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La chronique à Mimi

Mimi Legault

Le jardin que ma grand-mère cultivait était immense. J’aimais parfois la suivre, mais pour ça, il fallait apprendre à mettre mes pieds à la bonne place. À déposer le premier pas dans le sillon désigné et à mettre l’autre dans le rang d’à côté. Mais l’enfant actif en moi détestait cette formalité, j’avais l’impression de marcher sur des œufs. C’était le cas.

Depuis quelque temps, lorsque je m’apprête à chroniquer, je ressens la même désagréable sensation. Celle de porter un corset, de devoir retenir mon souffle pour ne pas aller trop loin, pour ne pas choquer certaines gens.

La dernière en lice revient à la personne transgenre devenue une femme et qu’un employé de la SAAQ a nommé monsieur. Pas dix, pas vingt plaintes : une seule sur des millions… Dès lors, le patron aurait demandé à ses employés de ne plus appeler les gens par madame ou monsieur. Le genre de réaction qui crève mon jaune d’œuf.

Bien malin qui pourrait prévoir jusqu’où on se rendra pour ne pas offenser quiconque. Gardez vos tomates pour vos conserves, je n’ai rien contre les transgenres. Rien. Je les admire profondément pour leur indéfectible courage. L’un de mes neveux Jean est devenu Jeannette (nom fictif). Quelle heureuse décision pour elle! Oui, monsieur!

Dites-moi, si je sépare mon blanc des couleurs au lavage, vais-je être traitée de raciste?

Si je vous demande de répondre à une devinette : comment appelle-t-on une petite personne qui ne pense qu’au sexe?

Une nainphomane. Vais-je avoir sur le dos l’Association des petites personnes du Québec? Si je fais une demande officielle pour qu’à la fin de chaque prière, on dise « ainsi soit-elle », la Ligue du Sacré-Cœur viendra-t-elle sonner à ma porte? Une fois parties, les féministes radicales exigeront-elles dorénavant qu’aux jeux de cartes, la dame vaudra l’équivalent du roi? Que côté musical, deux noires ne vaudront plus une blanche? Et que les nouveaux pianos seront conçus en arc-en-ciel pour ne pas indisposer les personnes jaunes ou rouges? Côté alimentation, pour les apôtres de la non-violence, ils décideront peut-être de bannir de leur vocabulaire les expressions battre les œufs, fouetter la crème, fourrer les petits pains. Qui sait?

J’arrête ici, je sens déjà votre impatience. Et pourtant, je ne suis ni raciste ni sexiste, j’suis juste en clisse parce que je devrais écrire ce que je pense, mais je dois penser à ce que j’écris.

Il faut marcher les fesses serrées lorsqu’il est question de la loi 62 à défaut de se faire dire que l’on souffle sur les braises de l’intolérance, dixit le premier ministre Couillard à François Legault de la CAQ.

Pourquoi devons-nous demeurer prudents sur nos écrits lorsqu’il est question des minorités, des accommodements raisonnables et de l’immigration? On ne peut plaire à tout l’monde et à son père. Me semble que c’est simple comme énoncé. Mais il apparaît désormais que lorsque la minorité éternuera, la majorité se mouchera.

Devrais-je désormais tremper ma plume dans l’encre de l’aplaventrisme? Heureusement, j’ai la couenne dure et ma foi, j’aime bien dire tout haut ce que les gens pensent tout bas. J’ai cette nette impression d’appartenir à une grande famille, dont les pères Trudeau et Couillard, aux pensées rose bonbon sucées longtemps, préfèrent désormais l’enfant adopté plutôt que celui à qui il a donné son propre sang.

Un jour, tu te lèves et tu vas dire à ton paternel ce que tu as sur le cœur.

À quel point tu te sens rejeté. Trop tard, tous les deux t’indiquent la porte s’empressant de faire taire tes propos soi-disant haineux à l’endroit de ceux qu’ils appellent désormais tes frères.

Voilà comment je me sens. Le problème ne provient peut-être pas finalement de l’enfant, mais du parent qui a perdu complètement le sens de l’identité familiale.

À quand le retour au bon sens et au discernement? C’est le cas de le dire : le Bon Dieu ou Allah ou Bouddha le sait, le Diable s’en doute!

Des commentaires?
Contactez Mimi Legault à mimilego@cgocable.ca 

Voir les commentaires (5)

5 Comments

  1. Suzanne Cloutier

    22 février 2017 à 14 h 56 min

    Tout-à-fait d’accord, bravo!
    Rien a ajouter….

  2. Marielle T LEVESQUE

    22 février 2017 à 16 h 55 min

    Que vous avez donc raison peut on respirer par les narines sans insulter quekkun?

  3. Pierrette Camiré

    22 février 2017 à 16 h 57 min

    tu es une vraie femme qui dit les vraies affaires, tu me ressembles sur beaucoup de points parce que j’ai une philosophie dans la vie c’est VIVRE ET LAISSER VIVRE et tu penses pareil comme moi. Continue d’être celle que tu es, tu es vraiment spéciale.

  4. Guyane-Elise Lacoste

    22 février 2017 à 19 h 29 min

    Tellement juste comme lecture!!! Moi aussi j’en ai assez de faire attention à tout pour les exceptions! Je suis tannée de me faire dire comment penser, comment gérer ma vie! J’aime vous lire… bravo!!!

  5. Lorraine Robillard

    25 février 2017 à 20 h 09 min

    Bravo Mimi! Par ces temps moroses, tu sais comment nous dérider.
    Enfin quelqu’un qui dit tout haut ce que tous pensent en silence.
    Tannée de penser à 2 fois avant d’émettre une opinion ou une tirade.
    Vive le bon vieux temps où chacun avait sa place et respectait son voisin.

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