C’est le temps des vacances

C’est le temps des vacances
Josée Pilotte
Espace griffé

Dans ma jeunesse, je passais tous mes étés à Val-David chez une copine. À cette époque, je consacrais toute mon existence à savourer ce moment de vacances. Je ne voulais surtout pas que tout aille trop vite, revenir à l’ordinaire dans le petit 4 et demi de la rue Sauriol à Laval-des-Rapides, que je partageais avec ma mère. En fait, je voulais que le temps prenne son temps.

J’attendais impatiemment la fin des classes pour mettre mes derniers trucs dans ma valise et enfin partir. Je me souviens de la sensation du cuir brûlant sous mes cuisses, de la vieille Ford de Monsieur Paquin, qui embaumait les Export A ou bien les Players, je me souviens plus trop. L’époque où le cendrier débordait de mégots, que la boucle de la ceinture de sécurité servait plus à décapsuler la grosse O’Keefe « tablette » qu’à attacher les passagers, et que les postes de péage sur la 15 existaient.

À la radio, Harmonium et Beau Dommage jouaient à tue-tête. Il m’arrivait même de sortir la tête pour faire des grimaces au vent tout en regardant le paysage de la 15 défiler à toute allure. C’était ça mon bonheur, mon moment de liberté! L’âge de mes 12 ans.

En arrivant sur la rue principale à Val-David, on passait toujours devant le célèbre bar chez Coco (vous lirez notre dossier spécial sur les Laurentides rock’n’roll). Mon jeune âge m’interdisait d’aller écouter un des milliers de gratteux de guitare qui ont usé ses planches, mais je revois encore les frères de ma copine en revenir, le regard embué de joie (ou d’autre chose), en me disant qu’un jour, j’y mettrais bien les pieds pour y trouver le bonheur.

Non, je traînais plutôt les pieds chez Guindon et je m’asseyais sur le porche en mangeant mon sac de bonbons à une cenne. C’était en fait notre point de ralliement, mes amis et moi. Je passais littéralement tout mon été dehors, à me baigner, à ne rien faire d’autre que de regarder le gazon pousser. Je rentrais souper et dormir, c’est tout. Et bizarrement, je ne m’ennuyais jamais.

Aujourd’hui, quand je regarde mon ado scotché devant sa Xbox à gamer toute une journée de temps, ça me fait littéralement péter les plombs. C’est pas des farces, je soupçonne même que certains jours, il ne peut pas dire s’il a fait soleil ou pas. Je lui sers parfois : « Tu sais que, dans mon temps, ça se passait pas de même… Dans mon temps, on marchait pour aller à l’école… Dans mon temps, on pédalait pour aller au village et dans mon temps, on ne regardait pas la télé de tout l’été ».

S’il avait fallu que ma mère m’exige de rester à l’intérieur – ne serait-ce qu’une petite journée – je ne vous dis pas la crise que j’aurais faite. Pour moi, c’était la punition ultime que de rester encabanée. Aujourd’hui, je dois exiger de mon fils d’aller s’épivarder dehors. C’est le monde à l’envers, quoi! Remarquez peut-être que c’est moi qui suis vieille finalement ou peut-être aussi qu’il y a juste quelque chose qui ne tourne plus rond dans notre société, allez savoir!

N’empêche que c’était le bon temps comme dirait l’autre.

Bon là, je me relis et me dis que quand on utilise autant l’expression « dans mon temps », c’est qu’on est rendus comme les vieux radoteux de ma jeunesse! Bref, je reprends le fil de mon histoire, si vous le voulez bien.

Je disais donc qu’il n’y en avait pas de problème dans les années 70-80. On pouvait même se faire griller la couenne au gros soleil en se badigeonnant d’huile de bébé, sans la peur du cancer. Aujourd’hui, quand je vois mon grand ado sortir du sous-sol avec le teint blanc comme une pinte de lait de chez Perrette, je me dis peut-être qu’on a bien fait de se faire toaster la face finalement! (Avec le réflecteur en alu, gros comme un panneau solaire, s’il vous plaît!)

À l’époque, nos activités, on avait tout l’été pour les rêver et pour les réaliser. On n’avait pas de parents qui surveillaient par-dessus notre épaule tout ce que l’on faisait. Pas de parents non plus avec le syndrome de culpabilité gros comme la planète à vouloir organiser notre vie au quart de tour. Non, on était libres comme le vent de juin à septembre et on avait même le luxe de pouvoir s’ennuyer et de rêvasser un peu.

Je vais donc aller rêvasser quelques semaines, profiter de mon été sans me faire organiser, ni organiser les autres. Pas de to do list, surtout pas.

Comme tout semble s’accélérer à un certain moment dans la vie, je vais ralentir le rythme… et écouter en boucle le tube de l’été… 1964! Le ciel, le soleil et la mer de François Deguelt. Je vous offre les deux premiers couplets.

Allongés sur la plage
Les cheveux dans les yeux
Et le nez dans le sable
On est bien tous les deux
C’est l’été, les vacances
Oh, Mon Dieu, quelle chance!
Il y a le ciel, le soleil et la mer
Il y a le ciel, le soleil et la mer.

Ma cabane est en planches
Et le lit n’est pas grand
Tous les jours c’est dimanche
Et nous dormons longtemps
À midi sur la plage
Les amis de notre âge
Chantent tous : le ciel, le soleil et la mer
Chantent tous : le ciel, le soleil et la mer.

J’ai plus rien à dire, tout est dit! Bon été!

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