Les impressionnistes

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Chronique d’un X

Jean-Claude Tremblay

Le Salon des refusés, Paris, 1863. À cette époque où le changement n’était pas au programme, l’Académie des Beaux-Arts refusa plus de 3000 œuvres sur les 5000 envoyées par les artistes, désirant exposer leurs œuvres au Salon de peinture et de sculpture. Ce salon, lieu sacré d’exposition artistique désormais mythique, était le lieu formel des artistes de cette période.

Rappelons-nous qu’à l’époque, il y avait des artistes « officiels », qui exerçaient l’art dit académique, respectant ainsi des doctrines étatiques, misant sur les traditions et les thèmes religieux ou encore historiques. En des mots familiers, ça veut dire que la crémeuse n’existait pas et que la traditionnelle était profession de foi!

Le Salon des refusés était un salon dans un Salon. Un espace créé pour accueillir ces nombreux artistes rejetés, qualifiés à l’époque de marginaux et de hors-norme. Un espace consenti à même l’exposition au Palais de l’Industrie et des Beaux-Arts qui marqua l’émergence, voire la naissance, d’un mouvement dont toute la collectivité profite encore aujourd’hui. L’initiative audacieuse de créer une place aux exclus n’est venue de nul autre que Napoléon III, empereur des Français et dernier monarque du pays. C’était le troisième fils de Louis Napoléon, le frère de l’autre, LE Napoléon Bonaparte 1er que l’on connaît un peu plus. Celui-là même qui, ironiquement et soit dit en passant, utilisait la propagande et le contrôle des artistes pour promouvoir ses idéaux de loi et d’ordre!

Mais qui sont donc ces révolutionnaires armés de plumes et de pinceaux, ceux qui refusent le statu quo?

Bien que l’impressionnisme soit traditionnellement un mouvement pictural, il a révolutionné toutes les formes d’art. En littérature, on parlera de Henri-Pierre Roché, plus tard de Marcel Proust, plus près d’ici d’Émile Nelligan. En peinture, ils s’appellent Manet, Renoir et surtout Monet, Claude de son prénom, un des fondateurs de cette véritable révolution.

Ces artistes de la seconde moitié du 19e siècle s’affairaient à inventer un style, celui du vivant, de la nature, du mouvement et du moment présent. Collectivement, ils représentent le Groupe des impressionnistes. Ces révolutionnaires sont ceux et celles qui ont osé faire les choses différemment, qui ont laissé, volontairement ou non, une indélébile impression.

À quoi ressemblent ces impressionnistes aujourd’hui?

Au 21e siècle, l’étymologie du mot s’est élargie, et ces refusés du Salon sont maintenant légion. Bien sûr, ils ont pris une forme différente, ils sont multidisciplinaires, ils sont explorateurs, ils sont les représentants d’un art globalisé, ils sont la mémoire de notre société.

Ceux qui travaillent dans la lumière s’appellent Marc Séguin, Louise Lecavalier, Robin Aubert, Kim Thúy et Jorane. Des artistes de tout art, fiers, qui osent, qui 154 ans plus tard perpétuent les valeurs impressionnistes.

Ceux dans l’ombre sont tout aussi importants, et ils sont partout.

Au soccer, ils s’appellent Geneviève, Hans, Véronique, Simon, Bruno et Éric.

Au camp, ils se nomment Soleil, Gougoune, Stella, Patate, Pamplemousse, Bazinga, Rôtie et Plume.

À l’école, ces personnes sont Pascale, Anouk, Stéphane, Marie-Josée et Julie.

Ceux et celles qui, au jour le jour, contribuent à façonner nos petits, marquent peut-être sans le savoir le parcours de milliers de vies.

Des femmes et des hommes fiers, laurentiens, solides comme des chênes, flexibles comme des cèdres, le cœur grand comme la Statue de Shivaji – disons leur merci.

À mon école du Saint dit Joseph, c’était Mme Delongchamps, celle qui me comprenait et qui compatissait, celle qui, chaque jour, m’encourageait. Plus tard, à Prévost, ç’a été le prof Paquin, un être dévoué pour qui un 45 % en mathématiques ne rimait pas avec fatal péché. D’autres exemples, je pourrais en nommer à perpétuité, comme mon coach de baseball ou celui de hockey. Celui qui, régulièrement, me faisait jouer, même si le meilleur, je n’ai jamais été dans ce sport trop collectif pour un enfant gêné et timoré.

Et vous, qui vous a marqué? Un entraîneur, un prof, un parent, un voisin, une amie, une chanteuse? J’ai une meilleure question : qui avez-vous marqué jusqu’ici? Le fait est que vous avez tous un rôle à jouer dans la vie de quelqu’un, que vous le sachiez ou non.

Le regard de compassion que vous offrirez aujourd’hui façonnera peut-être la raison d’être de quelqu’un demain. La tranche de vie que vous partagerez candidement un jour forgera l’esprit d’un, et marquera l’imaginaire d’un autre pour toujours.

N’oubliez jamais que les impressionnistes sont partout, que les impressionnistes sont parmi nous et qu’ultimement, les impressionnistes, c’est aussi vous.

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