La femme de Berlin – Pauline Vincent

La femme de Berlin – Pauline Vincent
Daniel Giguère
Chroniques

D’abord paru en 2004 chez Libre expression, La femme de Berlin nous revient en 2017, cette fois aux éditions Alire, qui ont eu l’excellente idée de rééditer le roman en format de poche. Une consécration bien méritée et qui devrait lui permettre de rejoindre une nouvelle génération de lecteurs attirés par les romans d’espionnage.

Décembre 1939. Dans un Westmount encore endormi, Lydia et sa mère sont brutalement tirées de leur confort douillet alors que deux agents de la RCMP frappent à la porte de leur manoir. Ce sera le début d’un long cauchemar pour ces deux femmes dont la seule culpabilité est de portée le nom d’un diplomate allemand que Claire, la mère de Lydia, a marié il y a longtemps. En ces temps de guerre, cette filiation avec l’ennemi justifie bien des suspicions.

Interrogatoires, privations, menaces psychologiques. Rien ne leur sera épargné pour obtenir d’elles des aveux confirmant leur statut d’espionnes au service de l’Allemagne.

La mère de Lydia, terriblement affectée par ses conditions de détention, fera un grave AVC.

Bientôt confrontée à des choix déchirants, mais dotée d’une force de caractère qui assurera sa survie à maintes occasions, Lydia prendra la décision qui s’impose pour protéger sa mère et son propre fils. Elle rejoindra les services secrets britanniques, ce qui la projettera dans le monde de l’espionnage, des jeux de pouvoir et de séduction. Le tout avec pour toile de fond la guerre, bien sûr, mais l’amitié également, avec ce que cela comporte de trahison.

Saluons ici l’exceptionnelle maîtrise du fond et de la forme. Une écriture toute au service du récit, qui ne souffre d’aucun temps mort. Le rythme est habilement construit en un grand crescendo, tandis que le roman prend du souffle et de l’ampleur à mesure que l’histoire progresse, pour se terminer dans une course folle contre la montre.

Les chapitres très courts vers la fin nous permettent de suivre Lydia et son frère Karl, soldat du IIIe Reich, eux dont les ambitions, prenant leurs sources dans un passé commun, auront pourtant des finalités totalement différentes.

Pauline Vincent aborde avec une redoutable efficacité tout l’aspect historique de l’espionnage au Canada et au Québec.

Ses longues recherches lui ont permis de découvrir beaucoup de choses, notamment le fameux camp X, basé en Ontario et qui a bel et bien existé.

On suivra ainsi avec beaucoup d’intérêt la formation de Lydia au terme de laquelle elle sera envoyée en Amérique du Sud pour une mission secrète. Le contre-espionnage jouera un rôle déterminant et tragique.

Pauline Vincent rappelle avec justesse que son roman est construit comme un scénario de film. Il nous reste maintenant à lui souhaiter de trouver le producteur qui pourra amener La femme de Berlin vers une nouvelle étape pleinement méritée.

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