Lettre à mes enfants

Lettre à mes enfants
Mimi Legault
Chroniques

La chronique à Mimi

par Mimi Legault

mimilego@cgocable.ca

Mes chers petits,

Mes mains tremblent et j’ai demandé à mon infirmier Mario, qui est tellement gentil, d’écrire pour moi cette lettre que je lui dicte. Ça fera bientôt trois ans que vous m’avez placée à la résidence Bon Repos. Au fait, je n’ai jamais compris la raison pour laquelle vous m’avez arrachée à ma terre dans les Hautes-Laurentides pour immigrer au nord de Montréal d’où j’ai une superbe vue sur l’autoroute. Il y a du bruit, de la poussière, mais comme on dit, ça roule dans tout le sens du mot : les autos, les camions, ma marchette à l’occasion. Souvent, les fenêtres tremblent, mais Mario m’assure que ce sont mes mains. Pas sûre, moi. Si on m’a pris mon corps, je peux vous affirmer qu’à 87 ans, j’ai encore toute ma tête. Je vois clair, mais mon ouïe est moins fine, ce qui fait bien mon affaire, j’en ai assez entendu!

Je marche tranquillement, mais sûrement. Aucune maladie dégénérative, sauf la vieillesse. Je ne me plains pas. Ni des soins minimums offerts ni de la nourriture basique, si je puis m’exprimer ainsi. Si je m’ennuie? La réponse est oui, sans contredit. Si je reçois de la visite? Non, sans contredit. Voilà pourquoi je me pose cette éternelle question : pourquoi j’habite en ville alors que j’étais si heureuse et bien portante dans mon village. C’était pour me rapprocher de vous, m’avez-vous dit, mes chers enfants. Alors, parlons-en.

Albert, mon aîné : Je sais que tu travailles très fort et qu’en plus, tu dois t’occuper de ton condo dans le Sud. Même que ta femme m’a dit un jour que vous étiez bien obligés de passer vos hivers en Floride et qu’elle avait dû apprendre à jouer au golf. Pauvres enfants…

Puis toi ma Francine : Je m’attendais à te voir plus souvent; tu demeures tout près de la Résidence. Mais tu me jures que tes trois enfants prennent tout ton temps. Qu’ils ont leurs leçons de ski, leurs cours de piano, leur colonie de vacances. Ton mari travaille toujours, tu dois prendre soin de toute la maisonnée. Je comprends ça.

Et toi Mariette : Tu dois finalement être heureuse en République dominicaine depuis que tu as trouvé l’amour avec ton beau Arturo. J’ai vu un reportage à la télé sur les Républicains, tous gentils avec les Québécois. Mon cellulaire ne sonne pas souvent et, pourtant, c’est toi qui m’avais promis des Facetime de temps en temps. M’enfin… L’amour rend aveugle et peut-être aussi un peu distrait.

Et toi mon André : Qu’es-tu devenu depuis ta sortie de prison? Je suis la seule à t’avoir soutenu et j’ai toujours cru en ton innocence. On me dit que tu t’étais évanoui dans la nature. Et si tu me faisais juste un petit signe? Je saurais tenir ma langue. Promis. Il ne se passe pas une seule journée sans que je pense à mon petit André espiègle et joueur de tours. Où es-tu mon grand?

Monique ma petite dernière : Deux mariages, deux divorces. J’ai appris à travers les branches que tu passais tes journées au casino. Pas une bonne idée, ça. Fais comme moi. Achète-toi un 6/49 chaque semaine et mets-toi à rêver. Ça coûte moins cher. Et ça te donnerait davantage de temps pour venir me visiter.

Et vous tous, mes petits-enfants : Vous avez grandi. Samuel, Alex, Charlie, Isabelle, Antoine, Rémy, Fanny, Manuel et Arnaud. J’ai peur d’en oublier tellement je ne vous vois plus du tout. Je sais, vous avez votre école, vos amis, vos sorties, votre réseau social comme vous dites. Continuez fort pour réussir vos études!

Je vous embrasse tous!

Votre grand-mère Céleste

P.S. J’oubliais! Mon infirmier Mario et moi, nous prenons l’avion ce soir pour les Îles turquoises.

J’ai gagné 7 millions à la loterie. J’ai attendu pour vous écrire afin d’être certaine de ne pas vous obliger à venir me reconduire à l’aéroport. Après les Îles, nous avons réservé notre place sur un paquebot pour faire le tour du monde. J’ai annulé ce qui me servait de loyer à Bon Repos.

Vous pourrez dès lors passer prendre le mini frigo et la petite télé couleur que vous m’avez offerts en vous cotisant toute la famille. Qui aurait dit qu’un jour ma vie roulerait… sur l’or!

Longue vie à vous tous!

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1 commentaire

  1. Ginette Naud

    25 avril 2018 à 17 h 25 min

    Bravo pour votre chronique moi et mon mari ont à rie à pleurer le pire c’est des choses qui arrivent j’adore vos chronique merci

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