(Photo : Archives)

Urgences : C’est dans les Laurentides qu’on attend le plus

Par Simon Cordeau (initiative de journalisme local)

En 2022, la durée médiane d’une visite aux urgences était de 7 h 16 dans les Laurentides. La médiane québécoise, quant à elle, est de 5 h 11. En plus d’être la plus longue de la province, l’attente dans les Laurentides s’allonge de 17 minutes par année, en moyenne. « La région arrive dernière au classement. […] C’est une tendance qui se dessine depuis longtemps », explique Emmanuelle B. Faubert, économiste à l’Institut économique de Montréal (IEDM).

Rappelons que la médiane est la valeur qui sépare une population en deux : la moitié des patients attendent plus longtemps, et l’autre moitié, moins. Mme Faubert utilise cette donnée plutôt que la moyenne, puisqu’elle est plus représentative d’un cas typique et ignore les cas extrêmes.

De plus, 15 % des patients à l’Hôpital de Saint-Jérôme ont passé plus de 48 heures aux urgences en 2022. Dans ces cas, ce n’est pas le temps d’attente qui est si long, nuance l’économiste, mais plutôt le délai entre l’arrivée et la sortie, soit un retour à la maison ou un transfert dans un lit d’hôpital. Mais comme il manque de lits, ce transfert peut prendre beaucoup de temps.

Changer de modèle

Le problème ne date pas d’hier, rappelle l’économiste de l’IEDM. « Même en 1980, le ministère des Affaires sociales disait que personne ne devait passer plus de 48 heures aux urgences. Aujourd’hui, on voit que c’est vraiment un échec. »

« Il faut changer d’approche, innover. Injecter plus d’argent ne marche pas. C’est sûr que la solution à long terme, c’est d’avoir plus de personnel, plus de médecins. Mais on a besoin de solutions tout de suite », continue Mme Faubert. Selon elle, il faut s’inspirer de ce qui se fait ailleurs dans le monde, comme en Suède, en France ou aux Pays-Bas. Ces pays utilisent un système hybride public-privé, où certains hôpitaux sont gérés par le secteur privé, mais où l’accès aux services demeure gratuit et universel.

Contrairement au secteur public, ces gestionnaires privés sont motivés par la concurrence, la réputation et la rentabilité, explique l’économiste. « Comme les incitatifs sont différents, les gestionnaires sont plus portés à innover et à faire des gains d’efficacité. Ce sont plein de petits gains qui, ensemble, permettent de voir plus de patients avec les ressources qu’on a. »

Au Québec, le gouvernement actuel teste cette nouvelle approche. Le député de Saint-Jérôme, Youri Chassin, pilote l’implantation de deux mini-hôpitaux privés, dans l’Est-de-Montréal et dans la Capitale-Nationale. Mme Faubert donne aussi le Pôle régional de la santé, à Saint-Jérôme, en exemple. D’ailleurs, un nouveau centre médical spécialisé a dû attendre 18 mois pour obtenir son permis, rapportait le Journal en février.

Un meilleur accès

Selon l’économiste, les pays qui utilisent ce système de santé hybride se classent mieux, au niveau de leur performance, que le Canada. « Qu’est-ce qu’ils font de bien ou de pas bien ? On peut adapter ces idées au contexte québécois. Il ne faut pas avoir peur d’essayer », soutient-elle.

Par ailleurs, Mme Faubert croit que le débat « public-privé » est mal posé. « Les systèmes de santé qui ont si peu de privé sont rares dans le monde », indique-t-elle. Selon elle, la question la plus essentielle est d’abord l’accessibilité aux soins de santé. Toutefois, le modèle actuel ne garantit pas toujours cet accès. « Qu’est-ce qui est le plus important pour nous ? Que le gestionnaire de l’établissement soit un employé du gouvernement ? Ou que je sois en mesure de recevoir des soins en présentant ma carte-soleil ? », demande-t-elle.

« Le montant payé par la RAMQ devrait être le même par acte et par patient. Mais si on est capable de voir plus de patients avec les mêmes ressources, il est là l’avantage », croit l’économiste.

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