Manifestants bon enfants, police sur les dents

Manifestants bon enfants, police sur les dents
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Saint-Jérôme

Nul ne sait si le Sommet de Montebello a fait craindre le pire aux policiers de Saint-Jérôme, mais deux semaines avant cet événement hyper-médiatisé, ils se sont retrouvés onze auto-patrouilles pour contrôler 50 manifestants. Rapport d’enquête.

Toute cette histoire a commencé après que Zach Paquet, jeune manifestant de 17 ans, ait interpellé Accès suite à une manifestation régionale qui aurait, de toute évidence, tourné au vinaigre. Exaspéré par le travail des policiers, ce futur professeur d’histoire voulait à tout prix passer son message: «Nous n’avons que notre parole et la vérité, eux avaient leurs chiens enragés armés (lire policiers) pour servir et protéger, mais servir qui et protéger quoi? Les riches et les fascistes», a-t-il lancé d’un ton décidé.

Plus nuancé, Éric Smith, porte-parole du Parti communiste révolutionnaire (PCR) et vieil habitué des manifestations, a retracé le fil des événements. «L’activité avait pour but de faire connaître la cellule des Laurentides, informer la population sur nos activités et dénoncer l’exploitation en général. C’était très festif comme atmosphère. On distribuait des tracts, on n’a jamais empiété les deux voies de la route et le ton était très bon enfant. Tous les groupes d’âge étaient représentés. Il y avait même des personnes retraitées.»

Contradictions

La version du sergent Robin Pouliot, agent de relations au service de police de Saint-Jérôme, diffère en tous points de celle des manifestants. «Vers 13h, explique le policier, les patrouilleurs ont localisé une quarantaine de manifestants assemblés dans le parc Labelle. Ils sont allés leur exposer les informations concernant les règles de sécurité routière, accompagnés des officiers en charge, mais les manifestants n’ont pas collaboré du tout. Après plusieurs discours, les manifestants se sont dirigés jusqu’à la rue Castonguay avec leurs pancartes et leurs microphones en chantant dans les rues et en bloquant la circulation.»
«Le droit de manifester est reconnu dans la Charte des droits et libertés des constitutions canadienne et québécoise, réplique Éric Smith, et cela n’est pas conditionnel à l’obtention d’un permis. C’est clair qu’on n’a pas collaboré avec la police, mais on considère qu’on n’a pas d’obligation en ce sens, poursuit-il. On a pris la rue parce qu’on avait le droit de le faire, même si cela ne leur a pas plu.»

Après une prise de parole au parc à roulettes de la rue Labelle afin de dénoncer le chômage chez les jeunes et le harcèlement des marginaux, le regroupement a fait un second arrêt devant la fonderie Mueller qui, selon le PCR, serait à l’origine de nombreux cancers chez les travailleurs de la région. C’est à ce moment que plusieurs auto-patrouilles de la Sûreté du Québec, de Mirabel et de Rivière-du-Nord, sont venues prêter main forte aux policiers de Saint-Jérôme. À la fin, ils étaient un policier pour deux manifestants. Onze véhicules en tout. «Ils étaient là en assistance, précise Robin Pouliot, au cas où tout aurait dégénéré».

Neuf arrestations
«Les policiers sont sortis de leur voiture en courant et se sont littéralement jetés sur les premières personnes qu’ils voyaient, raconte Éric Smith. C’était la confusion et plusieurs ne semblaient pas savoir ce qu’ils faisaient là. Ça ne tiendra pas la route devant les avocats, promet-il. Le même genre d’initiative a eu lieu à Valleyfield en mai dernier et il n’y a eu qu’une seule arrestation parmi 70 manifestants. À Montebello, ils étaient 1200. Quatre personnes ont été arrêtées», fait-il en guise de parallèle.

L’agent Pouliot n’a pu indiquer si des contraventions ont été données lors de l’événement. Le PCR indique pour sa part que toutes les pancartes, les bannières et les drapeaux ont été saisis au même titre que les porte-voix et le petit système de son qui servait à diffuser les messages du groupe.

Sur le site du parti, on peut lire que la manifestation visait à «promouvoir le socialisme et inciter les prolétaires de Saint-Jérôme à s’organiser pour la révolution». Les bannières «On a raison de se révolter» ont eu l’heur de choquer les policiers. «Quand on distribue des tracts haineux et qu’on contrevient à la loi, faut s’attendre à une réplique, défend Robin Pouliot, on voulait que personne ne soit blessé.»
«C’était une intervention non justifiée et politiquement ciblée, clame Éric Smith. On a le droit de défendre notre point de vue. Soit qu’il y avait un lien avec Montebello, soit qu’il y avait un contentieux régional parce qu’on s’était impliqué lors de la grève étudiante en 2005, soit qu’ils n’ont pas aimé se faire désobéir.»

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