Mettre ses valeurs aux poubelles

Mettre ses valeurs aux poubelles
Christian Genest
Omalley

« Papa, va voir sur leur site, ils exposent leurs valeurs avec fierté, il y a même une section ‘’Make a difference’’. Mes amies et moi, on achète au Garage et pis ça nous turn-off complètement cette histoire. »
Ma fille-ado s’exprimait ainsi suite au visionnement de l’enquête de J.E. sur les boutiques de vêtements Le Garage. Tout comme moi, elle était dégoûtée.

Après des recherches subséquentes, je n’en revenais pas qu’une entreprise de cette taille soit aussi poche en relations publiques et en gestion de crise. Comme si elle avait besoin d’un autre jab! Désolé, je ne pouvais m’en empêcher.

À l’heure du lunch lundi, j’ai texté ma Clara afin de connaître son opinion et celle de ses amies, assez scotchées à cette marque de vêtements. À l’unanimité, les ados ont pointé du doigt le contre-discours de valeurs de responsabilisation, de créativité et d’honnêteté du groupe Dynamite. Bien sûr, elles avaient été scruter le site Web de l’entreprise. Du vent, ce beau discours monté de toutes pièces par une firme marketing. Fail!, comme diraient mes interlocutrices. J’ai tout de suite pensé « Wow », de savoir nos jeunes aussi campés sur des valeurs. J’adore!

D’ailleurs, la haute direction du groupe Dynamite a d’abord semi-nié, puis admis 24 heures plus tard, sans toutefois communiquer avec ses clientes sur les réseaux sociaux, voire même effacer délibérément les traces de commentaires découlant de leur pratique dégueulasse.

Voilà un contre-exemple grotesque pour les étudiants en communications démontrant clairement que les mesures prises dans l’exercice des activités d’une entreprise sont durables sur les plans économique, social et environnemental. Au surplus, une marque qui publicise des valeurs, mais ne s’y réfère pas au quotidien sur sa gouvernance.

Comme si ce n’était pas suffisant, elle ne reconnaît pas ses erreurs auprès de ses clientes, et ne tente aucune action pour gérer ou apprendre de cette crise, comme quoi mieux vaut l’enfouir le plus rapidement possible.

Et si on avait retiré les étiquettes sur les vêtements avant de les donner?

Les jeunes croient qu’une telle politique aurait su conserver l’engouement et les avantages associés à la marque, tout en démontrant un comportement cohérent face aux valeurs mises en marché par la compagnie.

S’il semble que les nouveaux consommateurs s’attachent à une marque bien au-delà de ses produits, j’ai bien hâte de voir si ma fille, elle, saura se coller à ses valeurs lorsque viendra le temps de rafraîchir sa garde-robe d’été.

Y’a aussi toute la question du fast-fashion qui se pose. Semble-t-il qu’environ 45 % du volume actuel des sites d’enfouissement serait occupé par des vêtements.

Après le pétrole, l’industrie de la mode serait la plus polluante.

« Dis papa, ils font quoi à l’épicerie avec les surplus de marchandises ou les items passés date? »

« Bin voilà, tu sais, tous les commerces ont une responsabilité sociale et nous, les consommateurs, devons penser plus loin que notre carte en plastique, nos envies ou la mode. On a tous notre part à faire, moi le premier, tu sais. Mais qui donc détient le contrôle ultime sur cet enjeu? »

« Ehhh, c’est nous je pense… »

« Exact, en faisant des choix de manière beaucoup plus consciente. »

Tout ça se produit dans beaucoup d’autres commerces et industries, vous me direz.

Oui, mais cet événement en est un touchant de près notre future génération.

Mieux vaut tabler sur cette occasion de les conscientiser sur l’incidence de leurs choix, et les écarter de la consommation boulimique.

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