La déjantée

La déjantée
Josée Pilotte
Espace griffé

Ça faisait six mois que j’avais un autocollant stupide collé sur le coin gauche de mon ordinateur, où il est écrit en grosses lettres blanches sur fond noir : « Lâche prise… »
Je ne sais pas pourquoi je l’ai mis là, enfin si, je le sais : je l’ai pigé au dernier party de Noël d’Accès et je l’ai collé là par la suite sans jamais trop m’en préoccuper. Sauf certains matins, je l’avoue, quand je m’assois à mon bureau de mauvais poil, où la simple vue de ces deux mots qui me flashent dans la face, me font suer pour ne pas dire vraiment chier.
Le week-end dernier, je m’étais inscrite avec mon amie Simona à un camp de vélo de montagne : Les Déjantées! Joli nom, n’est-ce pas? Nous étions donc une trentaine de déjantées à s’être inscrites à ce camp dans le but d’améliorer nos habiletés pendant deux jours avec des pros et des passionnés de vélo de montagne. J’étais loin de me douter que ces deux mots collés sur le coin de mon ordinateur étaient pour me poursuivre jusqu’au fin fond des bois et me revenir en pleine face.
On dit souvent que le sport est une métaphore de la vie. Je ne sais pas trop quoi penser de tout ça, mais je dirais que si ma vie ressemble à ma pratique de vélo de montagne, je dirais qu’elle manque de souplesse ou de lâcher-prise si vous voyez ce que je veux dire? Vous ne voyez pas? Bien, si vous m’aviez vue sur mon vélo, vous auriez tout compris!
C’est du moins ce que mon coach François m’a laissé sous-entendre ce week-end. « On a les défauts de nos qualités Josée, tu veux, mais tu veux peut-être trop, parfois faut juste savoir laisser aller. » Moi ça?!
Ah ouin?! Eh bien, je n’avais jamais fait le parallèle dans ma petite tête, ma petite tête dure!
Dans ma vie, ou plutôt dans ma vie professionnelle, je dois souvent me battre, défendre mes idées ou même celles des autres. Je dois gérer mon entreprise, mes employés, me gérer aussi. Je dois me tenir debout quoi, comme une chef prête à aller au combat quoi qu’il arrive. Je ne m’en rends plus compte, c’est devenu une seconde nature pour moi, mais je dirais que je suis une battante. Enfin, c’est comme ça que je me perçois. Ce n’est ni un défaut ni une qualité, c’est simplement une constatation : c’est la façon dont je me suis construite depuis que je suis toute petite. Je travaille pour avoir mes choses et ce que je veux, souvent, je l’ai eu par détermination.
Alors, voyez-vous le problème lorsqu’on me demande de laisser aller? Ce n’est pas facile. Mais là, pas du tout.
J’avais, dans l’un de mes ateliers, à « danser avec mon vélo ». On devait exécuter une série de virages serrés, dans le but de comprendre comment bien se positionner sur son vélo pour aller chercher le plus de fluidité possible et, ainsi, utiliser le terrain plutôt que le combattre. Le tout sur un terrain de soccer et avec la selle baissée pour ne pas pouvoir s’asseoir, avec les cuisses qui brûlent en prime… Le bonheur, quoi!
L’autre exercice consistait à embrasser les bosses d’une piste de BMX (le pump track de Sainte-Adèle, pour ceux qui connaissent). Embrasser de façon métaphorique, bien sûr!
Pourtant une fille de lettre (et romantique) comme moi devrait comprendre ça? Eh bien, vous savez quoi? Non! Je n’embrasse rien et je danse pas pantoute. En fait, je suis raide comme une barre.
Deux jours d’ateliers intenses, mais ô combien révélateurs. Si je n’avais à retenir qu’une seule chose, ce serait que la souplesse nous permet de traverser plus facilement les obstacles, les épreuves, en utilisant notre énergie à la bonne place (comme disait Benoit, un autre coach), et ainsi optimiser nos efforts. Et dans mon cas, cet enseignement va m’être utile, et pas juste sur deux roues… Finalement, toi mon autocollant stupide qui me narguait depuis Noël dernier, c’est moi qui te nargue, en t’épinglant dorénavant sur mon tableau de liège juste derrière moi!
Un gros merci en passant à la gang d’Espresso Sports, aux coachs (François, Benoît, Martin et Jeremy) et surtout à l’instigatrice de cet atelier, Gina Sauro, une passionnée contaminante et un modèle pour nous, les femmes, de plus en plus nombreuses à se déjanter dans les bois, dans le plus beau sport du monde.

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