Bori

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Longtemps demeuré volontairement dans l’ombre, tel un Réjean Ducharme de la chanson, l’énigmatique Edgar Bori a finalement révélé son visage, mais continue à se tenir loin de l’autoroute du showbiz. Sa démarche inusitée de l’automne : aller à la rencontre de l’Autre, après la parution du premier volet de son audacieuse trilogie musicale Balade – Salade – Malade.

Il y a une vingtaine d’années naissait le personnage d’Edgar Bori, au cœur d’un univers qui tient à la fois de la chanson, du cirque et du théâtre. Edgar en hommage à Edgar Fruitier et Edgar Allan Poe, et Bori pour le B, comme dans Brel et Brassens. Pendant longtemps, Bori n’apparaît sur scène qu’en ombre chinoise ou derrière un masque. Vers la fin des années 2000, à la fin du spectacle qui suit l’album Dans ce monde Poutt Poutt, Bori enlève son masque, mettant fin à des années de spéculation.

Pourquoi ce refus de la vie publique ?

«Par rejet de la hiérarchie, de cette déification de l’artiste, par rapport aux plombiers, aux ouvriers, aux gens de tous les jours. Je voulais me sentir libre, comme un animateur de radio ou un journaliste.»

Peut-on considérer votre nouvel

album comme le plus personnel

à ce jour ?

«Bien sûr. Avec Balade, pour la première fois, je signe toutes les paroles, les musiques et les orchestrations. C’est l’album qui me ressemble le plus, j’exprime mes préoccupations sur les relations humaines, la tendresse, et mon regard sur cette mort imminente qui nous guette tous. C’est très intime.»

Balade sera suivi dans quelques mois des albums Salade et Malade. Expliquez.

«Salade, qui sortira à la fin février, c’est pour faire plaisir aux collaborateurs de toujours. J’ai préparé la recette de base, mais chaque pièce comporte une forme de collaboration. Le 12 décembre, je pars m’isoler à Limoges puis à l’île d’Oléron, dans un ancien shack militaire où c’est tout juste s’il y a l’électricité. Avec seulement un ordinateur, un disque dur et un clavier, je vais créer l’album Malade, qui sortira fin avril. Malade dans le sens de manière folle. Je veux défoncer les limites de ce que je peux imaginer comme chansons, sans aucun instrument traditionnel. Et je n’ai aucune idée de ce que cela va donner !»

On a décrit le lancement de Balade, le 25 septembre dernier, comme un «musée éphémère»…

«Ça avait lieu dans un immense hangar désaffecté, où j’ai rapatrié vingt ans de mémoire audio, vidéo, des costumes de scène, des décors, des articles de presse… les artéfacts du voyage des 20 dernières années! Moment Factory a éclairé d’une façon magique ce happening qui a duré toute la journée. Il y avait aussi sur des cartons des textes de mes prochaines chansons et le public était invité à surligner les passages qu’il aimait.»

Et vous poursuivez ce dialogue à

travers la province…

«Je vais à la rencontre des gens pour savoir qui ils sont, ce qu’ils aiment dans la vie, pourquoi ils sont sur place. Je veux prendre leur pouls pour pouvoir alimenter mon univers et ensuite le rendre en chanson. Quand tu vis à Montréal, tu ne comprends rien de ce qui se passe en province. L’événement varie d’un endroit à l’autre. Parfois on fait des cadavres exquis, parfois c’est de la jasette. Contrairement aux événements habituels où je dois aller vendre mon produit, je veux écouter les gens, il y a parfois un lâcher de ballon auquel est attaché un mot de moi. Au Mouton Noir, il n’y aura rien de formel, ce sera une rencontre à visage découvert.»

On vous qualifie de poète, de savant fou, de mystère… Choisissez un mot pour vous décrire…

«Ombre ordinaire. Quand Mouffe m’a demandé de chanter la chanson Ordinaire qu’elle avait écrite pour Robert Charlebois, elle m’a dit que c’était une chanson faite justement pour un gars comme moi.»

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