19 ans plus tard!

Par Claude Jasmin

Ces temps-ci l’on fouille le passé des candidats en élections. Ça fait couler de l’encre bien noire. J’ai bien connu ça. Quand je voulus me présenter dans Outremont. Que je vous raconte. Mai 1986, premier acte: déménageant de la rue Cherrier pour Outremont. J’aimais bien ces voisins toujours vêtus de longs manteaux noirs, avec des chapeaux… noirs. J’avais des connaissances chez des juifs sépharades, facile, venus du Maghreb ils parlent français. Aussi chez des ashkénazes. Mais mes nouveaux voisins rue Querbes, ceux du «semi-détaché» où je logeais, m’expliqua-on, était des Hassidim, «très pieux», à la lettre. Bien.

Ce ne fut pas long que je constatai que ces «pieux» comme endeuillés évitaient de se mélanger à nous, les «goys», je veux dire, pas même pour les salutations de bon voisinage, pas un seul petit salut, rien — tentatives de simple et normale convivialité que je formulais en anglais puisque la grande majorité de ces religionnaires passéistes, pourtant nés ici, ne parlaient pas ma langue! Bref, ils ne me voyaient pas, j’étais invisible. Plus bête: leurs enfants ne devaient pas me parler, ni répondre à mes normales tentatives de les apprivoiser juste un tantinet. Au moindre de mes sourires, ils se sauvaient! Moi en pestiféré! Des gamins élevés en «petits sauvages». Volontairement auto-ghettoïsation. Qui apprécierait ce voisinage à cloisons? Je n’aimais pas ça, on le devine. Récemment à la télé, j’entendais Michel Côté, le comédien, raconter cette même horrible surprise quand il vint habiter rue de L’Épée. Une année de tentatives en «tout petits» rapprochements et je rédige un article. L’envoyai à nos trois gros quotidiens. d’ici. Refus de publier, c’était un sujet ultra tabou. C’était avant la controverse actuelle, un temps de dénis, de silences malsains, un temps pourri.

Mais voilà qu’en novembre 1988, un hebdo d’Outremont (disparu aujourd’hui) accepte de publier ma protestation face à ce «séparatisme loufoque». Ce fut une bombe alors que j’invitais des leaders hassidim à corriger cette malsaine situation. Ouimet de La Presse comme Cauchon du Devoir m’affubleront de l’étiquette «antisémite»!

Voilà qu’un peu plus tard, je suis candidat à l’investiture du P.Q. en ce chic village! Des «pissous» du ce P.Q. (MM. Royer, Boileau) hésiteront à m’inclure comme aspirant-député du lieu. À leurs yeux j’étais un élément à haut risque, un indésirable. Maintenant qu’on discute «séparatisme hassidim» sur les places publiques, avec grands reportages illustrés, vous pouvez imaginer comme je rigole. Il aura donc fallu attendre, — pour du courage et de la liberté — une vingtaine d’année. 20 ans avant que les froussards se grouillent le cul. Quels pleutres alors que nous formons 88% de la population (chiffre récent de Lysiane Gagnon). Je répète qu’au départ ces noirauds chevelus barbus, «men in black», me faisaient plaisir à voir, déambulant, pressés sans cesse, dans Outremont, étoles au vent, ça manque au paysage humain dans les Laurentides.

Je ne suis pas du tout réfractaire à l’exotisme, pas plus qu’à la variété des individus, j’ai bossé 30 ans à la scénographie télévisée du réseau publique parmi des créateurs de maintes nations: ce fut l’harmonie! C’était les Nations-Unis à la SRC. Mais cette étanchéité, cette ségrégation … J’avais titré mon article: «Y a –t-il un racisme juif à Outremont?» Il y en avait un, lisez la définition du mot dans le petit Robert. Oh la peur des mots, une attitude de colonisés pliés aux «arrangements» multiples.

J’ai payé cher et Jacques Parizeau se privait d’un excellent ministre de la culture! Rions maintenant. Il y eut le mépris envers ce «vilain raciste», les vicieuses attaques par mes contempteurs qui haïssaient la franchise. Qui, au fond, méprisaient, détestaient ces orthodoxes de la Thora; ils me grondaient: «Laisse-les donc tranquilles. Fais comme nous, on les regarde même pas. Fais comme s’ils n’existaient pas.» D’autres, antisémites camouflés, me disaient: «Bravo! Enfin un brave élève la voix, eux-autres p’is leurs maudites cabanes de branches, leurs grosses bagnoles, leurs flopées d’enfants encombrants.» Je fuyais ces vrais racistes.

Et puis le temps passe. Voici venu un mauvais moment, celui des réactions exagérées, voici Mario Dumont chevauchant volontiers la xénophobie ambiante, ses frayeurs peurs injustifiées. D’une part, ces «juges-pères-noël-à-ermine» laxistes d’Ottawa, d’autre ces conservateurs déphasés, exploiteurs intéressés de turbulences. Voici Jonh–fils-de-Red Charest, enterrant (avec comité) les problèmes du centre-ville, toute une année avec deux questionneurs en tournée. Il aurait été si simple de produire un document spécifiant officiellement que «l’État du Québec est laïc». Et vive l’égalité des hommes et des femmes! Non, c’est «Gagnons du temps, autruches que nous sommes, continuons à nous fourrer la tête sous le sable». Des couards règnent à Québec.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de