Je suis qui, moi?

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Chronique aînés

L’IRONIQUE POUVOIR DE L’IDENTITÉ

Diane Baignée, collaboration spéciale – La mère ou le père de, l’enfant de, un employé ou un cadre supérieur de la compagnie Unetelle. Retraité, mais que faisiez-vous avant?

Voilà le scénario probable. On se rencontre, vous et moi, pour une première fois. Notre échange débuterait probablement comme suit : « Bonjour! ». Blabla sur l’échange de nos noms respectifs (et quant à mon nom de famille, Baignée, on me demanderait : « Eh bien, ça vient d’où ce nom-là?). Et s’ensuivrait la question identitaire : « Et puis, dites-moi que faites-vous dans la vie? Ah! Vous êtes retraité, mais vous faisiez quoi avant? ». Et si, en réalité, vous avez été « remercié » ou une invalidité permanente vous a projeté en dehors du circuit, qu’allez-vous répondre à cette question?

Le qui-suis-je?, pour bien des gens, c’est ce statut social qui nous donne notre valeur. Perdre cette bannière, c’est se déposséder de son identité, de sa raison d’être, de ses capacités, voire de son estime de soi.

Une histoire vraie et récente d’un travailleur senior m’a été racontée. Il aurait été congédié non pas par manque de compétences ou de performance, mais hypothétiquement parce que l’entreprise veut réduire ses coûts. Cet être humain d’expérience, un mentor, devient, dans le temps de le dire, une vieille chaussette à ranger dans l’tiroir. On s’en débarrasse et confine ses réalisations et ses effets personnels, pêle-mêle, dans une boîte de carton. De plus, indignation : on lui retire tous ses accès en l’accompagnant vers la sortie. Tout ça, au chrono, en moins de 30 minutes! Toute une récompense pour avoir offert de loyaux services pendant autant d’années…

Bien sûr, ce qu’on a donné au monde du travail, ça compte. Malheureusement, ce n’est pas ce qui nous détermine comme personne.

Un cadeau mal emballé

Perdre un emploi, se faire tabletter, entraîne des sentiments d’injustice, voire de colère bien sûr. Mais en laissant retomber cette poussière obscure, n’est-ce pas une belle occasion de se redéfinir, de faire le point avec soi-même et de relever ses manches pour se diriger vers une nouvelle voie, le cas échéant?

Et contrairement à la croyance populaire à propos des 50 ans et plus, soi-disant trop âgés pour se trouver de l’emploi, eh bien, ce n’est plus le cas dans le contexte économique actuel.

Il y a des décennies, l’espérance de vie était plus courte. Les personnes prenaient leur retraite à 65 ans, quelques années avant leur fin de vie. Aujourd’hui, force est de constater que la retraite peut s’échelonner sur 25 ans minimum et que la relève et l’expertise sont des denrées rares.

Un peu de confiance, un temps de pause et puis, repartons la machine. Faites le point et donnez-vous le temps de reposer vos esprits. Pourquoi ne pas viser un travail temporaire, moins stressant, à temps partiel ou bien juste comprendre qu’une retraite pourrait s’avérer une belle occasion de se réaliser autrement, au travers de nombreux autres projets.

Ce que vous pensez de vous est la clé de la continuité de votre vie. Votre identité est celle que vous vous définirez. Et si votre estime de soi est tombée au fond d’un puits, demandez à vos proches de nommer quelques qualités et habiletés qu’ils vous reconnaissent. Notez-les. Mais ma foi, n’allez pas voir votre beau-frère narcissique ou ce cher patron qui vous a foutu dehors! Ceux qui vous aiment pour ce que vous êtes seront les plus appropriés pour vous donner leurs perceptions. Prenez les meilleures et érigez la liste de vos forces. Ensuite, collez-la visiblement sur le frigo ou aux abords d’un miroir.

Rappelons-nous que nous ne sommes pas nos rôles sociaux. Nous nous rendons souvent malades au travail et, pire, après nous être sentis rejetés par un employeur. Saviez-vous que le mot travail vient du latin tripalium qui désigne un instrument de torture à trois pieux utilisé notamment au Moyen-Âge? Au XIIe siècle, le sens de travailleur devient plus moderne, signifiant celui qui tourmente. Sourions donc ensemble et profitons un peu plus de la vie pour les bonnes raisons. À chacun sa valeur au-delà des identités qui nous sont collées.

Et pour mon nom de famille Baignée, c’est en 1660, venant des confins de la Bretagne et de la Normandie que s’établit, dans la Ville de Champlain, le premier Baignée de ma lignée. Et, en toute confidence, je vous avoue qu’il m’aurait été impossible d’être devant mon clavier à vous écrire avec cette passion qui m’anime si je n’avais pas redéfini ma carrière à un certain moment de ma vie! Namasté.

Diane Baignée est travailleuse sociale en pratique privée.

 

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1 commentaire

  1. Stella Pilon

    10 août 2017 à 17 h 31 min

    Bravo, article très pertinent! En effet, nous ne sommes pas nos couches identitaires, mais les valeurs qui nous habitent. Ayant vécu un burnout au travail,je suis maintenant à la retraite étant aussi occupée, mais avec la possibilité de maintenant choisir les occupations que je préfère et non celles qui m’étaient imposées au travail. C’est retrouver sa propre liberté!

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