Heureux d’un printemps

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Chronique d’un X

Jean-Claude Tremblay – Mari, père et fils. X de génération, homme d’affaires de profession. Rebelle sensible et constructif, ardent dénonciateur d’injustices. Protecteur des miens, éternel Laurentien.

Ça y est, c’est le printemps, malgré le manteau toujours un peu blanc et parfois verglaçant. Le temps est venu de nettoyer, de se renouveler, de se ressourcer. Le printemps est dehors, mais il est aussi en dedans. C’est la renaissance, le prétexte rêvé pour reprendre vie, et retrouver le sourire, égaré dans les méandres glacés du mois de février.

Notre vie est quatre saisons. Chaude comme l’été quand tout va bien, grisâtre comme l’automne en période sombre, froide comme l’hiver lorsque l’on hiberne émotivement, et douce comme le printemps lorsque l’on est prêt à s’ouvrir. Le printemps a toujours été un prétexte par excellence pour se délester de nos malheurs. C’est une occasion de soigner nos maux, de reprendre nos résolutions abandonnées en début d’année, de se remettre à bouger, de se permettre à nouveau de rêver, rêver d’un été ensoleillé, empreint de liberté.

Telle une cigale se préparant à chanter tout l’été, nous en oublions nos priorités. Bien qu’il faille vivre au rythme du moment, il faut regarder le printemps comme une opportunité de se remettre en question. Malgré Simone qui clamait haut et fort que le printemps n’arrivait qu’une fois dans l’année, et qui l’associait solennellement à une jeunesse vite passée, je ne peux qu’affirmer que le printemps, pour moi, c’est d’abord un état d’esprit et un mode de vie, de ceux que l’on choisit.

D’ailleurs, le printemps, c’est souvent le grand ménage. Le ménage d’une garde-robe, d’une maison, d’une vie. Ça me rappelle une expérience vécue, s’articulant autour d’un camion-cube de 26 pieds rempli à souhait. Il a fallu l’équivalent de ce genre de camion, et plus, pour transporter les trésors de ma mère, une dame vivant seule, de son petit appartement de la 117, vers la résidence spécialisée où elle a emménagé. Sa garde-robe était digne de la grande salle des archives nationales de Québec; elle aurait rendu jaloux le costumier de Radio-Canada. Des chemisiers à épaulettes des années 80 aux vieux pots de moutarde avec la reine de cœur, à la vaisselle en poterie beige et verte qui provenait de la station d’essence – toutes les décennies étaient bien représentées.

Et que dire du rangement en haut de l’escalier, que j’avais presque oublié. Une collection de pots Mason de diverses générations, une pléiade de paillassons, des milliers de sacs en plastique de provisions. Ah tiens! Un coffre. Ma taie d’oreiller de Superman, un 45 tours de Goldorak, mes cahiers Canada de 2e année, les tam-tams que j’avais fabriqués quelque trente années passées. Autant de souvenirs qui sont en train de s’effacer dans la mémoire d’une âme usée.

C’est alors que je me suis mis à questionner la pertinence d’avoir autant de souvenirs au pied carré. Tout en respectant le désir de vouloir honorer ce qui a été, je ne crois plus que le passé est garant de l’avenir. Maintenant, je crois résolument que le présent est tout ce que nous avons – et que seul ce dernier est garant du demain. Les « au cas où » mènent directement à l’accumulation, et parfois même à la surconsommation.

Les 60 serviettes de toutes tailles et de toutes couleurs, qui ont orné les crochets de nombreuses demeures, ne servent-elles pas principalement à nourrir votre sentiment de rareté, lui-même hérité du passé? Idem pour vos milliers de sacs-cadeaux que vous gardez pour tantôt, ou pour vos sacoches, que vous conservez tout en les trouvant moches! L’accumulation est comme la buée dans nos lunettes de lecture, c’est un lourd programme qui accapare notre disque dur. Il y a mille motifs à s’accrocher, mais davantage à laisser aller – « N’est-ce pas vrai? », demandais-je à ma belle-mère adorée! Faites le vide, vos épaules vont un jour me remercier.

Collectivement, il faut redéfinir notre rapport avec le monde matériel, afin que les objets soient à notre service, et non le contraire. Il faut aussi séparer le véhicule du passager – j’ai depuis compris que le foulard que portait mon père n’était pas mon père, et que de m’en défaire ne salit en rien sa mémoire.
Le printemps, c’est maintenant; le printemps, c’est tout le temps. L’abondance est simplicité, elle est clarté, elle est non accumulée.

Je laisserai le mot de la fin au philosophe Aristote qui disait ceci : « Les avares amassent comme s’ils devaient vivre toujours; les prodigues dissipent comme s’ils allaient mourir ». Heureux d’un printemps, amis lecteurs.

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