Comme un bon vieux film western

Comme un bon vieux film western
Josée Pilotte
Espace griffé

Toute l’industrie de l’édition nous avait dit: «Si vous n’avez pas 500 000$, oubliez ça les filles! On a vendu nos chars, Mary a vendu sa Harley, on a hypothéqué nos maisons… On avait finalement 20 000$. Et un Rêve… un rêve avec un grand R!

On nous avait donné 3 mois, 6 mois, 1 an, 2 ans, 3 ans, 4 ans, 5 ans…

10 ans plus tard, nous sommes reconnues: «meilleur hebdo de l’année au Québec» !

Quelle ironie!

Surpris? Vous ne le seriez pas si vous aviez fait le même chemin!!!

Parce que…

Parce que nous avons vécu une fabuleuse histoire et j’ai soudainement une envie folle de vous la raconter…

Une histoire remplie d’embûches, presque surréaliste par moments, comme dans un western-spaghetti où le héros se retrouve toujours dans la mire du truand. Les aventures se sont succédées sans répit; sous le feu des balles, nos héroïnes ont dû prouver au monde entier, mais surtout à elles-mêmes, qu’elles sont de vraies Amazones!!!

Tout le monde en place?

Action!

Tout a commencé par une mise en demeure reçue de la compétition. On n’avait même pas encore commencé qu’on voulait déjà nous faire fermer, nous empêcher de gagner notre vie (cela se reproduira d’ailleurs à quelques reprises)… Des mises en demeure, on en a eu une pis une autre (j’entends encore le huissier nous lancer: «À demain les filles!»)…

Au début, on en pleurait; à la fin on en riait… Tout ça pour, 60 000$ de frais d’avocat plus loin, se faire dire par la Cour supérieure qu’on a bien le droit de gagner notre vie honnêtement et de mettre au monde Accès.

La mise au monde?

Un brin précaire, je vous dirais. Entre le palais de justice, la vente de publicités, les allées et venues au marché aux puces pour nous dégoter bureaux, filières et tout ce que ça prend pour partir en affaires. Nos nouveaux employés larguaient leurs propres ordinateurs tous les lundis pour repartir avec le vendredi… la semaine suivante on remettait ça…

Joyeux bordel!

Imaginez un peu: durant la première année, nous n’avions qu’un seul téléphone (aux couleurs Harley Davidson, évidemment! ) avec deux lignes dont les sonneries se distinguaient ainsi: «vroom-vroom» et «tut-tut». Notre réceptionniste de l’époque, Jackie, doit encore en être toute bouleversée.

De quoi devenir fou!

Tout aussi fou: sortir 28 pages sur une imprimante «Bubble Jet» 81/2 X 11, qui nous arrachaient les yeux à force de corrections. Une patience d’ange!

Toujours aussi fou: les nombreuses fois où l’imprimeur nous appelait à 2 heures du mat’ pour nous dire que la page 21 était absente (putain! pourtant, on l’avait bien corrigée la 81/2 X 11 de la 21!). Ces fois-là où nous avons dû aller chercher notre graphiste au Bulldozer au beau milieu de la nuit, et la ramener par la tignasse, pour régler le problème.

De vraies artistes!

Fou, enfin, ces nuits où ma rédactice en chef a dû coucher au journal afin de prévenir les vols dont nous étions victimes.

Du dévouement passionné!

Passionnés?

Oui, nous l’étions tous. Car malgré les fausses rumeurs véhiculées, les «gageures» prisent contre nous, le scepticisme, la condescendance (deux filles! jeunes! en affaires! dans l’édition!)… bref, tout ce négativisme dont on cherchait à nous contaminer; malgré tout ça, ils ont été plusieurs à s’engager corps et âme dans cette folle aventure, à ne pas compter les heures de boulot acharné, à croire comme nous que tout était possible.
À défendre un produit distinct, une voie différente, une liberté d’expression.

Quand j’y repense, je me demande encore comment nous avons pu les convaincre de nous suivre; moi, quand j’y songe, je me dis qu’honnêtement que je ne me serais probablement pas suivie moi-même!

Oui, ils ont été plusieurs à vouloir faire la différence, et ils l’ont fait avec brio; merci à toi Nathalie, merci à toi Luc, merci à toi Hans, merci à toi Martine, merci à toi Lou, merci à toi Johanne, merci à toi Stéphane, merci à toi J-F, merci à toi Mélanie, merci à toi Claudette, merci à toi Frédérique, merci à toi Nathalie, merci à toi Caroline, merci à toi Zaza, merci à toi Mado, merci à toi, Roland, merci à toi Chéri; oui, merci à toi à tous les autres que je n’oublierai jamais.

Merci à vous chers lecteurs, notre première raison d’être. C’est surtout grâce vous que nous sommes devenus le meilleur hebdo, parce que vous êtes tout simplement les meilleurs lecteurs qu’un journal puisse avoir. D’ailleurs vous étiez nombreux cette semaine à avoir pris le temps de m’écrire pour m’éduquer sur les rois de France (messemble que toi, Dallard, t’aurais dû savoir ça? Moi en tous cas je le sais maintenant!!!)

Grâce à vous tous mon vieux western n’est pas resté «noir et blanc». Vous lui avez donné de la couleur, une couleur qui continue d’inspirer l’équipe actuelle (de qui je suis fière et que j’adore: ce prix vous appartient entièrement!) qui a su reprendre le flambeau avec passion, se rapprocher encore plus de vous, pour vous ressembler un peu plus chaque semaine!

La suite de la fabuleuse aventure dans quelques mois, pour célébrer avec vous nos 10 ans!

Non mais… quelle aventure!
•••

Merci à toi, Mary, ma partner…p

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