Mon offrande

Mon offrande
Josée Pilotte
Espace griffé

Comment ne pas être nostalgique de nos étés à gambader, les cheveux dans le vent comme de grands globes-trotteurs en quête de bonheur et d’aventures. Il arrive tant de choses extraordinaires sur la route des vacances qu’il est de plus en plus difficile d’en revenir. Ce retour à la réalité est donc brutal, trop peut-être, signe que le décrochage fut total.

J’ai de la difficulté à m’imposer le rythme de la rentrée scolaire et du stress qui vient souvent avec, ce qui explique probablement pourquoi mon fils commence toujours l’école avec des bords de pantalons brochés à la « taqueuse ». Je vous entends me crier après « Mère indigne! ». Je sais, pauvre petit, mais ça lui fera quelque chose à mettre sur sa liste à jaser avec son psy plus tard!

C’est donc après 30 heures de vol et une thrombose chacun que nous avons atterri cette année sur l’île des Dieux, île des mille et un sourires et offrandes : Bali.

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Un voyage qui nous a emportés au bout du monde, qui a poussé un peu plus loin nos limites, mais en nous donnant l’immense privilège d’aller à la rencontre de l’autre, cet autre aux croyances très différentes. Même si Bali fait partie de l’Indonésie – le plus grand État musulman du monde – l’île des Dieux, elle, est hindouiste-bouddhiste. On en a donc profité pour se purifier l’âme au passage. C’est le voyageur qui fait son voyage dit-on, alors on a choisi de s’imprégner de quelques rituels pour vivre à fond notre trip balinais. Nous nous sommes purifiés dans les bassins d’eau sacrée des montagnes, dans les temples, habillés de nos selandong, vêtement traditionnel et très coloré balinais. Nous avons déposé nos offrandes suivies de nos prières, comme nos voisins. Selon la croyance et la religion hindouiste, chacune des actions des individus détermine la forme qu’ils auront dans leur prochaine existence, sachant qu’ils se réincarneront. Alors, vous comprendrez qu’on a pris très au sérieux ces rituels, de peur de nous réincarner en coquerelles dans ce qui nous attend plus tard!

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C’est donc ainsi qu’il est beau l’autre quand on le regarde sans préjugés. Sa façon généreuse de consacrer son temps aux rituels sacrés. D’offrir, chaque jour de sa vie, une offrande aux dieux. C’est fascinant.

Ce que je retiens aussi de mon voyage, c’est que dans ce mélange chaotique de motos, de temples, de touristes pseudo-zen qui s’en vont faire du yoga – et dont je fais partie – règne une certaine paix qui, moi, m’a nourrie. Personne ne s’envoie promener. C’est le bordel total, mais dans l’harmonie. Remarquez qu’on a peut-être trop bu de leur élixir aussi, au point de voir la vie en rose, allez savoir…!

N’empêche que je trouve que dans leurs rituels, leurs offrandes déposées ici et là, tout épouse bien le décor de cette île des Dieux. La mer, les volcans, les rizières, les milliers de temples, les gens, les couleurs, les odeurs. Bref, le yin et le yang, tout et son contraire à la fois. Et quand tu t’éloignes de la première impression, que tu te laisses aller, tu finis par apprécier cette « mélodie chaotique ».

Voyager en famille, c’est un immense privilège. De partager cette expérience, cette découverte, ouvre toutes sortes de discussions avec nos enfants, sur leur vision qu’ils ont du monde, et qui pour nous, parents, est une mine d’informations. Souvent, à chaque étape d’un voyage, nous avons comme rituel de faire un tour de table pour partager ce qui nous a marqués le plus. Et vous savez ce qui ressort le plus souvent de la bouche de mes enfants? C’est de vivre « ce moment » en famille. Et je ne les paye pas pour le dire…

Ça me remplit de fierté et de joie de constater qu’ils sont pleins de gratitude. Non pas que je m’attende à être remerciée, quoique… Mon bonheur est de réaliser qu’ils ont la capacité d’apprécier le moment présent, la différence de l’autre et la beauté du monde qui s’offre à eux.
Quand je regarde mon fils être contemplatif face à un vieux temple en plein milieu d’une forêt, c’est mon bonheur, mon offrande.

Il existe tout plein de raisons pour voyager. Mais ce sont dans ces moments-là que je réalise pleinement que ce n’est pas tant dans la destination que dans le voyage lui-même que le « beau » existe.

En guise d’offrande, vous avez le choix entre une « Bonne rentrée » ou un « Om » bien senti… Gâtez-vous, c’est gratis!

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