50 ans du Patriote

Yves Blais et Percival Broomfield.
50 ans du Patriote
Martine Laval
Culture

Hommage aux fondateurs du lieu devenu mythique

La soirée du grand retour de Gilles Vigneault sur les planches du Patriote, 50 ans plus tard, le 17 juin 1967-2017, s’est terminée par le dévoilement d’une plaque commémorative en hommage aux fondateurs du Patriote : Yves Blais et Percival Broomfield. Alors que j’interroge Ovila Blais et Marcel Broomfield sur ce qu’ils aimeraient que l’on se souvienne de leur frère, voici leurs témoignages admiratifs.

Ovila parle de son frère Yves Blais

Yves avait toujours des projets et il s’y donnait à plein. C’était un acharné à la tâche. Il travaillait jusqu’à vingt heures par jour. En créant Le Patriote, il désirait offrir un endroit pour faire découvrir et entendre la chanson québécoise et la chanson française, une plateforme de diffusion du talent québécois. C’était son but malgré les embûches, et il ne s’est jamais découragé. Yves jouait lui-même de la trompette, de la batterie et du piano. On venait d’une famille de musiciens.

On avait quatorze ans de différence. C’était comme mon père. C’est lui qui m’a élevé, qui m’a ouvert l’esprit, m’a présenté des opportunités. C’était une de ses grandes qualités de se préoccuper des autres, de les mettre en valeur. Ça faisait partie de son attitude, sa façon d’être. C’est d’ailleurs ce qui l’a mené en politique : réussir ses tâches, réaliser les projets qu’il avait en tête. C’était un porteur de drapeau, de flambeau et Percival était une aide morale pour Yves qui entraînait son compagnon dans la réalisation de ses projets, car il savait orchestrer les choses. Ils se complétaient, étaient très ouverts et s’aimaient beaucoup.

Le Patriote de Montréal a eu son lot d’embûches venant particulièrement de ceux qui « empêchaient » Yves d’être Québécois. Par exemple, ça a pris trois ans pour obtenir le permis d’alcool! On n’aimait pas la raison sociale « Le Patriote » qui ne faisait pas l’affaire de ceux qui délivraient le permis. On voulait qu’il change de nom.

Sur le plan politique, Yves s’était engagé à rendre la société meilleure. Il était près des gens, des personnes âgées, il était conscient de ce qu’il pouvait faire. Yves, c’était LE patriote drapé des fleurs de lys du drapeau québécois. Si on lui avait donné la chance en politique de mener ses idées comme il le désirait, il aurait fait de grandes choses pour le Québec. Il s’y était engagé pour ça : le changement et l’amélioration au sein du peuple. Mais il est parti trop tôt (67 ans). C’est dommage. Il avait encore beaucoup à accomplir. Quand on réalise d’où il venait et où il s’est rendu, son parcours a été extraordinaire. C’était un homme de projet et de vision. Un homme bon. Ce n’était pas l’argent qui l’intéressait, mais le travail, l’accomplissement. Il était généreux et aidait autour de lui.

Marcel raconte son frère Percival Broomfield

Lorsqu’ils ont fondé Le Patriote, Yves et Percival étaient très excités, car la chanson francophone leur tenait vraiment à cœur. Ils voulaient promouvoir les jeunes chanteurs de chez nous comme Claude Dubois, Robert Charlebois, Jean-Pierre Ferland (qui est allé à l’école primaire avec Percival d’ailleurs). Je vous avoue qu’ils ont mangé leur pain noir au début, car ils n’avaient pas de permis d’alcool. Disons que le nom Le Patriote ne plaisait pas beaucoup au gouvernement fédéral de l’époque qui connaissait également l’implication séparatiste et indépendantiste d’Yves. Ça leur a donc pris trois ans pour obtenir le fameux permis.

Et puis, c’était le début des boîtes à chansons. Il y avait La Butte à Mathieu dans les Laurentides, mais il n’y en avait pas à Montréal. En plus, l’est étant moins fréquenté que l’ouest dans ces années-là, les débuts étaient difficiles. Ils en sont tout de même venus à développer la salle jusqu’à faire un passage obligé pour tout artiste qui désirait faire la Place des Arts! Les artistes d’ici et d’ailleurs venaient alors roder leur spectacle là, pour ensuite les présenter en grande salle. Le Patriote était très important pour Yves et Percival qui ont quitté leur emploi (ingénieur civil chez
Hydro-Québec et libraire) pour s’y consacrer à plein temps.

Je dois vous confier qu’il n’y a pas une semaine sans que je pense à mon frère. Nous étions très près l’un de l’autre. Je suis extrêmement fier de ce qu’ils ont réalisé et je suis persuadé qu’ils seraient eux aussi très fiers de voir la mission du Patriote se poursuivre. Ils étaient tous les deux très instruits et la langue française et notre culture leur tenaient très à cœur! Depuis mon enfance, Percival me corrigeait lorsque je faisais des fautes de français. Il me reprenait et disait qu’un jour je le remercierais. Et effectivement…

Je me souviens qu’alors que mes notes avaient baissé, ma mère avait demandé à Percival de m’aider. Ce qu’il fit. Chaque jour, je devais donc me rendre chez mon frère pour faire mes devoirs,
mais à 6 h, heure du Téléjournal
de Radio-Canada, il fallait que j’écoute les nouvelles. Pour lui, c’était bien d’être sportif et de vouloir aller jouer dehors, mais il voulait également que je fasse de la « gymnastique mentale ». Il voulait que je puisse m’exprimer correctement et que je sois au courant. En cela, il m’a beaucoup aidé.

Percival était un grand généreux qui ne comptait pas son temps. Yves et lui étaient deux bonnes personnes qui avaient la société québécoise et la langue française tatouées sur le cœur.

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