Ô secours Môman!

Ô secours Môman!
Josée Pilotte
Espace griffé

Je ne peux pas vous expliquer ma joie d’avoir enfourché mon vélo après le boulot  la semaine dernière pour aller mouliner quelques kilomètres pouët-pouët juste pour le plaisir.

Je suis partie sur le chemin de l’église vers Morin-Heights avec Chéri; on s’est dit juste un petit tour pour se dégourdir les jambes avant le souper. On a donc pris le chemin du village pour faire ensuite un petit bout sur la 329 vers Lachute, pour enfin faire demi-tour et revenir vers Saint-Sauveur par la 364. Me suivez-vous, ou je vous ai déjà perdu?

Les rues étaient – comment dire – « passables » jusqu’à notre arrivée sur la 364 qui ressemblait plus à un chantier qu’à une route provinciale digne de ce nom. Et quand j’y pense, il n’y en a aucunes dignes de ce nom, elles sont quasiment toutes pourries. Et ce qui devait arriver arriva. J’ai crevé. Pas moi, mais mon pneu. Laissez-moi une chance quand même de commencer ma saison!

Et comme de raison, on n’avait rien sur nous, pas même un cellulaire. Chéri m’a donc laissé en plan au milieu de Beyrouth, sur la voie d’accotement de la 364, à me faire un « sandblast » de la face, tellement il y avait du sable sur la route, qui revolait à chaque passage de 18 roues! Bref, Chéri est parti aller chercher l’auto à Saint-Sauveur. C’est là que je me suis dis : « Taboère, vas-tu finir par t’équiper comme du monde la grande…?!» Donc, tout ça pour dire, que je me suis mise à marcher avec mes souliers à clips, mon casque de vélo sous un bras et le vélo sous l’autre. Imaginez le tableau, moi emmanchée d’même, avec la démarche Pingouin ou Charlie Chaplin, ça dépend de vos références…

Et vous savez quoi? Personne ne s’est arrêté pour demander si j’avais besoin d’aide. Personne! Je trouve ça incroyable. Ont-ils eu peur de ma démarche, allez savoir?!

Une collègue m’a dit en riant: « Peut-être que si tu avais porté le 25 ans ‘’poulette’’, tu aurais eu plus de chance qu’on s’arrête pour t’offrir galamment de l’aide… ». Très drôle! Mais n’empêche que je lui ai dit : « T’es-tu en train de dire que j’ai été victime d’âgisme, toi là? » Moi je crois plutôt qu’on vit dans un monde qui manque de classe, point barre. Du moins j’aime mieux penser ça.

Je vous raconte cette petite anecdote car dans la même semaine, j’ai vécu une autre situation traumatisante. Nous sommes allés souper au Manoir Saint-Sauveur pour la fête d’une amie. Si vous n’y avez jamais mis les pieds, je vous le conseille fortement, l’endroit est très sympathique. Donc toujours est-il que nous nous sommes tous rencontrés sur la terrasse arrière pour l’apéro, amis, enfants et la célébrée. Un genre de « melting pot » générationnel. Vous voyez le genre, une sorte d’auberge espagnol, à la saveur d’érable.

Il était convenu que les enfants ce soir-là mangeaient dans le village à la patate du coin et nous les parents, on se gavait au resto du Manoir. Les parents d’un bord, les enfants de l’autre, une gestion laborieuse entre les deux.

Vous comprendrez alors qu’aux cinq minutes, il y en avait toujours un pour poser une question, demander de l’argent, se plaindre de quelque chose et j’en passe… Ça sortait pis ça rentrait sans arrêt. Les portes du Manoir sortaient de leur gond. « Môman » par-ci, « Pôpa » par là, en veux-tu en voilà.

Personnellement je ne raffole pas de ce genre de soirée entre adultes avec gestion d’ados en option. Non mais, on peut-tu avoir notre verre de vino entre adultes consentants une fois de temps en temps?!  Mais bon ça, c’est un autre sujet…

Donc je disais…

Parmi ces jeunes, l’un d’eux a eu un malaise. Heureusement ça lui est arrivé quand il était de retour au Manoir. Et par chance parmi nous, il y avait deux médecins, une infirmières et beaucoup de gérants d’estrades. On était équipé pour veiller tard comme on dit. Je rigole mais ce n’est pas drôle, car on a vraiment eu peur. Assez  en tout cas pour appeler l’ambulance.

On a attendu et attendu et attendu. 40 grosses minutes pour être plus précise.

40 minutes de gestion de crise, de peur pour les parents et les amis. Dans ce genre de situation, les minutes sont longues. Cruciales. Et on n’était pas dans l’fond du bois! Mais bien en plein centre-ville de Saint-Sauveur. Ça dépasse l’entendement.

Imaginez un malaise cardiaque, la situation aurait été catastrophique.

En revanche, une fois sur place, les ambulanciers ont fait un travail impeccable. N’empêche ça m’a fait réfléchir. Ça nous a tous fait réfléchir.

Quel rapport entre moi sur le bord de la 364, à attendre un bon Samaritain et une ambulance qu’on ne se peut plus d’attendre? Ne cherchez pas, il n’y a pas de lien. Il y a juste des semaines comme ça, où on se dit qu’on est bien peu de choses!

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1 commentaire

  1. Claude PROULX

    15 mai 2018 à 22 h 29 min

    Chère Josée, Ai enfin relu MA PAGE 5, vous savez Josée, la page qu’on avait l’habitude d’aller lire avant de lire l’Accès… Y’a toujours pour vous l’Espace que j’ai greffé de votre griffe !Vous savez si bien nous emballer. Merci Josée. Ex-Gym-Fusion !!!

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