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La chronique À MIMI

Mimi Legault

Ainsi, le ministère de l’Éducation s’apprêterait à intégrer dans les classes davantage d’élèves en difficulté. Mon couvercle a sauté. D’abord, j’ai pensé écrire une lettre aux hauts gradés et pourquoi pas à Philippe Couillard pour tenter de les raisonner. Pas une bonne idée, ils ne vivent pas sur le même étage que nous. J’ai eu un flash : celui de m’adresser à chaque enseignante du primaire de la province. Messieurs les enseignants, ne montez pas aux barricades, vous êtes si peu présents en nombre que, pour une fois, sentez-vous inclus, car cette fois-ci, le féminin l’emportera sur le masculin. C’est comme ça.

Mesdames du primaire, un bon conseil, n’écoutez pas ces bonzes de l’Éducation payés non pas pour le bien de l’élève, mais pour diminuer le coût du ministère et proposer des écoles « fourre-tout ». Ils vous assureront que tous les services seront mis en place pour aider les jeunes enseignantes. Bla-bla-bla. Ma dernière année d’enseignement se résume à ceci : 26 élèves de 5e année. Sur le lot, trois gros cas d’élèves mésadaptés sociaux affectifs, deux enfants dysphasiques (trouble de langage), quatre de niveau 2e année, trois de 3e année et un jeune Vietnamien qui ne parlait pas un traître mot de français et qui répétait sans cesse « Comprends pas, comprends pas ». Moi aussi, mon ti-loup, je me demandais ce que tu foutais dans ma classe. Tout ça dans la même pièce, un beau patchwork.

Les filles, il est encore temps de choisir une autre avenue que l’enseignement. Si le gouvernement réalisait que, bientôt, il manquera d’effectifs côté profs, il devra réagir. Mais si votre tendance maso l’emportait, alors tentez par n’importe quel moyen de stopper l’hémorragie. Cette infâme décision d’intégration est une tarte à la crème lancée à la face de chaque enfant québécois. Couillard et compagnie connaissent suffisamment la soumission du milieu féminin pour savoir que les enseignantes vont peut-être régurgiter; mais comme ils y vont par petites gorgées et que le changement se fait lentement, ils ont toujours l’espoir que l’arête finira par être avalée. Vu de même, je trouve la chose criminelle. Ils sont bien au courant que la gent féminine baigne dans une obéissance qui a fait son temps.

Un jour, j’ai reçu une lettre directement du ministère de l’Éducation qui contenait des pages et des pages de questions aussi compliquées qu’insipides pour connaître nos buts et objectifs. En accord avec la direction de l’école, je leur répondis sur-le-champ par une invitation à venir me visiter dans ma classe une ou deux journées. Je m’engageais de mon côté à m’asseoir avec ces gens de la haute pour discuter de manière pratico-pratique de la situation déplorable que nos jeunes vivaient. J’attends encore naïvement leur réponse. J’ai une question pour vous : pouvez-vous me nommer une seule commission scolaire dont les bureaux seraient désuets, les murs lézardés, l’air irrespirable? Voilà quelques années, ma propre commission scolaire avait déboursé la rondelette somme de 18 000 $ pour acquérir des boîtes à fleurs. Comme quoi, dans la vie, il y a les rois et les valets et tout ce que désire la royauté est de régner en maître sur des enseignantes soumises. Pour montrer que les choses évoluaient, on a simplement changé des noms. Ainsi, le bulletin est devenu une compétence transversale, alors que la seule chose que le parent désirait savoir c’est si son enfant réussissait bien à l’école. Mais si, pour une toute petite fois, les enseignantes se levaient!

Si vous saviez à quel point j’aimerais entendre le bruit de vos chaînes tomber. Prenez d’assaut les médias et les réseaux sociaux, racontez vos déboires, vos découragements. Faites écrire des pancartes par vos mousses (elles seront bourrées de fautes, un argument de plus). Allez rencontrer votre commissaire scolaire, mais remettez-lui un GPS, car il n’a aucune foutue idée où se trouve votre école. Brassez la cabane, mais surtout, battez-vous, revendiquez pour montrer à nos chers gouvernants que le temps des « tites métresses d’école qui acceptaient tout » est révolu. Lorsqu’un gouvernement laisse tomber à plat l’éducation, il n’est pas digne du pouvoir. Écrivez aux journalistes, prenez des photos, dégainez votre trop-plein. S’il le faut, invitez-moi dans vos classes. Je me ferai un sacré plaisir de résumer l’enfer que vous vivez chaque jour.

Il faut que ça cesse. Devant le tollé du pouvoir gris, le gouvernement a reculé pour le crédit d’impôt des 65 ans et plus. Pourquoi pas vous? Il est minuit moins cinq. Si vous ne réagissez pas devant autant d’irrespect de nos dirigeants, moi aussi je répéterai « Comprends pas, comprends pas ».

Des commentaires? Contactez Mimi Legault à mimilego@cgocable.ca 

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