Saint-Beyrouth-des-Monts

Saint-Beyrouth-des-Monts
Josée Pilotte
Espace griffé

Il est partout. Il sait tout. Il connaît tout. Certains diront que c’est trop, mais tous s’entendent pour dire que, sans lui, l’âme du village de Saint-Sauveur serait moins festive et rassembleuse.

Partout où il passe, il laisse derrière lui un petit air de samba dans son sillage. Plus que ça, il est comme le paquebot de La croisière s’amuse, il a un moral à toute épreuve, un genre de « brise-glace de la morosité ».

Quand je lui ai demandé son âge lors de notre tournée commerciale, il m’a répondu ne plus s’en souvenir. Je l’ai regardé en souriant. Tiens donc, un autre…

C’est peut-être là le secret de sa longévité et de son énergie débordante. Avoir toujours 30 ans dans sa tête et se tenir actif et productif, comme si le temps n’a jamais d’emprise. Et puis, surtout, regarder en avant, jamais en arrière, en se plaignant le moins possible. Voilà la devise de Pierre Urquhart parce que c’est bien de lui dont je parle.

Ma grand-mère est comme ça, elle aussi. Elle n’a pas d’âge non plus.

Active comme si elle avait toujours 40 ans dans sa tête. Ça me fascine. Je me dis que cela doit être générationnel finalement.

Toujours est-il que nous avons fait la tournée des commerces de la rue Principale qui, en ce moment, ressemble plus à Beyrouth qu’à une rue pittoresque d’un village au cœur des Laurentides.

Notre mission était de convaincre les commerçants d’accepter de (re)fermer le centre du village pour la grande fête de réouverture qui se tiendra au mois de juin prochain.

Je vous le dis tout de suite : on n’a pas été obligés d’argumenter longtemps. Tout le monde était sur la même longueur d’onde, soit celle de rendre la rue Principale piétonnière et pas juste l’instant d’un week-end en juin, mais bien de profiter de ce momentum afin de caresser l’idée de la fermer en partie une journée par semaine durant la belle saison. Faut dire que ce projet est vieux comme la terre, aussi loin que je m’en souvienne en fait.

C’est très nord-américain cette mentalité du : « no parking, no car, no business ». Ou si vous préférez mieux : « gros carrosse, gros char, pis devant la porte sous’plaît ». Et si on permettait même de rentrer notre VUS dans le magasin, je suis sûre que certains ne se gêneraient pas!

D’ailleurs, ça fait longtemps que nos amis européens ont compris qu’en restreignant l’accès aux automobilistes, les centres-villes redeviennent florissants et « expérientiels » pour les visiteurs/futurs clients. Expérientiel? Ça veut dire une expérience à échelle humaine. Et pas juste à se pavaner dans son char, à polluer les gens sur les terrasses. Capisce?

C’est prouvé qu’au 21e siècle, les rues piétonnières sont plus viables économiquement que tous les boulevards Taschereau de ce monde. Prenez la plupart des centres-villes européens, asphyxiés par la pollution des autos, par la densité, le tourisme, etc. Eh bien, ils ont décidé de restreindre drastiquement l’accès aux voitures et ils ont vu leur cœur historique et commercial battre à nouveau, économiquement parlant.

Sommes-nous si différents d’eux? Quand je vois des mamma italiennes monter cinq étages sans ascenseur avec leurs sacs d’épicerie, je me dis qu’on doit bien être capables de marcher un coin de rue pour aller manger au restaurant à Saint-Sauveur, non?! La température, selon moi, n’est pas un argument valable. Parlez-en aux Scandinaves, ils vont vous rire au nez. Moi je pense qu’on sort cet argument pour ne pas confronter notre archaïsme.

Mais! Vous savez, c’est dans l’adversité que l’on voit la créativité des gens et, lors de ma tournée, j’ai vu un village qui se mobilisait et qui retrouvait son esprit communautaire. Parce qu’il est tout là le secret : capitaliser sur le collectif, « sortir de la boîte », pour se distinguer.

Personne ou presque n’a chialé devant la fermeture de la rue Principale. C’est un fait. Certains même ont dit avoir été surpris de faire des meilleures ventes que l’an dernier à pareille date.

D’autres ont fait une « Vente Pas de Trottoir ».

Hugues du St-Sau Pub Gourmand, quant à lui, a invité les gens à venir jouer à la pétanque et au fer dans la rue en chantier.

Attendez, ce n’est pas tout! Brigitte de la Librairie Quintessence nous a dit très spontanément : « Pourquoi ne pas profiter du réaménagement pour installer devant chaque commerce des bacs avec des jardins comestibles, gratuits pour tous? » Comme dans le documentaire Demain. Un projet collectif, rassembleur et qui rapporte à tout le monde!

Wow, j’adhère à 100 %!!!

Cet après-midi-là, nous avons croisé le maire Gariepy qui, lui aussi, a vu tout le potentiel. Celui d’avoir enfin un noyau villageois vivant, attractif et distinctif. Avec des familles en plein milieu de la rue, des commerçants au pas de leur commerce, qui vivent une expérience ensemble. Et l’absence des autos ne manquant à personne.
On s’est prouvé que, durant ce cataclysme de rue en chantier, on était capables de se serrer les coudes et de trouver des solutions et des alternatives innovantes. Saint-Sauveur a besoin de se réinventer, ce n’est un secret pour personne. Alors, ayons confiance en notre pouvoir de créativité et osons!

Voir les commentaires (2)

2 Comments

  1. Norma

    25 avril 2017 à 20 h 35 min

    Entièrement d’accord pour une rue piétonnière, en espérant que le stationnement sera suffisant puisque tout le monde voudra venir marcher à St-Sauveur.

  2. Nicole Deschamps

    10 mai 2017 à 4 h 37 min

    Je suis d’accord, ce sera très attrayant d’aller à Saint Sauveur et de savoir pouvoir vivre cette expérience chaleureuse et conviviale au coeur du village. Il y aura un esprit de fête humaine!
    Note: En plus des bacs de légumes qui sont si rafraîchissants à voir et à goûter, et nous rappellent l’essentiel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

[+] Plus dans Espace griffé

  • En attendant le party

    En allant à l’école de mon fils la semaine dernière, j’ai eu un choc. J’ai réalisé qu’il...

  • J’ai mangé de la vache enragée

    Il fut un temps, le mien, où l’art de se démarquer et faire partie d’une gang se résumait ainsi : Tu étais « preppy », ce qui voulait dire que tu portais un polo Lacoste ou Ralph Lauren le collet relevé et tu buvais une bière avec une paille pour paraître cool. Ou...

  • L’autobus de la vie

    Je ne sais pas si vous vous rappelez de vos 16 ans, ou tout était un bon...

  • Du sang sur la neige

    Non mais, dans quel monde on vit?! Nous avons reçu, au journal, la semaine dernière, suite à...

X