Relations amoureuses chez les milléniaux

Relations amoureuses chez les milléniaux
Thomas Gallenne
Supplément

Profondes et Durables ou Superficielles et Précipitées ?

Ève Ménard, collaboration spéciale

La société définit la génération des milléniaux comme étant un groupe de consommateurs, un groupe qui s’exprime, un groupe ouvert d’esprit ou encore un groupe technologique. Or, dans le cadre de ce cahier spécial sur l’amour, orientons-nous vers une tout autre question : Qu’en est-il des relations amoureuses chez les milléniaux? Selon l’auteur, motivateur et conférencier Simon Sinek, celles-ci seraient devenues superficielles et précipitées. Étant une élève de cinquième secondaire, je donnerai ma perception de ces relations de nos jours et son évolution. Je ferai aussi appel à l’opinion d’une autre étudiante de mon âge, Frédérique, à qui j’ai posé quelques questions.

Profondes ou superficielles?

Un nouveau verbe a fait son apparition dans le Bescherelle des adolescents tout récemment : « se get ». Une manière d’exprimer la volonté de conquérir quelqu’un. Par exemple, quand une fille montre une image d’un beau gars à son amie, celle-ci s’écrit : « Get-toi-le! ». Ou encore, quand un adolescent vante les qualités d’une fille à ses pairs, ceux-ci lui demandent : « Pourquoi tu ne te la gets pas? ». Une fille avait même promis 5 $ à son amie si elle réussissait à « se get » un garçon en particulier durant un party. Comme si conquérir le cœur de quelqu’un était devenu un défi ou une forme de jeu. Bref, il est évident que la question mérite d’être posée. Les relations chez les milléniaux sont-elles devenues à ce point superficielles?

Est-ce réellement de l’amour ou une simple illusion? L’image de l’amour qui nous est projetée sur nos grands écrans nous fait rêver. Tout le monde idéalise la relation passionnée entre Noah et Allison dans The Notebook ou entre Damon et Elena dans Vampire Diaries. On voudrait tant pouvoir vivre de telles émotions. On s’engage alors avec quelqu’un sans sentiments évidents. Or, on souhaite tellement y croire qu’on finit par se convaincre. Au lieu de tomber en amour avec une personne, on tombe en amour avec l’idée d’être en amour.

Les réseaux sociaux et les sites de rencontres sont un autre aspect qui pourrait me pousser à qualifier certains rapports de superficiels. Selon un sondage réalisé en 2013 par l’Ifop (Institut français d’opinion publique), 38 % des jeunes de 15 à 24 ans ont déjà navigué sur des sites de rencontre. Pourtant, à un si jeune âge, toutes les possibilités s’offrent à nous! Il est possible de rencontrer de nouvelles personnes à l’école, au travail, dans des bars, lors d’activités sportives… Malgré tout, les gens s’inscrivent sur des sites et alimentent des relations virtuelles. Le premier contact se fait par l’entremise d’un « Hey! » sur un écran. Mais peut-on réellement appeler cela un contact?

Nous serions rendus à un point tel que la technologie contrôle même un aspect primordial de nos vies personnelles : les relations amoureuses. Tinder dicte nos relations en nous proposant des matchs. C’est une application qui divulgue elle-même nos propres informations et qui décide qui nous devrions fréquenter. Sans nous en rendre compte, nous devenons de simples produits dans un immense marché. On nous classe dans différentes catégories selon nos traits de personnalité et nos intérêts. Puis, on nous propose à différents acheteurs selon leurs critères. Ceux-ci se voient offrir une panoplie d’options. Ils peuvent alors décider de nous acheter ou nous préférer à un autre article.

Durables ou précipitées ?

Avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information, de l’Internet et des réseaux sociaux, notre génération en serait une de l’instantané. Lorsqu’on veut quelque chose, on l’obtient en un claquement de doigts. Je ne me souviens plus du théorème de Pythagore pour mon cours de mathématique, je cherche sur Internet. J’ai 154 000 résultats en 0,61 seconde. J’ai envie de commencer la série Grey’s Anatomy, je l’écoute en streaming sur Internet. La patience n’est pas une qualité que nous avons appris à développer. Or, c’est un aspect fondamental au bon fonctionnement d’une relation. Est-ce que cela peut même remettre en cause la durabilité des rapports chez les milléniaux?

Dans la génération de nos parents ou grands-parents, la mentalité était la suivante : quand quelque chose ne fonctionnait plus, on tentait de le réparer. Aujourd’hui, quand quelque chose ne fonctionne plus, on le jette. Une relation n’est pas sans failles et l’entretenir demande du temps et des efforts. Par contre, du temps et des efforts, certains jeunes sont de moins en moins prêts à en mettre. C’est beaucoup plus simple de se séparer tout de suite et de passer à un autre appel.

Les paroles de Frédérique au sujet des relations durables ont quelque peu confirmé mes craintes. « Dans mon entourage, les gens veulent tout avoir, tout de suite. Pendant que deux personnes se fréquentent, dès qu’une chose ne marche pas, on passe à autre chose. » Ceci amène les jeunes à se précipiter dans des relations beaucoup trop rapidement de la même manière qu’on précipite nos achats. J’ai une soudaine envie de m’acheter une nouvelle paire de pantalons. Je vais sur Amazon pour en commander une sans trop réfléchir. C’est par la suite que je me rends compte que je n’en avais peut-être pas réellement besoin en fait.

Finalement, Frédérique a soulevé un excellent point au sujet des relations durables auquel je n’avais pas pensé. Les jeunes ne s’y prennent pas toujours bien pour régler leurs problèmes de couple. En effet, nous vivons aussi dans une génération de partage. Il est important de montrer à tous nos amis ce qu’on a mangé ce matin sur Instagram, publier nos photos de voyage au monde entier et… discuter avec notre entourage de nos relations amoureuses. Voilà les commentaires que Frédérique m’a émis : « Quand quelque chose ne fonctionne pas dans un couple, on va en parler à tous nos amis avant même d’aller voir la personne concernée. Ce devrait être une relation à deux et non pas à 28 personnes. »

Le but de cette prise de conscience n’était pas de mettre tout le monde dans le même bateau. Je suis témoin de très belles relations chez les jeunes basées sur la confiance et l’amour qui durent de nombreuses années. Je ne voulais pas généraliser, mais seulement démontrer le virage que les relations chez les milléniaux pourraient prendre. Pour ma part, je choisis de lever la tête de mon téléphone et de fermer mon ordinateur. Je choisis de cesser de vivre dans un monde virtuel et idéalisé et discuter de vive voix avec les gens. Et vous, quel sera votre choix?

Ève Ménard est étudiante en 5e secondaire de l’Académie Lafontaine

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1 commentaire

  1. Jean Bouchenoire

    13 février 2017 à 20 h 00 min

    Bravo Ève, bonne réflexion sur le sujet et les millénuims. C’est une belle leçon de vie, d’humanité à mettre en application tous les jours pour être mieux dans sa peau et en faire profiter ceux que nous cottoyons. Beau message pour la Saint-Valentin et pour la vraie vie de tous les jours

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