Égoportrait de voyage

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Sous la patte d’Omalley CHRISTIAN GENEST

C’est en avalant une salade de chicorée, poulet et quinoa, en solo au bar d’un nouveau resto de YYZ, que j’ai entendu la toune de Kevin Parent.

« C’est vrai que j’ai une vie instable, je suis un nomade sédentaire… »

Ça y est, vous m’en voulez de vous l’avoir mis en-tête, hein?

Je me suis mis à réfléchir sur les tendances voyages. Non pas prédire le Brésil, le Monténégro ou le Botswana, mais rêver, construire le prochain voyage.

À travers cet exercice, j’ai tenté de décortiquer certaines préoccupations des Y, génération avec laquelle je me sens le plus près.

Mettons quelque chose au clair : le tout-inclus à « Couba », on appelle ça des vacances et pis les Y s’en tiennent loin.

Ils ont la hantise d’être identifiés comme des touristes. Ils évitent à tout prix de parasiter les endroits qu’ils découvrent.L’aventure comme rituel identitaire; laisser le moins de traces possible de leur passage, sauf des pas dans le sable ou la neige.

À l’heure où certains Berlinois se soulèvent contre les touristes, ils cherchent à déconstruire le stéréotype du voyageur en sandales Merrell.

Hey les photomaniaques! Placez votre gros jouet dans votre sac à dos Herschel.

Tripadvisor n’est pas un bon portail pour déterrer un spot de foodie, fouillez les blogues culinaires locaux, pitonnez vayable, fréquentez un resto clandestin ou connectez-vous sur cookening.

Le chauffeur de taxi n’est pas un conseiller qui veut votre bien! Prenez le métro et observez les habitudes, louez un vélo et perdez-vous.  

Les chèques de voyage, c’est totalement out. Votre carte ATM ainsi que votre Visa passent partout maintenant (évitez de ranger les deux au même endroit)!

Le psaume du trip des whY :

Voyagez seul, vous serez beaucoup plus enclin aux rencontres, à la réflexion, à la découverte de quelque chose de nouveau en vous.

Fixez-vous un objectif : courir un marathon à Amsterdam, trouver le meilleur espresso de Milan, apprendre l’espagnol à Buenos Aires.

Débusquez un petit quelque chose à rapporter à l’épicerie du quartier plutôt qu’à une des dix boutiques alignées qui vendent les mêmes cochonneries.  

Faites emballer le restant de votre repas au resto pour l’offrir à un itinérant, vous ferez un heureux à coup sûr.  

Le selfie? C’est has been. Le belfie (faire un autoportrait de son derrière)… bahhh ne s’adresse pas à la majorité. Un nouveau phénomène : le braggie, désignant une photo prise devant un lieu paradisiaque, auquel on ajoute une autre couche de glaçage. Psstt… Certains hôtels de luxe donnent des récompenses aux braggeurs les plus actifs. Et si les mots ne suffisent pas, que c’est trop émotif, hashtaggez une photo d’un « xptdr » (explosé de rire) ou encore mieux : abusez des émoticônes! Ainsi, je fais ma valise sans la remplir, ni vraiment la ranger trop loin, presque toujours uniquement un carry-on. Les bagages enregistrés, trop souvent font louper une connexion.

Là où je me sens moins un Y : non seulement j’ai horreur du narcissisme électronique, mais j’aime bien me déconnecter quelques jours et me sentir un brin rebelle!

N’empêche que le fait de vouloir s’éloigner de l’image négative du touriste, alors que nous appartenons tous, en partie à cette catégorie, révèle le paradoxe qui plane sur l’industrie du voyage.

À l’heure du slow food, le véritable périple n’est-il pas dans l’éloge de la lenteur?

En tout cas, évitons d’enlever au voyage son mystère, sa part d’aventure, qu’importe la destination, pourvu qu’on sente cette ivresse. Au retour, prolongeons cet abandon au temps présent, cultivons ces souvenirs qui se collent souvent à quelque chose que l’argent ne peut acheter.

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