Pérégrinations d’un marcheur

Pérégrinations d’un marcheur
Daniel Giguère
Culture

Si le livre de Jacques N. Castonguay est sans conteste celui d’un passionné de randonnées pédestres, c’est aussi, et peut-être surtout, celui d’un amoureux de l’Asie. Ses carnets de route nous entraînent plus particulièrement au cœur de la Chine, du Népal et du Tibet. Ce sont les voyages d’un explorateur aguerri qui emprunte des sentiers souvent abrupts, rarement faciles d’accès, mais offrant des paysages à couper le souffle. Et le plus agréable, c’est qu’il parsème le tout d’histoires sur les populations locales, leur mode de vie ancestral, en plus d’y ajouter de jolies photos. Une lecture d’été? Assurément.

Soyons francs. Le titre seul pourrait en détourner plusieurs. Il est un peu réducteur tant le sujet abordé est vaste et nous offre un tableau hors des clichés habituels. Si l’auteur nous invite à explorer cet univers par la randonnée, il faut lui reconnaître une belle sensibilité pour l’histoire de ces peuples, qu’il nous partage au fil de ses pérégrinations.

Ayant longtemps travaillé en Asie, notamment à Beijing et Shanghai, Jacques N. Castonguay a acquis une large connaissance du continent, ce qui en fait un interlocuteur sérieux. Il ne s’agit donc pas ici d’un banal récit de voyage. Il a exploré en profondeur des routes peu ou totalement inconnues de la plupart d’entre nous.

Qu’on pense par exemple à la route du thé et des chevaux. Un réseau de sentiers muletiers serpentant des zones montagneuses qui s’étirent du Yunnan jusqu’au Tibet. M. Castonguay nous invite ainsi à le suivre sur les traces des plus grands voyageurs. Il sera d’ailleurs question de Marco Polo sur qui il s’attardera durant quelques pages pour en résumer l’histoire. On apprendra que le Vénitien aurait visité en 1277-1278 la partie centre-ouest du Yunnan à la demande du petit-fils de Gengis Khan.

Son voyage au Népal le mènera également au travers les hautes montagnes du Langtang, dont le monde a appris l’existence par ce terrible tremblement de terre meurtrier qui a dévasté la région en 2015.

Il fera à pied le tour du légendaire mont Kailash, une montagne de la chaîne de l’Himalaya culminant à 6714 mètres d’altitude et considérée par les bouddhistes comme le centre de l’univers. L’auteur en profite pour nous livrer ses réflexions sur le sort actuel des Tibétains.
Un peuple dont l’assimilation semble inexorable face au géant chinois. Et c’est sans compter les changements climatiques dont les terribles effets sont visibles. « Nos montagnes fondent et se meurent; ce phénomène est irréversible et il est déjà trop tard pour l’arrêter », lui rappelle un ami explorateur vivant en Chine.

Ces voyages réalisés en 2010 et 2011 sont à saveur initiatique, mais sans qu’il y ait eu une nécessaire quête de transcendance. Il s’agit plutôt d’un cheminement intérieur, comme une façon de revenir à l’essentiel. L’auteur rappellera d’ailleurs qu’à côtoyer ces populations retirées des grandes villes, et vivant avec peu de moyens, on prend soi-même la mesure de notre propre confort et nos habitudes liées à la surconsommation.

Pour conclure son carnet de route au mont Kailash, Jacques N. Castonguay terminera par une citation de Maurice Barrès, laquelle fait la synthèse du livre. « Il est de ces lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux baignés de mystère, élus de toute cette éternité pour être le siège de l’émotion religieuse. »

Que l’on soit marcheur ou non, croyant ou non, les pérégrinations de Jacques N. Castonguay sont riches en observations et en découvertes. On se laisse porter par cette écriture sans fioritures, ce qui en fait un livre intéressant pour quiconque souhaite en savoir davantage sur ces peuples et leurs cultures. Et qui sait? Pour entreprendre également un périple dont on revient assurément transformé.
À noter que Jacques N. Castonguay sera en séance de dédicaces lors de l’activité Auteurs dans la vallée, qui aura lieu à Saint-Sauveur les 21, 22 et 23 juillet prochains.

On peut trouver toutes les informations sur le site de l’Association des auteurs des Laurentides à l’adresse suivante : www.auteursdeslaurentides.ca.

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