Libre expression Par Jean-Claude Tremblay

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Relâche scolaire et bureaucratie… en 143 secondes

Bonjour! Ici le service des loisirs de la ville, je peux vous aider?

– Oui, bonjour! Je voulais en savoir plus sur le camp de jour de la relâche scolaire. J’ai reçu votre courriel et je songe à inscrire mes enfants.

Vous êtes résident ou non résident?

– Pourquoi, est-ce que les activités sont différentes?

Non, mais c’est plus cher si vous êtes non résident.

– OK… je suis non résident.

C’est 150 $ par enfant au lieu de 75 $. Et aussi, il y aura les frais de retard de 15 $ qui s’ajouteront pour chaque enfant.

– Des frais de retard? Le courriel promotionnel dit que j’ai jusqu’au 20 février pour l’inscription, le camp débute le 28 et nous sommes seulement le 13!

Monsieur, l’offre est sur notre site Web depuis décembre, et c’est marqué qu’il faut s’inscrire avant le 3 février.

– Je comprends Madame, mais je viens de l’apprendre par votre courriel promotionnel que j’ai reçu ce matin?!?

Oui, mais c’est comme ça, c’est déjà établi, Monsieur.

– OooooK. C’est quoi les activités?

De l’animation, des jeux et une sortie.

– Qui anime et s’occupe de nos enfants?

Des animateurs qui seront mandatés par le Service des loisirs.

– ?!?… Votre courriel dit que les places sont limitées et qu’un minimum est requis pour que le camp ait lieu – y a-t-il encore de la place?

Il n’y a pas beaucoup de monde; il nous faut atteindre le minimum sinon il n’y aura pas de camp.

– OK… J’aimerais juste planifier un peu : est-ce que je comprends qu’il reste de la place, mais que ça se pourrait que ce soit annulé?

Peut-être que oui s’il n’y a pas assez de monde. C’est pour ça qu’on fait de la promo et des rappels.

– ?!?… Pensez-vous que la différence majeure de prix entre résidents/non-résidents et les frais de retard freinent votre recrutement?

Je le sais pas Monsieur, je ne fais pas les règlements. Le conseil de ville et le Service des loisirs ont établi le cadre l’an dernier, c’est comme ça.

– Respectueusement Madame, je crois que faire preuve de souplesse inciterait plus de gens à s’inscrire. Du moins, moi, je serais plus enclin.
Je ne sais pas quoi vous dire Monsieur. Vous pouvez passer à hôtel de ville pour l’inscription ou visitez notre site Web.
———————-
À 30 secondes…

– Je me sens comme un étranger, je me sens exclu du « clan », car on m’étiquette tout de suite comme non résident.

– Je me sens insulté lorsqu’on remet en question (indirectement) ma capacité de payer en débutant avec le prix; je sens que c’est cher et j’ai déjà des réticences.

– Je me sens coupable d’avoir manqué le délai, même si je l’ignorais.

– Je me sens injustement pénalisé d’avoir des frais de retard.

À 60 secondes…

– Je me sens ignorant, car je ne connais pas l’étendue et la teneur des activités.

– Je me sens craintif de laisser mes enfants sur place alors que j’ignore qui en aura la garde.

– Je me sens nerveux à l’idée de bâtir mon horaire autour d’une activité qui n’aura peut-être pas lieu.

À 90 secondes…

– Je me sens victime d’une bureaucratie déconnectée de la réalité qui ne tient pas compte de mes doléances – ça alimente mon cynisme et augmente ma frustration globale envers le « système » que j’estime (déjà) inefficace.

À 143 secondes…

– Je me secoue la tête et baigne dans la stupéfaction la plus totale. La douzaine de sentiments négatifs que m’a fait vivre une fonctionnaire municipale, figée dans son corset administratif, n’est malheureusement qu’un sous-symptôme d’une grave maladie sociétale, symbole d’une fracture majeure qui appelle une reconstruction.

Dénonçons respectueusement (l’absence de raisonnement), rappelons cordialement (aux fonctionnaires qu’ils sont à notre service), proposons proactivement (des alternatives appropriées). Nous méritons mieux.

_Jean-Claude Tremblay, fidèle Laurentien

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