La chaise verte

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à Mimi

Dans une publicité à la télé, une institution bancaire nous présente une chaise confortable, verte pour l’espoir sans doute, dont l’unique but est de démontrer aux mangeux de poutine québécois toute l’attention qu’ils méritent. On les invite à s’asseoir, ils ont l’air de dire : on s’occupe de votre bien et… on va finir par l’avoir. Ça, c’est ma version personnelle d’observer les choses.

Mais mon p’tit doigt me dit que je ne suis pas loin de la vérité. Cette pub m’horripile au dernier degré. Faut vraiment être nunuche pour penser que les institutions bancaires existent pour notre confort et notre sécurité. Mieux vaut croire au père Noël. Elles sont là pour une seule chose : faire de l’argent. En soi, je ne suis pas contre ce principe.

Prenons les Caisses populaires dont le fondateur Alphonse Desjardins visait une association coopérative. Il désirait que les classes laborieuses québécoises se prennent en main, gèrent leurs propres affaires. Il espérait leur faire développer le goût de l’épargne et instaurer un crédit plus accessible. Comme dirait Claude Julien, instructeur des Canadiens, on est loin de la coupe! Non pas que je désire viser davantage une institution plutôt qu’une autre, car au bout du compte, banque ou caisse, tout l’monde ici se ressemble. Mais lorsqu’on se vante de vouloir aider les étudiants en leur offrant une carte de crédit à 19 % d’intérêt, il y a un os dans le fromage.

D’un côté, l’intention d’Alphonse était bonne, mais peut-être trop candide. Qui sait? Dans la pub de la chaise verte, nous voyons des gens ordinaires être reçus comme des rois. Or, ce n’est pas la réalité.

Je vous conte un fait vécu dernièrement. Je dois m’occuper par procuration d’une dame riche et âgée dont les facultés cognitives dérivent à vue d’œil. Depuis quelques années, une employée d’une institution bancaire s’occupait personnellement d’une partie de ses affaires. Elles étaient devenues quasiment amies. Or, lors de notre dernière visite, la dame en question lui a annoncé que désormais ce serait peut-être une autre qui verrait à ses placements parce des règles venaient d’être changées. Dans les faits, il lui manquait 11 000 $ pour atteindre un minimum de sous afin de recevoir le même service personnel.

J’aurais pu faire des transferts et le problème aurait été rapidement réglé. J’ai changé d’institution. Vous n’avez pas idée à quel point vous devenez intéressant dès que l’on découvre que vous êtes bien nanti!

L’autre problème provient de l’Homme qui a une relation difficile avec l’argent. Certains se condamnent à la pauvreté par leur seul entêtement à vouloir paraître riches sans tenir compte d’avoir les moyens de la vie qu’ils mènent. On me dira que le mot pauvre n’existe plus : il faut dire un économiquement faible, ou un simple défavorisé. Il reste qu’un pauvre reste un pauvre; il n’y a que le vocabulaire qui est plus riche. Ça ne donne pas le beurre sur le pain. Les mots changent, la réalité demeure.

Avant, pour le consommateur, on parlait de biens essentiels. Ensuite a suivi la période du nécessaire, puis l’agréable. Maintenant, on peut parler du superflu.

L’invention de la carte de crédit a réglé le problème de bien des gens qui ne pouvaient payer comptant. Vive la dette instantanée! C’est une arme, mais bien gérée, elle devient extrêmement efficace. Le problème, c’est que certaines gens n’auraient pas leur portefeuille si gonflé si ils enlevaient ces petites cartes plastifiées. Nous sommes tellement sollicités par la publicité et les réseaux, que l’on nous donne l’impression de pouvoir à peu près tout acheter. Lu dans une vitrine de magasin : si vous n’en avez pas besoin, nous l’avons! Moi-même, je ne suis guère mieux. Un jour, un vendeur d’autos m’a dit : et son prix dépasse à peine celui de la voiture dont le prix excède seulement de quelques dollars celle qui ne coûte pas plus cher que certains modèles de marques les moins coûteuses. Je l’ai achetée! Ah l’argent! Fait-elle le bonheur? On m’a déjà répondu non parce qu’un sportif qui gagnerait 10 M$ au lieu de neuf serait tout aussi heureux… L’argent? Il n’a plus de prix.
Cette pensée d’Henry Miller : lorsque la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus.

Des commentaires? Contactez Mimi Legault à mimilego@cgocable.ca

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