Drôle de rentrée

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Chronique d’un X

Jean-Claude Tremblay

Ça y est, au moment de lire ces lignes, la fin de la récré aura déjà sonné. Tous auront été appelés à se corder et à se remettre au travail tel un viticulteur à l’aube d’une période de vendanges animée. Pas trop certain d’avoir pu en profiter, c’est sans conviction que beaucoup reprendront le crachoir mi-figue mi-raisin en cette fin d’été embrouillé. Parlant de raisin et d’été incertain, serez-vous surpris d’apprendre qu’en France, où les vendanges ont débuté, on prévoit une baisse de 18 % de la récolte par rapport à l’an dernier, soit la plus petite depuis 1945?

Dans certains milieux viticoles, comme en Champagne ou dans le Beaujolais, on est censé entrer dans un moment euphorique, celui où le raisin atteint la maturité désirée, où l’équilibre entre sucre et acidité atteint normalement son apogée. Or, cette année, les vignerons semblent moins enthousiasmés à l’idée de procéder à l’élaboration du nectar tant apprécié.

Je me demande s’il en est de même pour nos écoliers, eux pour qui c’est le moment de se discipliner. Expiré le temps du iPad à volonté, et celui où tard ils pouvaient se coucher, où les matins ils pouvaient paresser sans se faire interpeller – « Allez, il faut se lever! ».

Pour les profs, on retrouve sa boîte de courriel un peu empoussiérée. Une classe à décorer et à organiser, toute une année à préparer. Une cohorte empirée ou aisée, comparativement à l’année passée? La liste sera bientôt consultée et la réalité dévoilée, pour eux, la cloche a littéralement sonné.

Pour certains parents, c’est un ouf de soulagement, tandis que pour d’autres, c’est une nostalgie sans précédent de voir son petit ou sa petite devenir grand, en un rien de temps. Une autre rentrée, une autre année, un autre chapitre d’un livre appelé la vie. Une réalité frappante, celle de constater que certains en sont à la table des matières, alors que d’autres entrent dans la conclusion. Ah le temps, cette notion pourtant si abstraite et arbitraire. Elle prend son importance dans le fait que le personnage Mythologique Chronos est à la fois le dieu du temps, mais aussi celui de la destinée. Vous voyez, le temps tout seul ne veut rien dire en soi, au mieux c’est une unité de mesure. Mais accolez-lui une connotation prémonitoire et l’imaginaire s’emballe.

Pour moi, la rentrée me fait beaucoup penser aux années 80. Cette époque où les mères pouvaient encore faire des sandwichs au beurre d’arachides sans risquer l’homicide involontaire, ou la poursuite arbitraire.

La rentrée à cette période, eh bien, je la vois encore, c’est limpide. En fait, je peux même la sentir, celle qui dégageait un doux parfum de BPA! C’était une boîte à lunch orange en plastique rigide, avec un collant de superhéros rectangle qui occupait toute la façade. Tout le monde avait la sienne. Il y avait les jaunes avec PacMan, les roses avec Fraisinette et combien d’autres. Ce type de boîte à lunch s’ouvrait en levant deux clips carrées à l’avant, et à l’intérieur, on pouvait y trouver un trésor. Le précieux objet était un thermos parfaitement harmonisé, le genre que le bouchon devenait une tasse lorsqu’on le dévissait. On y tenait l’anse anormalement carrée pour y boire notre Kool-Aid radioactif santé.

Et puis, il y avait les cahiers Hilroy ou Canada, sans les trottoirs, avec en couverture des scènes d’automne ou les chutes Niagara. L’anglais avec Sam by Satellite – « I eat apples » nous apprenait le grand frisé qui tenait son walkie-talkie avec la terre en arrière-plan. Le Bescherelle vert ou la catéchèse bleue avec les trois poissons, tous, sans exception, faisaient l’objet d’une protection de plastique que nous devions faire maison. Je me souviens encore de ma mère qui s’affairait à appliquer cette pellicule transparente sur tous mes livres et mes cahiers, un peu comme cette folie de couvrir les divans pour ne pas les maganer.

Aujourd’hui, tout cela a bien changé. Certes, on est devenus plus fancy, et les enjeux de la rentrée se sont grandement complexifiés. C’est un au revoir à l’été, c’est l’excitation ou le motton d’entamer une nouvelle saison, une qui rime avec Armageddon ou préférablement avec excitation.

La rentrée, c’est un renouveau, profitez-en donc pour faire un bilan, apprécier ce qui est, planifier ce que vous souhaitez et laisser de côté ce que vous ne voulez plus. Peu importe à quel chapitre se trouve votre signet, rappelez-vous que vous être l’auteur du livre de votre vie – vous seul pouvez décider de la suite.

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