Un chérubin perspicace

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Chronique d’un X

Jean-Claude Tremblay

– Viens mon ange, nous allons visiter mamie. Ils ont finalement pu lui trouver une place avec des services adaptés.

Ah enfin! J’aimais pas trop ça la voir à l’urgence. Pourquoi elle a attendu si longtemps avant d’avoir un endroit?

– Il n’y avait pas assez de ressources disponibles dans le système de santé.

Qu’est-ce que ça veut dire?

– Ça veut juste dire qu’il manquait d’argent et de professionnels pour assurer les soins de ta grand-mère. Au moins, là, elle va être admise dans un établissement spécialisé, et recevoir l’aide dont elle a besoin pour ses pertes de mémoire.

Ah bon. Mais c’est comme pour ma sœur alors?

– Qu’est-ce que tu veux dire?

Quand ma petite sœur a eu des difficultés de langage, je me souviens que toi et maman aviez beaucoup de peine, car personne ne pouvait l’aider en raison du manque de ressources. Je crois que vous aviez finalement été voir une dame qui restait loin de chez nous, et que vous lui aviez donné beaucoup d’argent, c’est ça?

– Eh bien… Oui, il n’y avait pas de ressources disponibles au public et on pouvait pas attendre deux ans pour voir une orthophoniste – c’était urgent.

Des ressources au « public »?

– Oui, on dit « public » quand on parle d’un système collectif, qui relève de l’État.

L’État, c’est qui?

– C’est le gouvernement.

Wow, regarde papa, il y a encore plein de policiers sur l’entrée de l’autoroute! C’est drôle, chaque fois qu’on sort en famille le dimanche matin, ils se pointent le bout du nez! Pourquoi ils tiennent une espèce de séchoir à cheveux?

– Ils font ce qu’on appelle du « radar »; ils donnent des contraventions à ceux qui dépassent la limite de vitesse.
Ah bon. Ils arrêtent les gens et leur expliquent pourquoi c’est dangereux d’aller vite?

– Pas exactement. Ils leur donnent une sorte de billet d’infraction, que les gens doivent ensuite aller payer.

Vraiment?! Qui leur demande de faire ça?!?

– Ils font juste leur travail, c’est leur patron qui leur demande, c’est lui qui établit les règles et les priorités.

Papa, c’est qui le patron des policiers?

– Le gouvernement.

Et c’est qui qui reçoit l’argent?

– C’est le gouvernement.

Encore le gouvernement?!? Et le patron du gouvernement, c’est qui?

– Eh bien, en fait, c’est les citoyens, c’est nous. Car vois-tu, on vote pour élire les gens qui seront nos représentants. Un peu comme un représentant au service de la classe, comme vous le faites à l’école.

Papa… quelque chose m’échappe.

– Quoi mon grand?

D’abord, les policiers donnent des contraventions… à la demande de leur patron… et le patron, c’est le gouvernement… et le patron du gouvernement, c’est nous… C’est ça?!?

– Oui…

Donc, pourquoi on donne de l’argent qui, de toute façon, est à nous?

– C’est un peu complexe, mais on vit dans une société où l’argent amassé est géré et redistribué par le gouvernement, pour d’autres services et ressources collectives.

Alors, même avec les contraventions, on manque de ressources?!?

– Oui.

Papa… quelque chose m’échappe… encore…

Tu dis qu’il manque de ressources, c’est ça?

– Oui.

Mais les policiers, eux, c’est aussi des ressources du gouvernement, non?

– Oui.

Alors, j’ai une idée de génie! Ils sont souvent si nombreux le matin, pourquoi on demanderait pas à quelques-uns d’aller aider mamie et ma petite sœur?

– Je comprends ce que tu dis mon ange… et ce serait une bonne idée, seulement ça ne fonctionne pas comme ça.
Pourquoi pas?

– C’est une très bonne question… mais disons que le système est pas conçu pour ça, et que chacun a sa spécialité.
Tu ne disais pas qu’ils avaient tous le même patron? C’est le gouvernement, non?

– Oui…

Alors, comme patron du gouvernement, on ne peut pas mettre les ressources qu’on veut, où on veut?

– Souviens-toi bien de ça dans une dizaine d’années, quand tu seras en âge de te présenter, ou encore d’aller voter!

Papa… Encore une question.

– Oui?

Est-ce que c’est pire aller trop vite ou de faire des graffitis?

– Je le sais pas… pourquoi tu demandes ça?!?

À cause de tous ces collants et ces graffitis qu’on voit sur les véhicules d’urgence. Il faudrait vraiment qu’on trouve et qu’on arrête ces vandales – on devrait les faire payer pour réparer tout ça, puis leur donner de grosses contraventions – comme ça, il y aurait encore plus d’argent pour payer des ressources! Qu’en penses-tu?!

– !!!!…On en reparlera une autre fois mon amour, je t’aime.

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