Quand le Québec frise l’hystérie

Quand le Québec frise l’hystérie
Josée Pilotte
Espace griffé

S’il y a une personne sur cette terre qui a toutes les raisons de détester Pierre Karl Péladeau, c’est bien moi. Pour ceux qui s’en souviennent, j’avais interpelé publiquement PKP il y a trois ans sur la guerre féroce que se livrait Québecor et Transcontinental et de l’impact que celle-ci avait sur notre industrie et sur notre démocratie. Je ne me réveillais pas la nuit pour l’haïr, mais pas loin.

Aujourd’hui, trois ans après le début de cette guerre sale qui aura fait beaucoup de dommage collatéral – il ne reste d’ailleurs qu’une vingtaine de journaux hebdomadaires indépendants au Québec – Québecor vend ses 74 hebdomadaires régionaux à TC Media. Ironie du sort quand on sait que finalement, après avoir livré une guerre sans merci, l’un des combattants sacre son camp, en laissant un champ dévasté à ceux qui restent sur le terrain, les locaux, c’est-à-dire nous.

La transaction est toujours sur le bureau de la concurrence, mais entre vous et moi, ce n’est qu’une question de temps avant que tout ça ne soit réglé.

Je tiens donc en partie responsable Monsieur Péladeau de la détérioration de la presse hebdomadaire au Québec. Triste constat.

Mais même si je n’ai pas été d’accord sur sa façon de faire – et je tiens à préciser que je ne le serai jamais, je dois admettre que sa venue sur la scène politique est un grand coup pour le Parti Québécois. Que voulez-vous, je ne suis pas à un paradoxe près dans ma vie, alors j’assume pleinement mes contradictions.

Je disais donc que son arrivée sur la scène politique ne peut laisser personne indifférent. En tout cas, pas moi. Et à lire tout ce qui s’écrit depuis dimanche, il y en a une maudite gang comme moi.

D’ailleurs à ce sujet, il y en a qui disent: «Ah non, pas encore des élections!» Moi je dirais plutôt ceci: «Ah non, pas encore de l’opinion!»

Ce n’est pas des blagues, PKP n’avait même pas fini de répondre aux questions des journalistes à la conférence de presse de dimanche dernier que déjà des centaines de textes de dix pages de long d’opinions, de commentaires de citoyens lambda inondaient la toile. C’est comme si la venue de PKP en politique avait réveillé la ferveur de chacun afin d’exprimer haut et fort ses craintes, ses frustrations mais aussi ses convictions profondes sur l’avenir du Québec. C’est presque beau à voir.

Au fond peut-être nous fallait-il un homme de son envergure pour relancer l’intérêt pour la politique. Ça prenait peut-être un PKP pour réveiller les plus cyniques ou les plus blasés d’entre nous, pour se poser les «vraies questions», pour paraphraser les Libéraux.

Et ne vous méprenez-pas sur ma perception de l’homme. Comme je l’expliquais précédemment, je demeure critique face à ses façons de faire; mais au-delà de ça, force est de reconnaître le succès entrepreneurial incontestable de cet homme d’affaires.

En ce sens, en matière économique, on a besoin de leaders comme lui, qui ont une expertise afin de dynamiser et trouver des solutions innovatrices pour nous faire avancer. Et ne nous mettons pas la tête dans le sable: ça va prendre du courage pour prendre des décisions comme de mettre la hache dans la fonction publique.

C’est ça aussi le problème de l’opinion instantanée: on condamne sans même savoir ce qu’il a l’intention de faire. Et ce discours vaut pour un autre, je ne défends pas plus PKP qu’un autre candidat. Et se lancer en politique de nos jours, dans le climat de méfiance et de cynisme, faut le vouloir! Le feriez-vous, vous?

Si la candidature de PKP peut ramener un intérêt à la chose publique, ça sera déjà ça de gagné. Il serait vraiment temps qu’on arrête d’être dans l’attente de «l’ÉLU» qui règlera tout avec une baguette magique. Après tout, ne sommes-nous pas tous responsables du Québec de demain? Notre cynisme a fini par nous rendre méfiant de la réussite. Réussir au Québec, c’est quasiment suspect et honteux.

Si Pierre Karl Péladeau peut être une motivation en matière de leadership et d’entrepreneuriat, y a-t-il quelqu’un qui peut être contre ça? Le Québec n’en a-t-il pas justement grandement besoin?

Et si PKQ est promis à de grandes choses,

espérons qu’il tiendra parole. Il dit avoir le Québec tatoué sur le cœur et vouloir servir son pays? Dans ce cas-là, on verra si la parole d’un homme d’affaires vaut plus que celle d’un politicien. Car après tout, ne dit-on pas que la politique est une affaire trop sérieuse pour être laissée entre les mains des politiciens?

Alors s’il-vous-plait, peut-on laisser la chance au coureur?

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