Les gardiens silencieux Journal d’une passionnée

Les gardiens silencieux Journal d’une passionnée
Daniel Giguère
Culture

Chronique littéraire par Daniel Giguère

« Dans sa pleine rondeur, la lune escalade paresseusement la cime des arbres pour dévoiler, à pas de loup, un sanctuaire des plus mystérieux. Tel un projecteur, l’astre lève le rideau sombre de la nuit, offrant à mon regard un paysage époustouflant. Les grands arbres morts restés debout sont dénudés et blanchis. Leur esprit se perpétue à travers tous les êtres qui y prennent vie et refuge. Même après la mort, leur mission continue. Ils m’apparaissent comme les gardiens silencieux du marécage. » Martine Cyr

Le travail de critique offre parfois de ces moments magiques quand s’étiolent lentement les préjugés qu’on nourrit volontiers vis-à-vis les artistes qui se mettent soudain à l’écriture, comme si aligner des mots sur une page blanche suffisait à faire naître un véritable auteur. Et les préjugés se font d’autant plus bousculer que l’artiste ici écrit non seulement son journal de bord, mais aborde aussi un sujet pour le moins singulier sinon rébarbatif, et il s’agit des marécages.

Artiste multidisciplinaire et originaire des Îles-de-la-Madeleine, Martine Cyr vit à Val-David et se dévoue entièrement à son grand projet, soit celui de mettre en lumière ces espaces méconnus que sont justement les marécages. En douze tableaux successifs, chacun représentant un mois de l’année, l’auteure nous invite à partir avec elle dans ses escapades où la magie se renouvelle sans cesse, parce que la nature est si riche et variée qu’elle offre des spectacles extraordinaires, peu importe l’heure ou la saison.

« J’adore fraterniser avec l’aube perlée de sueur nocturne. J’apprécie tant ces moments du matin où tout est purifié. Une odeur propre se répand, comme si un pinceau imbibé de fraîcheur badigeonnait le jour qui prend naissance. […] Les grenouilles ont l’air d’être en méditation, hypnotisées par cette touche lumineuse qui fait fondre toute léthargie. »

L’écriture de Martine est délicieusement rafraîchissante. Les mots explosent d’odeurs et de couleurs. Bien qu’elle parsème ici et là son journal d’observations et de réflexions sur ces lieux souvent mal aimés, il n’y a chez elle aucune morale. Plutôt l’envie de nous partager son bonheur, lequel est contagieux tandis qu’elle nous fait connaître, souvent avec humour, ce monde dont on ignore un peu l’utilité, sinon celle d’être de gigantesques pouponnières à moustiques. Sur ce point d’ailleurs, Martine viendra démystifier cette légende urbaine, rappelant « que les libellules, les oiseaux, les grenouilles et autres intéressés s’en font un festin », et qu’il n’y a donc pas plus de moustiques là-bas que dans les campagnes avoisinantes.

De très belles photos, souvent les toiles de l’artiste elle-même, accompagnent les textes, et nous donnent à voir une flore dont on ne soupçonne même pas l’existence.

On le devine aisément, Martine Cyr raconte ses escapades dans les marécages avec un bonheur contagieux. On se surprend à tourner les pages et à prendre plaisir à cette poésie toute simple et dont elle a le secret. « Le soleil en rideau qui illumine la brume matinale danse langoureusement avec le marécage. On dirait une douce chorégraphie silencieuse qui se joue au beau milieu d’un théâtre flottant. »

Si la beauté des marécages paraît sans conteste, Martine rappelle toutefois leur fragilité.

Il importe d’être vigilant quant à leur préservation, car ils sont vitaux pour la biodiversité qui l’entoure. « Je peux t’affirmer que là où il y a un lac, il se trouve un étang ou un marais pas très loin qui en assure la santé. Qu’il disparaisse, et le lac tombe malade et meurt », dit-elle en s’adressant à son lecteur.

En terminant, un grand coup de chapeau bien mérité aux Éditions du Grand Élan (www.editionsdugrandelan.com) pour la rigueur et le travail remarquable de mise en page.

Petite œuvre d’art en soi qui nous rappelle à quel point la présentation d’un livre mérite une attention toute particulière.

Le lancement officiel du livre aura lieu le 27 août à 10 h 30 à la bibliothèque municipale de Val-David (inscription nécessaire auprès de Nicole Gagné, responsable de la bibliothèque, au 819 324-5678, poste 4234).

Le livre sera également disponible lors du vernissage de l’exposition des œuvres de Martine Cyr, le samedi 2 septembre à 14 h à la Petite Gare de Val-David.

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