendant ce temps, à un peu moins de 10 000 kilomètres de la ville des vices qui, désormais, en compte un de plus, une entorse à la démocratie prenait place, que dis-je, une amputation de la liberté effectuée à froid et commise à grands coups de crosse de fusil, et autres barbaries. Des images modernes que celles provenant de Barcelone, mais non sans rappeler le fond idéologique qui a mené aux tristement célèbres incidents d’Irlande du Nord en 1972 qui constituent, dois-je le rappeler, le fameux (Sunday) Bloody Sunday.

Pourquoi accepte-t-on d’office de rallier le monde entier pour dénoncer un désaxé, alors que matraquer et empêcher de voter semblent encore tolérés aux yeux des politiciens de la majorité?

Manque de courage, j’affirmerai. La démocratie est entre autres le respect du pluralisme des opinions, mais peut-être devrions-nous revisiter la définition?

Qui ne dit mot consent

Les leaders mondiaux marchent sur des œufs, l’Union européenne n’ose pas se mouiller par peur d’ébranler une raison sociale déjà fragilisée. Le reste des nations, quant à elles, ne sont guère mieux, à commencer par la nôtre. Et pourtant…

Ne me lancez pas de rouleaux d’essuie-tout, il ne s’agit pas ici de se prononcer sur la légitimité d’une autodétermination qui ne nous concerne pas, ni de créer un incident diplomatique en parlant politique. Mais je crois que, collectivement, nous avons perdu le sens pourtant essentiel de l’indignation et de l’amour propre. Faut-il attendre l’extrémisme d’un autre Generalísimo Francisco Franco pour enfin réagir et dénoncer?

Les événements ne sont que le reflet d’un profond malaise, émanant d’un manque flagrant d’amour et d’authenticité. D’amour envers l’autre, certes, mais d’abord envers soi. Ça commence par l’écoute, ça commence par un sourire, ça commence par la chaleur d’un regard, ça commence par un heureux métissage de tolérance et de compassion. J’ai déjà entendu que la violence est l’argument de ceux qui n’en ont plus, mais dites-vous bien que le soleil brille toujours, même lorsqu’il se cache derrière les nuages.

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