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Un p’tit 20 piastres par-ci, un 50 par-là.

Chronique défi, bien vieillir

par Diane Baignée

C’est sournoisement et sur plusieurs années que s’installe l’exploitation financière des aînés.

Sur la sellette médiatique depuis la dernière année, on encourage la dénonciation d’événements de maltraitance et de négligence des aînés. On relate, notamment, des situations scandaleuses qui se sont déroulées principalement dans des centres d’hébergement.

Sous le spectre de la maltraitance existe une forme d’abus plus insidieuse, moins médiatisée, mais dont l’impact est loin d’être dérisoire. On parle ici d’exploitation financière de nos aînés.

Pour mieux percer le sujet, nous avons fait appel à une professionnelle du terrain, Mme Pascale Therreault. Elle est travailleuse sociale. Riche de son expérience à domicile auprès de personnes vieillissantes, elle affirme sans hésitation qu’un nombre important d’aînés sont sollicités financièrement. Ça va au point qu’elles s’appauvrissent littéralement. La détresse et l’insécurité, elle en est témoin.

Cette forme d’abus se retrouve dans des dynamiques familiales malsaines. Selon elle, « l’exploitation financière est le type de maltraitance le plus fréquemment rapporté à la ligne d’écoute et de référence Aide Abus Aînés (32,7 %) ».

Précisons. On ne parle pas ici de dénonciation comme des transactions bancaires sans consentement ou un montant excessif pour service rendu, mais plutôt de relations dites toxiques, chroniques, basées sur l’appât de gain, souligne-t-elle.

Rappelons-nous que lorsqu’une personne aînée prend la décision de vivre dans un milieu d’hébergement, c’est pour y être bien, mieux soignée et se sentir en sécurité. Or, des situations familiales problématiques entachent ce soi-disant bien-être escompté. Mme Therreault croit qu’il faut se questionner sur les motifs profonds qui incitent une personne en âge avancé à payer encore pour ses enfants adultes. « Vous constatez que les enfants, qui au fait ne sont plus du tout des enfants, devraient en principe être autonomes et indépendants depuis longtemps […] Pourquoi un aîné donne 20 $ ou plus, à sa fille, chaque fois qu’elle vient le voir? », pointe-t-elle?

Pas du jour au lendemain, le cas de Gérard

Suivant ses observations, Mme Therreault nous livre sa conclusion. « Ce que je remarque, c’est que la relation basée sur le don d’argent a débuté depuis longtemps, plusieurs années en arrière. […] Au moment où la personne aînée est devenue dépendante, cette situation peut carrément dégénérer, s’aggraver. Donc, un rapport de force s’installe subtilement et l’aîné vulnérable devient sans défense. »

Prenons Gérard, 74 ans, et sa fille Linda, 52 ans. Gérard a mis amour et espoir dans sa fille unique. Il paie des études universitaires. Linda trouve un bon emploi, se marie et fonde une famille. Parfois, elle fait appel à son père pour ses dettes et pour ses enfants. Après quelques années, Linda divorce. Elle éprouve des difficultés financières. Gérald lui fait cadeau de sa voiture et lui fait un « gros » chèque afin qu’elle ne manque de rien. Les années passent et Gérald s’appauvrit. Sa fille est donc dépendante de ses dons. Et quand arrivent ses propres factures, cet homme, dégarni de ses actifs, vit des sentiments d’anxiété et de honte. Impossible de boucler ses fins de mois. Bref, toutes ces années à n’avoir jamais pu dire non à Linda.

L’avenue : la responsabilisation

Mme Therreault nous avoue qu’il faut prendre le temps nécessaire pour accompagner et conscientiser une personne face à cette dynamique familiale. Il n’est jamais trop tard pour changer ces situations contraignantes.

Elle mentionne d’ailleurs que « les abuseurs n’ont peut-être pas de scrupules, mais il faut comprendre qu’ils sont des personnes qui souffrent ». C’est pourquoi, dans le suivi, les enfants adultes qui exploitent leur parent sont référés vers des ressources pour leur venir en aide. Derrière l’abus financier par de jeunes adultes se cachent couramment des problèmes de toxicomanie et de santé mentale.

Or, « la maltraitance est souvent considérée sous l’angle de la victimisation, mais c’est sous l’angle de la responsabilisation que ça se travaille ». Ce sont les travailleurs sociaux de première ligne qui prennent en charge ces cas.
Dénoncez, parlez-en… si vous le vivez ou si vous en êtes témoin.

Pour en savoir plus ou pour signaler une situation, adressez-vous au : 811 ou à la ligne Aide Abus Aînés au 1 888 489-1287

Consultez aussi le site Internet de la Commission des droits de la personne :

www.cdpdj.qc.ca/fr/droits-de-la-personne/ pratiques/Pages/exploitation.aspx

Diane Baignée est travailleuse sociale en pratique privée.

Pour questions, commentaires, vous pouvez joindre Pascale Therreault, travailleuse sociale du réseau public et en pratique autonome, à : pascale.therreault@gmail.com ou Diane Baignée, travailleuse sociale en pratique autonome, à : diane.baignee@gmail.com

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