QUAND L’ESPRIT DE NOËL SE FAIT AMI AVEC LES ANGES

QUAND L’ESPRIT DE NOËL SE FAIT AMI AVEC LES ANGES
Diane Baignée
Chronique aînés

Chronique défi, bien vieillir

par par Diane Baignée

Je suis l’Esprit de Noël. J’attise l’étincelle dans les yeux des enfants. Parfois dans ceux des grands. Du moment, je suis ce jaillissement de lumière à la tombée du jour. Je marque le solstice d’hiver comme on s’y attend toujours. Je fais vibrer ces petits villages du Nord. Je les couvre de rouge, de vert et de blanc. Je suis le renouveau. Je suis un avatar et je suis grand.

Je rallie les cœurs par mes chansons. Je me transforme en mélodies truffées d’émotions. Je sais soulever la foule avec mon Minuit chrétien si solennel. Dans la paix des bois, à la lueur de la lune, je suis Le sentier de neige coulé au bout de la plume de mon ami Lucien (Brien).

J’arrive à petits pas dans l’invisible. Je me transforme en cette odeur de pâtés dorés qui parfument votre cuisine. Je peux même être plus généreux. Je peux naître en vous. Je peux me faufiler et vous insuffler à l’oreille paix, générosité et joie. Eh oui, je suis l’Esprit de Noël… Si on me prend au mot, je saurai vous enchanter. Mais il y a de ces fois où je n’arrive plus. Impossible de faire battre les cœurs.

Je vous raconte…

Voici le conte

Devant la porte, sur le paillasson, un jour, je me tenais immobile. Par la fenêtre, une ou deux bougies illuminaient une grande pièce. Sans mot dire, il y avait ce halo qui découvrait des visages. Des silences et des souvenirs remplissaient l’espace.

Voilà que je cogne à la porte. Rien. Eh, oh…! Laissez-moi entrer! Je suis l’Esprit de Noël!

Après quelques tentatives, la porte enfin s’ouvrit. Dame Espoir m’accueillit. « Entrez, entrez », me dit-elle, avec si grande délicatesse. Sortis de la pénombre, debout, des parents matures s’y trouvaient. Il y avait Carole, Robert, Sylvie, Langis, Danielle et Diane. D’autres parents y étaient, mais pas vraiment prêts à sortir de l’obscurité. Par ce vocable, j’ai appris qu’on les nommait les « Parents orphelins ». On n’a pas trouvé autre façon de les appeler. Cette grande dame me dit que ces parents n’étaient pas trop bavards à élaborer sur le sujet. « Vous savez, curieusement, ils sont sensibles et forts à la fois, ces gens », soupirait-elle en secret. La plupart du temps, ils font comme si de rien n’était.

Leurs enfants, dans la fleur de l’âge, étaient de magnifiques adultes. La magie et l’Esprit de Noël se sont momentanément dissipés, voire même envolés. C’est un jour où l’horloge du temps s’est soudainement arrêtée. Plus rien n’était pareil. S’est introduit un grand vide. Il fait peur, ce vide. Tous se rappelaient le moment où cette grande faucheuse est devenue bien trop gourmande. Ces enfants adultes ont traversé le voile des suites d’un accident de travail, d’une mère Nature trop capricieuse, d’une surdose de drogue, d’un cancer fulgurant, d’une mort subite.

Dame Espoir, inconfortable, a voulu tout de même enseigner le sens des choses, ne serait-ce que quelques passages. À sa façon, elle dit : « Après que la vie ait mis sur leur chemin ce type d’épreuve, ils ont fait le choix de prendre la vie par les cornes. Ces parents orphelins ont appris à ressentir la portée et la signification profonde du mot VIE ». C’est ça le beau côté de l’histoire, m’a-t-elle expliqué.

Pour ces parents, l’Esprit de Noël a été rangé dans le tiroir des souvenirs, des oubliettes. Mais il a été transformé, dorénavant transcendé, pour plusieurs. Ces parents savent plus que jamais que rien n’est permanent sur cette planète.

Et le plus beau dans toute cette histoire…

Dame Espoir m’a fait comprendre qu’au-delà de jours tragiques se vivent de beaux moments, de fabuleuses découvertes. Parfois, il serait fort à parier que ces enfants-anges concoctent de belles rencontres et montrent de nouveaux chemins.

Finalement, l’Esprit de Noël est reparti, l’âme assouvie. Il a compris que maintenant ces enfants-anges ont pris sa relève. Il n’en est vraiment pas jaloux, car il est devenu un allié.

Juste avant le départ de l’Esprit de Noël, la grande dame s’est permis de lui rappeler une citation parmi les meilleures, celle d’Antoine de St-Exupéry : « L’essentiel est invisible aux yeux ». Absorbé par sa sagesse, l’Esprit de Noël sait maintenant que tout se vit avec le cœur. Que la vie demeurera toujours un mystère. Que l’amour ne meurt jamais. Monsieur l’Esprit en est maintenant convaincu. C’est ainsi que se continue cette histoire vraie.

P.-S. : Nous nous sommes tous demandé, nous parents, pourquoi nous? À vrai dire, nous ne l’avons jamais su…

À la mémoire de Maud et Julien (enfants de Diane), Mathieu (fils de Carole et Robert), Guillaume (fils de Sylvie et Langis), Marc-André (fils de Danielle) et les autres qui n’y sont plus. Ils sont devenus les colocataires permanents de nos cœurs. L’horloge du temps s’est arrêtée pour eux, pas pour nous. Ils étaient dans la vingtaine, dans la trentaine. Éternels pour nous.

Diane Baignée est travailleuse sociale en pratique privée.
Pour commentaires ou questions, vous pouvez la joindre à diane.baignee@gmail.com

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