Val-Morin: Une coupe à blanc bénie par la municipalité

Val-Morin: Une coupe à blanc bénie par la municipalité
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Le décor semble être celui des forestiers, à cent lieues de toute habitation. Il s’agit en fait de la zone industrielle lourde de Val-Morin.
À moins de 24 heures du Jour de la Terre, un citoyen interpelle Accès en panique. Le massacre est évident. Le quart d’une montagne entièrement saccagée. Les branches sont brûlées au fur et à mesure. Après les pelles mécaniques, ce sera au tour de la dynamiteuse. La municipalité de Val-Morin a décidé de faire de cet espace bucolique une zone industrielle.

L’urbaniste Benoît Légaré défend ce choix en indiquant que la Ville ne voulait pas de circulation lourde dans le centre du village, comme c’est le cas à Val-David. «Mais on ne préconise pas ce genre de commerce sur le territoire», précise-t-il aussitôt. Il n’empêche qu’à l’heure actuelle, une montagne se vide de ses richesses pour laisser place à une série de bâtiments à venir. Au ministère de l’Environnement, on indique qu’aucune demande de certificat d’autorisation n’a été ouverte dans ce dossier. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, les démarches ont été effectuées dans la plus grande transparence. Difficile d’expliquer qu’en 2009, à l’heure où tout un chacun se réclame d’un quelconque Kyoto, une chose semblable puisse se produire.
À qui la faute?

Chaque municipalité du Québec a vu ses tâches considérablement augmenter au cours des 20 dernières années. Le financement, lui, n’a pas suivi au même rythme. La solution réside donc dans l’augmentation de l’assiette fiscale. Où allez chercher de nouvelles taxes si ce n’est chez les entrepreneurs qui voudront bien venir s’installer chez vous? Mais tout changement de zonage passe systématiquement par des assemblées de consultation. Il est vrai que le langage hermétique de ce type de processus en rebute plus d’un. Il n’en demeure pas moins que cette plage permet aux citoyens d’exprimer et de questionner tout projet futur. «Nous avons eu droit à une présentation très étoffée, explique Benoît Légaré. Mais personne ne s’est présenté aux consultations», confie-t-il. Pourquoi le promoteur n’a-t-il pas opté pour la zone industrielle de Saint-Jérôme?
Éric Legault, de Gelco inc. explique son dilemme. L’entrepreneur achète un bâtiment industriel en bordure de la route 117 à Val-David en 1998. Il refait à neuf la devanture et lui donne un look parfaitement acceptable pour le décor ambiant. Un premier agrandissement a lieu en 2000. M. Legault acquiert tous les terrains qui font face à l’arrière de son bâtiment pour s’assurer de ne pas nuire aux voisins immédiats, dit-il. Trois ans plus tard, la compagnie a encore besoin d’expansion. Après avoir injecté 500 000$ d’investissements, il apprend avec stupéfaction qu’il devra déménager ses pénates. La zone où il est installé n’accueille en réalité que les auberges, restaurants ou stations de service. «J’ai 50 employés, tous des gens qui habitent dans le coin. J’ai même embauché des ingénieurs de Montréal qui sont venus s’installer avec leur petite famille dans la région. Mes clients sont à 5 ou 10 kilomètres alentour. Est-ce que je pouvais penser aller m’installer à Saint-Jérôme?», lance le natif de Val-Morin.

Au nord, Sainte-Agathe ne voulait pas de ce type d’entreprise. Les choix étaient donc limités. L’entrepreneur a fait l’acquisition d’une immense terre et a approché Val-Morin avec un plan béton, appuyé par une étude environnementale de la firme CIMA. Celui-ci a signé un protocole extrêmement strict avec la municipalité. Des 260 000 mètres carrés qu’il possède, le sixième sera rasé. Le reste demeurera intact, promet l’entrepreneur, même si certaines zones seraient développables.

Un milieu vivant

L’ingénieur forestier et président du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE)), Yvan Croteau, admet que les résultats suivant la Loi sur le développement durable adoptée par Québec en 2007 tardent à se faire connaître. «Tôt ou tard, explique l’ingénieur, tout le monde devra arrimer ses politiques pour respecter la nouvelle loi. Pour l’instant, on ne regarde pas suffisamment l’effet cumulé de nos décisions. On en a eu un bel exemple récemment avec les algues bleues ou encore les pertes d’emploi dues à une surexploitation de la forêt. Le territoire est un milieu vivant et la faiblesse de la plupart de nos municipalités c’est de vouloir faire du développement sans se donner une vision de l’avenir.»

L’urbaniste de la municipalité admet que Val-Morin pourrait avoir des normes plus sévères en matière d’abattage. «Mais c’est mieux qu’il y a 5 ans», laisse-t-il tomber.

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