Jouer sa carte de chance

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Sous la patte d’Omalley CHRISTIAN GENEST

Fin janvier, pour moi, rime avec voyage de ski. Un pèlerinage annuel depuis déjà onze ans avec de vrais amis.

Cette année, celui-ci se présentait comme l’antidote parfait à cet hiver pluvieux et déprimant.

Direction Ouest canadien à la recherche du fix de poudreuse. J’ai l’intention de laisser l’adolescent en moi prendre toute la place.

Au programme : me challenger à coups de pics vertigineux et de dénivelés abrupts. Aussi je l’avoue, m’évader l’esprit au grand air, si loin que le signal 3G n’y parvient pas!

J’ai, imprimé sur le cœur, une descente magnifique à travers les arbres brûlés, un lunch délicieux en pleine montagne, les fesses assises sur les skis de Jipi à savourer un bouillon de légumes et pis l’aigle à tête blanche qui est venu nous saluer de toute sa grâce.

Le souvenir qui restera scotché en ma mémoire pour toujours : « Delta Charlie, group 2 is down, send emergency troups ».

L’hélico s’est crashé.

Impossible vous pensez?

Je vous jure.

Rock and roll?! Hummm… pas vraiment! Plutôt traumatisant!

Météo changeante, visibilité minimale, rafales et avalanches font partie de la routine dans ce genre d’expédition, pas les accidents.

Je ne sais pas qui du groupe a sorti sa carte de chance, n’empêche que tous en sont sortis indemnes.

On s’est dit qu’on avait le cul bordé de nouilles et on s’est embrassés avec ce trop-plein d’émotions qui débordait.

On est redescendus à skis en bouffant la poudre comme des cochons, sans penser aux autres skieurs, comme si c’était la dernière descente.

Ensuite, ça s’est mis à défiler joyeusement dans ma tête… Et si ça s’était arrêté là? Si on avait déboulé la corniche? Pris en feu et explosé?

Pourquoi avais-je un joker en poche?

Y’en a qui meurent en traversant la rue, d’autres fauchés par un conard saoul au volant, certains par la maladie.

Y’a Jean-Philippe Auclair, un pro, qui a été englouti par une vague de neige.

Il faut croire que ce n’était pas mon heure.

En songeant à ma seconde vie, je me suis mis à penser aux dudes qui sont accros à « Second Life ». Qui subissent leur vie en réalité et la vivent pleinement à 18 pouces de leur écran.

Vous savez le site à mi-chemin entre le réseau social et le jeu électronique.

Vous créez littéralement un personnage, parcourez un environnement imaginé par des utilisateurs, rencontrez des amis virtuels.

Avec de la monnaie virtuelle, échangée via des dollars, vous pouvez acheter des vêtements, visiter un musée virtuel, draguer, avoir du sexe.

et même vivre, via votre avatar, des fantasmes jamais assumés sur le plancher des vaches.

Et c’est là que la ligne mince se trace : certains jouent à Second Life et d’autres y vivent carrément par procuration.

En trinquant à cette nouvelle vie, je me suis dit que la jouissance la plus représentative de ce chapitre serait d’ajuster mon identité parfaitement à mon image.

Aussi de planifier moins, parce qu’au final, on n’a pas tant de contrôle sur les vraies choses.  

J’sais pas, mais cette bouteille jaune qu’on a descendue avait un goût spécial ce soir-là, un goût qui fait résonner une tonne de gratitudes.

Si vous avez aussi une carte de chance, ne la brûlez pas futilement, hein!?

Vous feriez quoi si vous commenciez votre seconde vie?

Oh que ça se bouscule dans ma tête.

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