Deux chroniques pour le prix d’une

Deux chroniques pour le prix d’une
Daniel Giguère
Culture

Chronique littéraire Par Daniel Giguère


Cherche rouquine, coupe garçonne

Sans doute l’un des auteurs les moins bien connus de sa génération, Daniel Poliquin est pourtant un écrivain important dans le petit monde de la littérature québécoise, bien qu’il soit lui-même franco-ontarien. On lui doit quelques romans particulièrement inspirés, parmi lesquels L’écureuil noir, paru en 1994 chez Boréal, et L’Homme de paille, qui racontait l’histoire d’une troupe de comédiens en Nouvelle-France, quelque part au milieu du XVIIIe siècle.

Poliquin nous revient cette année avec un roman au titre intriguant; Cherche rouquine, coupe garçonne, toujours chez Boréal et qui nous entraîne cette fois dans le destin tragique d’un prospecteur minier, William Blewett, reconnu coupable d’avoir sauvagement assassiné un couple de touristes américains en Gaspésie. Une histoire qui n’est pas sans rappeler la tristement célèbre affaire Coffin.

En prenant prétexte de ce fait divers, Daniel Poliquin explore la vie d’une série de personnages, à commencer par l’aumônier de la prison où le pauvre Blewett sera pendu, ce qui poussera d’ailleurs l’homme d’Église à défroquer, dégoûté par ce qu’il considère comme une terrible injustice. Jean-Jacques Bouffard fera mille et un métiers, de poinçonneur de tickets à cinéaste, en passant par guide en forêt.

Évangéline, la narratrice du roman, mais surtout la fille de Bouffard, s’intéressera très tôt à l’histoire de ce pauvre Blewett. Elle retrouvera l’ancienne maîtresse de ce dernier, Odette Cantin, qui vit désormais à Ottawa. Celle-ci se souviendra d’un homme doté d’une force prodigieuse, mais « généreux jusqu’à l’imbécilité ».

La quête d’Évangéline l’amènera sur les traces d’autres personnages qui ont de près ou de loin connu Blewett. Il ne s’agit pas ici d’une enquête, bien qu’on découvrira le véritable assassin à la toute fin du roman. Par l’intermédiaire de sa narratrice, Poliquin s’intéresse plutôt à l’aspect mystérieux de notre identité, qui se forge à partir de faits réels et en partie inventés. Cette identité, comme il le rappelle lui-même, devient tour à tour bouclier ou arme dans nos rapports avec les autres. Les personnages de son roman ne font pas exception à la règle, ce qui en fait toute la richesse.

Poliquin possède un style singulier et qu’on prend plaisir à retrouver de livre en livre. Un souffle rapide, sans longueur.

Une ironie toujours présente, à laquelle s’ajoute une légère touche de mélancolie. Cherche rouquine, coupe garçonne n’est certes pas son meilleur roman, mais c’est tout de même un bon cru à lire durant l’été.

 

D’un père indigne

La parution d’un premier roman est toujours un événement exceptionnel dans la vie d’un auteur.

Mais lorsque le livre est l’aboutissement d’un long travail d’équipe, ici on parle de huit personnes, il convient de saluer l’initiative, d’autant plus que le résultat est très intéressant.

Secrets d’un père indigne raconte l’histoire de neuf personnes invitées à titre de légataires potentiels par un riche prospecteur en fin de vie.

Le point de rencontre se trouve quelque part dans les Laurentides, et donnera lieu à des échanges houleux entre chacun des protagonistes, lesquels apprendront peu à peu les véritables raisons qui ont mené à leur convocation au manoir d’Edward Morris.

Le travail accompli par les auteurs mérite une mention plus qu’honorable. La fluidité du récit et la psychologie des personnages, de même que les nombreux rebondissements, offrent un bon moment de lecture pour l’été qui s’annonce enfin.

À noter que le lancement officiel du roman Secrets d’un père indigne aura lieu le samedi 17 juin, de 14 h à 16 h, à la librairie L’Arlequin, située au 4, avenue Lafleur à Saint-Sauveur.

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