La justicière

Photo: Nathalie St-Pierre
La justicière
Jean-Claude Tremblay
Supplément

Entretien avec Brigitte Alepin

Texte : Jean-Claude Tremblay, MBA
jctremblay@cogitas.ca

Je pensais commencer cette chronique en vous entretenant des liens entre les taux d’imposition des sociétés à capital fermé, les paradis fiscaux et les règles relatives aux immobilisations admissibles. Bon, prenez papier et crayon et commençons notre dissertation, nous allons faire une réflexion méthodique sur la fiscalité internationale et ses effets socioéconomiques à court, moyen, et long termes, sur l’Occident et les pays sous-développés!

Brigitte lors de la Mission Radio-Dodo à Gazianted (sud de la Turquie), en mai 2017.

Ça vous dépasse un peu?! Je vous rassure tout de suite, car j’ai rencontré une sommité qui a le don de vulgariser, mais aussi de faire aimer la fiscalité, Mme Brigitte Alepin. Pour ceux et celles qui connaîtraient moins cette femme qui est en train de littéralement changer le monde, laissez-moi le privilège de faire les présentations, car cette impressionnante dame constitue, selon moi, le secret le mieux gardé des Laurentides, où elle habite depuis bien des années.   

Brigitte Alepin figure parmi la liste des 50 plus influents fiscalistes du monde, selon le magazine international Tax Review. Elle est diplômée de l’Université Harvard, Fellow de CPA Québec, professeure au département des Sciences comptables de l’ESG UQAM, présidente de la firme AGORA Fiscalité inc., consultante en fiscalité, et témoin expert pour nos gouvernements – rien de moins! Elle est reconnue pour son livre phare de 2003, Ces riches qui ne paient pas d’impôts et ses nombreuses interventions publiques au fil du temps. Elle a depuis écrit deux autres livres, dont un qui a inspiré un documentaire-choc, Le prix à payer, qui porte sur les mécanismes d’évasion fiscale des multinationales, qui évitent ainsi de payer des milliards de dollars en impôts.

Et si vous n’êtes toujours pas impressionné, sachez qu’avant de me rencontrer, Brigitte Alepin avait eu une semaine très mouvementée : elle revenait tout juste de l’Agence du Revenu du Canada à l’invitation de la ministre fédérale du Revenu national. Et comme si ce n’était pas assez, quelques jours plus tôt, c’est dans les bureaux des Nations-Unies, à New York, qu’elle s’est arrêtée. Il n’en fallait pas plus pour que j’aie un véritable coup de foudre professionnel !

Comment intéresser les gens à la fiscalité?

« L’évasion fiscale et certains stratagèmes de fondations privées appauvrissent les classes moyennes, ça fragilise le monde et ça affecte tout le système social », a-t-elle dit à la fois avec indignation pour les abuseurs, et plein de compassion pour les victimes. Les gens ne font pas toujours le lien, car le sujet est un peu lourd, mais ce qu’il faut comprendre, chers lecteurs, c’est que la fiscalité, avec un F majuscule et dans son plus simple appareil, est directement responsable des conditions de vie des gens partout sur la planète.

Ce qui devrait nous préoccuper

« En 2010, j’ai écrit un livre prémonitoire qui s’appelait La crise fiscale qui vient. Aujourd’hui, tous les dangers que j’avais identifiés sont en train de se réaliser. Regardez les pertes de revenus avec la réalité numérique qui n’a pas de frontière, et la multiplication des fondations personnelles qui coûtent une fortune à l’État… Nous fonçons droit dans un mur! » C’est avec émotions que cette pacifiste casque bleue de la fiscalité nous décrit ainsi le tragique destin auquel nous serons confrontés si des mesures ne sont pas prises rapidement. Elle lève le voile, avec justesse, sur ce qu’elle appelle « la concurrence fiscale déloyale des entreprises étrangères, qui surfent sur notre régime d’imposition ».

Au pays des alarmistes, Brigitte Alepin se démarque du lot, car elle propose des solutions concrètes. Je me suis personnellement toujours méfié des politiciens, principalement dans l’opposition, ainsi que des grands spécialistes, car ce sont des « dénonceurs en série ». Le problème avec cette tranche d’individus, c’est le manque de

responsabilisation et l’absence de pistes de résolutions. Cette grande Laurentienne s’est toujours gardée de critiquer pour critiquer : elle anticipe les enjeux de manière holistique, se penche sur leurs causes, et propose des amendements concrets pour y répondre – elle aspire à changer le monde pour le mieux, et elle mène présentement le bal dansant d’une soirée appelée justice sociale.

TaxCOOP : initiative révolutionnaire

Une révolution, ça ne se fait pas seul, et lorsque l’on parle de questions fiscales, ça s’organise avec rien de moins que le monde entier. C’est dans cette optique que la justicière a été l’instigatrice et l’idéatrice de TaxCOOP, une conférence internationale neutre et non partisane qui s’intéresse spécifiquement à la concurrence fiscale. Mme Alepin est la première interpellée par l’ampleur que prend cette grande table de discussion mondiale, qui rallie les mondes gouvernemental, universitaire, corporatif et civil.   

Ce véritable think tank, qui rallie brillamment les esprits les plus allumés de la planète, a la capacité de changer le cours de l’histoire – je vous invite à vous y intéresser.

La compassion et la vocation de Mère Teresa, la créativité et le cerveau d’Einstein

Ce sous-titre est ma lecture, sincère et non complaisante, de la femme extraordinaire qu’est Brigitte Alepin. Elle a des capacités innées à synthétiser, et de par sa sensibilité, elle réussirait à convaincre n’importe qui de s’engager. Mais ce qui est le plus beau à voir, ce qui la met dans une classe à part, et la démarque de tous ses collègues, c’est que son savoir est au service de son cœur, et non le contraire. Elle aborde toujours les enjeux sous un angle humain, avant de le rendre cartésien.

C’est dans cet esprit qu’elle a fondé Radio-Dodo, sa mission de vie, une organisation à but non lucratif venant en aide aux enfants victimes des guerres. Initiative patronnée par la Commission canadienne pour l’UNESCO, Radio-Dodo produit une émission destinée spécifiquement aux enfants qui est en ondes tous les dimanches, et qui leur permet un moment pour s’évader et vivre leur jeunesse.

Cette femme travaille à sauver des vies et se bat pour obtenir une justice sociale qui fera de notre monde un endroit de paix. Ce que je retiens de cette citoyenne du monde, c’est sa grandeur d’âme. En cette semaine où nous soulignons l’apport des femmes, prenez le temps de remercier cette grande dame qui, un geste de compassion à la fois, réussira à soulager l’humanité de ses tracas.

Pour plus d’informations:

http://radio-dodo.info/

http://brigittealepin.info/

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