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Chronique d’un X

par Jean-Claude Tremblay

jctremblayinc@gmail.com

Dans une salle de classe remplie de chérubins âgés de 10 et 11 ans, je me tiens, crayon effaçable à la main, debout devant un grand tableau blanc, histoire de recueillir les visées d’un groupe d’allumés, qui ne demandent qu’à collaborer. Ça y est, je suis prêt à donner cet atelier sur l’art d’écrire et de se libérer, ils me regardent, l’air espiègle, perplexes, mais intéressés.

  • Alors, vous savez pourquoi je suis ici ?!, dis-je
  • Euh.. vous êtes ici pour un atelier d’écriture ?, de répondre un étudiant
  • C’est exact, et je vous annonce aussi que vous allez alimenter ma prochaine chronique dans le journal
  • Nous? Vous êtes sérieux?!, s’exclame une autre
  • Oui. Je veux bien vous enseigner une technique d’écriture, mais l’histoire, elle viendra de vous!

Ainsi donc, sous les yeux tantôt incrédules, mais toujours brillants, nous avons commencé. J’ai débuté en leur expliquant que la puissance des émotions attachées à l’histoire qu’ils veulent raconter, sera toujours proportionnelle à la hauteur de l’œuvre qu’ils souhaitent créer. C’est vrai lorsque l’on écrit, lorsque l’on compose une chanson, ou lorsque l’on peint une toile.

« Vous savez, les meilleurs auteurs et artisans du monde, peu importe leur forme d’art, s’inspirent de fortes émotions pour créer.  Même chose dans le sport, ou dans toute autre discipline, l’émotion permet de se dépasser .». 

Je leur ai ensuite demandé de me nommer des évènements qui les avaient particulièrement marqués, en insistant sur ceux qui avaient suscité les plus fortes émotions. C’est à ce moment que les langues se sont déliées…

La classe a commencé par raconter des histoires positives, comme de beaux buts marqués en jouant au soccer, et des voyages mémorables en famille. Ensuite sont arrivés des sujets plus corsés, comme l’intimidation, avant de bifurquer naturellement, vers un sujet beaucoup plus profond.

« Moi… c’est quand mon chien est mort – ça m’a vraiment fait de la peine », a mentionné une étudiante. Une collègue de classe a ensuite pris la balle au bond : « Moi c’est quand ma grand-mère est décédée que j’ai eu le plus de tristesse ».

Puis un troisième élève a témoigné, puis un autre qui a largement commenté : voilà, collectivement, ils venaient de déterminer de quoi la chronique allait traiter, l’incontournable finalité des êtres vivants.   

Fasciné par leur maturité et leur ouverture, je les ai invités à s’exprimer davantage sur le sujet qu’ils venaient implicitement de choisir –  leurs interventions spontanées ont constitué un touchant recueil, que je souhaite vous partager.

—————————-

Les enfants vous présentent : les 4 étapes du deuil

1. Le choc initial

« Au début on pleure, et c’est normal. La mort, que ce soit un grand-père, une amie ou un chat, ça occupe notre esprit constamment, on peut pas penser à autre chose que ça, et on a de la difficulté à se concentrer. »

2. L’isolement et les risques

« Si tu t’en sors pas et que tu restes triste, tu peux tomber en dépression. La dépression c’est quand tu es déprimé tout le temps et que tu vois pas de façon de t’en sortir. Tu ne veux pas parler ni voir personne. »

3. L’espérance et les outils

« Un moment donné, tu arrêtes de pleurer. Mais l’important, c’est d’en parler et aller chercher de l’aide quand tu en as besoin. Tu peux écrire aussi, ça fait vraiment du bien. »

4. Le retour au calme et les souvenirs

« Moi quand je pense à ma grand-mère, je souris, car je sais qu’elle ne souffre plus. Souvent on se rend compte que c’est mieux comme ça puis qu’on doit se rappeler les bons moments, ça nous aide à avoir moins de peine. Moi je crois que les morts sont au ciel et veillent sur nous – je me rappelle des bons souvenirs, et ça me réconforte. »

—————————–

Non… ce n’est pas l’œuvre d’un psychologue, ni un partage dans un cours de culture et d’éthique religieuse. Cette chronique, c’est le fruit des réflexions des élèves de 5e année de la classe de Mme Mélanie Devocelle, enseignante à l’école La Vallée de Saint-Sauveur. Il s’agit là des propos spontanés, cohérents, lucides et ressentis, et c’est mot à mot ce qu’ils ont dit – j’en suis encore fortement ému, et agréablement ébahi.

Cher groupe, votre vulnérabilité n’a d’égal que votre générosité, et je me dois de vous remercier de vos partages qui ont été mis en lumière dans ce papier. J’ai apprécié vous côtoyer et sachez qu’en tout temps, ma porte sera ouverte et au service de votre créativité.   

Vous êtes le présent et le futur de toute notre société, et vous nous avez prouvé qu’au fond, il ne s’agit que de vous écouter, car toutes les réponses et la sagesse, déjà vous avez.

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1 commentaire

  1. Marie-Claude

    17 mai 2018 à 9 h 15 min

    Vous me touchez ce matin.
    Ils me manquent ces petits mousses.
    Ne vous en faites pas , de la maternelle a leur 5e secondaire je les appelais comme ça, mousses, petits choux, choupette, p’tit monstre (bien que celui la certains se le réservait)
    J’ai été près de 25 ans dans les écoles de la CSL comme AVSEC.
    J’ai été malade en 2013 et j’ai dûes m’arrêter et refaire ma vie de façon a ne plus être stressée parce que mon coeur est physiquement très malade… mais émotionnellement, pas dutout. J’aurais pris votre place dans cette classe… Vous m’avez fait du bien, merci!

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