Attention à nos aînés!

Attention à nos aînés!
Diane Baignée
Chronique aînés

Chronique défi, bien vieillir par Diane Baignée
diane.baignee@gmail.com

Diane Baignée est travailleuse sociale en pratique privée.

 

Morbide solitude

La solitude n’est pas, en soi, négative ou malsaine. Par choix, la solitude peut ressourcer, permettre des mises au point ou simplement donner l’occasion de relaxer ou de vaquer à ses activités. Or, elle fait peur. Certaines personnes craignent le sentiment de vide qu’elle suscite et induit. Pour y pallier, des individus garnissent leur vie, comblent le temps par des activités et des présences humaines (lorsqu’il est possible de le faire). D’autres considèrent la solitude comme un besoin vital. La solitude peut prendre d’autres formes aussi. Il arrive que dans l’intimité de certaines maisons, deux solitudes cohabitent. Pas toujours heureux. Néanmoins, l’une des pires est celle qui amène à la réclusion, surtout chez les gens âgés qui vivent en solo. Cette condition sociale est estimée très préoccupante à l’heure actuelle.

Lorsqu’imposée, dame solitude devient amère et peut basculer vers l’isolement. Un être humain privé de compagnie humaine et mis hors du circuit social est susceptible de s’isoler. Ce n’est toutefois pas la solitude qui est problématique, mais le sentiment de souffrance qui l’accompagne. Ce sentiment peut être éprouvant et même angoissant.

C’est pourquoi, au moment où l’isolement est confortablement calé dans son fauteuil, zappette à la main du matin au soir, eh bien c’est peut-être le moment de sonner l’alarme avant même que cet état mène bon an mal an à un retranchement social permanent.

Quand l’État s’en mêle

La Grande-Bretagne a récemment nommé un « ministère de la Solitude » pour contrer ce fléau. Désormais, ce pays soutient que la solitude sociale est une affaire de santé publique. Chez les Britanniques, 15 % de la population aînée, soit 9 millions d’individus, disent se sentir seuls. On estime que « 200 000 personnes aînées n’avaient pas parlé à une personne proche ou à des amis depuis plus d’un mois ». Peut-on croire?

Une étude pilotée par la fondation Age UK avance même que la solitude est plus dommageable pour la santé que fumer 15 cigarettes par jour. Il est même avancé que vivre isolé des autres serait plus néfaste pour la santé que l’absence d’activité physique ou même l’obésité. Tous ces éléments combinés mèneraient trop souvent à une hospitalisation ou une perte d’autonomie accélérée, conclut-elle.

Et là, pire encore. Selon une méta-analyse, la solitude et l’isolement sont considérés des facteurs de risque « potentiellement mortels » qui doubleraient le risque de mort prématurée. Assez inquiétant!

Au Japon (à Okinawa), on a compris. La tradition oblige les femmes âgées à rencontrer cinq amies par jour.

Plus près de chez nous

Selon le Conseil des aînés, « au Québec, un ménage sur trois se compose d’une personne seule » et la tendance est à la hausse.

Ne soyons pas alarmistes, allez-vous dire! Mais ne balaie-t-on pas la poussière sous le tapis? Combien de personnes âgées occupent actuellement les urgences des hôpitaux et combien d’entre elles attendent de longues heures seules?

Rappelons-nous que notre Belle Province est l’un des endroits au monde où le vieillissement de sa population est le plus rapide. Cette tendance se manifeste aussi dans notre région. Au fait, de plus en plus de personnes de 55 ans et plus, souvent retraitées, choisissent les Laurentides pour la qualité de vie qu’on y offre. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que « parmi les municipalités de 5000 habitants et plus, l’âge moyen le plus élevé en 2017 est observé à Saint-Sauveur (52,1 ans) ».

Volonté politique oblige

Ce ne sont pas les aînés fréquentant les activités organisées qui sont les plus isolées, mais les personnes peu mobiles, en perte d’autonomie, sans voiture, vivant à domicile ou en résidence pour seniors. Elles ne sont pas visibles. Comment les repérer?

Devant une telle problématique, une communauté solidaire gagnerait à prendre en charge ce type de problème social. Pourquoi ne pas enchâsser une politique municipale des aînés dans le lot des activités liées au bien-être des citoyens?

Des projets inspirés par les guides de pratique britanniques ont vu le jour dans la Vieille Capitale. Apparemment, plus de 9 millions de dollars ont été investis depuis 2012 par le Secrétariat québécois aux aînés pour financer des projets visant à joindre les aînés considérés comme vulnérables. Il y a, en ce moment, dix municipalités participantes en provenance de la MRC des Pays-d’en-Haut qui sont identifiées « Municipalité amie des aînés ».

Pour une meilleure santé sociale, je vous invite à dire « Bonjour! » à une personne âgée, chaque jour. Ça ne coûte rien et ça fait du bien.

Pour devenir une Municipalité amie des aînés : www.mfa.gouv.qc.ca/fr/aines/mada/ Pages/index.aspx.

Cliquez pour ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

[+] Plus dans Chronique aînés

  • Les Clubs de l’Âge d’Or : pourquoi et pour qui? Suzanne St-Michel, collaboration spéciale Que ce soient...

  • Les Clubs de l’Âge d’Or : pourquoi et pour qui?

    Suzanne St-Michel, collaboration spéciale Suzanne St-Michel est membre de la Table des Aînés et de son comité...

  • La forme toute l’année

    Dominique Cloutier N.D.A, collaboration spéciale Comme chaque année en cette saison, c’est presque devenu une tradition, je...

  • Municipalités : Riches et pauvres à la fois!

    Suzanne St-Michel, collaboration spéciale La région des Laurentides est réputée pour être une zone riche, mais certaines...

X