Lettre à Safia

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La chronique à mimi

Mimi Legault – Pleine lune ou trop de sucre avant le dodo? Cette nuit-là, je ne dormais pas. J’ai mis mes écouteurs et devine quoi, Safia? Je suis tombée sur l’interview que tu as accordée à Franco Nuovo de Radio-Canada. L’émission avait débuté, j’ignorais donc avec qui l’animateur causait. Il a fallu que j’attende la fin de l’entretien pour enfin connaître ton nom.
Te dire la déception que j’ai eue en le découvrant. Déçue de moi, on s’entend. Je me suis trouvée tellement petite, tellement nulle parce que ma première pensée a été : pas cette bébitte-là mal atriquée au Gala de l’ADISQ? Plus capable de m’endormir. Chacun de tes mots hantait mes oreilles. Faut que tu enlèves du noir pour pouvoir faire entrer du beau. Chaque phrase était un coup de poignard dans les décors carton de la vie. Fallait le faire, tu as changé sept fois d’école à cause de cette maudite intimidation qui t’a fait pleurer des larmes de sang. J’ai enseigné au primaire et, déjà, ce fléau social était présent. David (nom fictif) était venu me voir, le cœur en guenille : trois garçons de ma classe le harcelaient. À 10 ans, il parlait de suicide.

J’ai rencontré le trio en question, puis séparément. Ensemble, ils sont apparus baveux, fendants, ils ricanaient entre eux. Mais pris un à un? Chacun est devenu muet, chancelant, nu. Il voulait faire comme tout l’monde ou ignorait pourquoi David plus qu’un autre. J’ai demandé à ma jeune victime de venir leur dire comment elle se sentait.

C’est juste une petite goutte dans l’océan caustique de l’intimidation, mais au moins, on a réglé le problème. Toi aussi, tu as réglé le tien, Safia.

Si j’enseignais encore, je virerais le monde à l’envers pour que tu viennes montrer à mes élèves les nids-de-poule dans ton cœur, pour qu’ils touchent tes cicatrices et qu’ils apprennent la souffrance de l’isolement. Penses-tu quelquefois écrire un livre dédié aux intimidateurs et aux intimidés? Un livre genre (comme tu dis cent fois dans tes phrases), choc et choquant, avec tes propres mots équarris à la hache. Me semble que ça ferait du bien et pour toi, pour les écorchés et pour les hyènes sur deux pattes avides de sang. Safia, j’ai fondu devant ton iceberg de peine. Tes larmes, tes reculs, tes rebondissements et surtout ta voix m’ont conquise. Tu ne me connaîtras sans doute jamais. Je le dis comme je le pense ma belle délirante, ma résiliente, ma championne. Ne change pas. Genre, je t’aime. Tout court.

L’affaire Bombardier. Un seul des six dirigeants du conseil d’administration a fait volte-face. Je les imagine un instant en réunion en train de décider de leurs honoraires. Me semble que l’un d’eux aurait pu sursauter : que faisons-nous, braves hommes?

Le peuple a faim et nous nous gavons, diantre! Quelque chose comme ça. Rien. Nothing. Niet. Est-ce que l’appât du gain leur aurait fait perdre à ce point leur intelligence? Et quand la morale fout le camp, le fric pique un sprint pas loin derrière. L’argent n’a peut-être pas d’odeur, mais il est des gens qui puent la richesse. Dans le même sens, l’Être m’apparaît plus noble que l’Avoir.

Et cette désolante approbation des Trudeau et Couillard face aux six sans-génie de Bombardier. Cette surdité du pouvoir, cet entêtement à ne pas nous entendre vont finir par faire péter des vitres en éclats.

Petit conseil pour les patrons : n’insultez pas le crocodile lorsque vos pieds sont encore dans l’eau. La façon des Couillard et Trudeau de répondre en chambre me hérisse, je les écoutais piapiater pour gazer le peuple.

Généralement, ça fonctionne, car quelques jours plus tard, un autre scandale arrive et le tout se termine en eau de boudin. Et vous? Vous désirez faire fortune à votre tour? La pensée est de Tristan Bernard : « Achetez les consciences au prix qu’elles valent et revendez-les au prix qu’elles s’estiment! ».

Une devinette pour terminer : quelle est la différence entre les avions usinés chez Bombardier et ses dirigeants? Aucune, tous les deux volent à leur manière.

C’est à pleurer, misère!

Des commentaires? Contactez Mimi Legault à mimilego@cgocable.ca 

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