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: L’Écluse des Laurentides, Vision expert et Cadie Passion noire

En deux volets, **Accès** vous présente des citoyens qui ont choisi de s’impliquer dans des actions que l’on peut qualifier, toutes d’«humanitaires».
Cette semaine: l’Écluse des Laurentides et Vision Expert.
Dans le prochain volet: Cadie Passion noire.
«Rien de ce qui est humain ne m’est étranger», écrivait Terence. Cette citation, les personnes qu’**Accès** arencontrées dans le cadre de ce dossier pourraient toutes la reprendre à leur compte.
Portrait de Laurentiens qui rendent le monde meilleur.

Région dulcinée, enviée, visitée. Mais où est la faille? Sous ses apparâts richissimes, la région des Laurentides est comme toute autre, c’est-à-dire vulnérable. Les phénomènes de précarité et d’exclusion sociale ont pris une ampleur considérable en Occident, au Québec, et par triste voie de logique, ici, au flanc même de cette surabondante et infiniment belle Laurentides. À côté, juste-là, à côté de votre voisin gonflable, du touriste repu, du citoyen honnête ou de décideurs méritants, se profilent la souffrance et l’itinérance d’une portion de jeunesse en chute libre… des jeunes écorchés errant ici et là. Et puis, dans leur ombre, des êtres qui s’intercalent dans ce quotidien désabusé, avec la délicatesse des fées. Ce sont les travailleurs et travailleuses de rue de l’Écluse des Laurentides.

«Et oui, le travail de rue est bel et bien implanté dans le nord et depuis 14 ans! Évidemment l’exclusion n’a pas le même visage en région. Mais la base est la même; on essait de joindre les jeunes que d’autres ressources ne rejoignent plus. Saint-Jérôme je suis entrain de la connaître, les problématiques s’apparentent à celles des grands centres. C’est une question d’urbanité…» ****Marc Allain****, directeur à l’Écluse et coordonnateur de l’équipe des travailleurs de rue, explique par ailleurs que 90% du travail se passe sous la surface, à l’image même de la problématique, sans local officiel, le travail se fait en marge: «C’est comme un iceberg. L’ultime objectif est de reconnecter le jeune aux institutions, celle qui lui ont tant fait défaut jusqu’alors… le travailleur de rue a un pied sur chaque rive, les piliers d’un pont ne vont s’ériger que si le travailleur établit la confiance. C’est à cela qu’oeuvrent nos six intervenants, c’est exigeant.»

L’on s’aperçoit que ces personnes sont toujours «un pas à côté» par rapport aux dispositifs censés répondre à leurs besoins, que ce soit pour l’accès à leurs droits, aux soins, au logement ou même à l’emploi. Comme si l’exclusion entraînait l’exclusion en un cercle vicieux: plus on est exclus, moins on a facilement accès aux dispositifs d’assistance. Ceux-ci sont-ils assez souples? Regardent-ils l’individu dans sa singularité? D’où l’ambition de démontrer la grande valeur de ce processus «de rue» cherchant à appréhender les difficultés sociales dans une optique autre que les pratiques usuelles destinées à «surveiller» ou «punir».

****Entrer en con-tact****

L’entrée en contact nécessite beaucoup de délicatesse et de savoir faire. Certes, ce contact est «ritualisé» par des techniques d’approche/distanciation, mais les travailleurs de rue en sont de terrain, et c’est en véritables praticiens qu’ils tentent de se lover à ce microcosme de jeunes marginalisé, avec jugement, cela tout en se protégeant. En somme, la première étape du travail de rue consiste en une **infiltration** douce dans les milieux des jeunes pour prendre contact, se faire accepter, gagner la confiance et l’estime de ces derniers.
****Feu sacré****

Ces jeunes qui ont des difficultés d’insertion et d’adaptation sociale, parfois dommageables pour eux, pourquoi demanderaient-ils de l’aide aux travailleurs de rue s’ils n’y sont pas obligés, et **a fortiori** s’ils sont résisté jusque-là aux structures d’intervention classiques? «Tout simplement parce qu’il sont en confiance. Et il faut faire attention, ils ne nous demandent pas systématiquement de l’aide, pas plus qu’ils sont en confiance instantanée. C’est du gros cas pas cas, on est dans la rue là… ils n’ont pas été attirés par les structures rigides. On y va pas à pas, rien ne part de moi par rapport aux demandes. C’est sûr que je crée de petites confrontations des fois mais je ne ferai rien que le **lien** ne pourra supporter», explique ****Patrick****, travailleur de rue de Sainte-Agathe.

Consciente ou non, c’est la souffrance, consciente ou non, qui est le dénominateur commun. La souffrance, et ses conséquences dans les rapports avec le reste du monde, se traduit parfois par la violence, mais bien plus souvent par la solitude et la dépression. «Leurs problèmes diffèrent, ce n’est pas aussi heavy qu’à Montréal par exemple. Lorsqu’on réussit à accompagner un jeune au CLSC, un des pas est franchi pour ce jeune, pour un autre ce sera une discussion franche, ou l’orientation vers un hébergement. Plusieurs sont si instables, ils squattent un peu partout etc», ajoute l’intervenant.

Combattre l’exclusion demande que l’on regarde chacun comme un cas particulier tant il est vrai qu’il n’existe pas de procédure automatique pour sortir de l’exclusion. Le travailleur de rue, cet «observateur participant», s’assure d’une présence dans les milieux de vie des jeunes, parcs, arcades, bars… il s’agit alors d’orienter les approches et participations dans un cadre **non formel**, un mimétisme correspondant aux réalités des jeunes qui ont décroché justement, du **formel**.

La perte des repères, le rejet des normes et de la **notion de normalité** sont des thématiques préoccupantes aujourd’hui, ce qui en soit est plutôt une bonne chose. Pour plusieurs de ces jeunes, la norme «**ça ne sert qu’à être transgressé**». Quelque chose d’aussi aléatoire mérite qu’on y attache de l’importance, plutôt que de le ranger dans la case des idées reçues. Bien que les sociétés soient des machines à secréter des normes, leur contestation serait vaine et utopique tant il et évident que le besoin de normes est absolu. Mais l’exigence de repères, de limites, d’interdits, de règles, dans quelle mesure apparaît-elle toujours comme constructive pour une société? Et nous voilà devant l’inéluctable et complexe paradoxe d’où surgit une questionnement de même nature: cette fameuse **norme**, serait-elle elle-même facteur, ou même productrice d’exclusion? Il n’y a pas de réponse générale.

Toutefois, l’analyse concrète, les interactions humaines hors des cadres, les situations de terrain non seulement complexes, uniques et incertaines mais aussi conflictuelles et ambiguës auxquelles font face les travailleurs de rue, constituent irréductiblement un des instruments de base pour resserrer la connaissance de cette génération fragilisée. Le travailleur de rue oeuvre au cœur même de la science humaine. Par son caractère concret, intuitif, sa proximité, et son expertise dans le respect, sa seule présence confère à la société et au domaine de l’intervention, un atout aussi précieux qu’indispensable. De même, son implantation et son utilité ne devraient pas rencontrer de résistance politique.

L’Écluse des Laurentides vient de déposer son bilan annuel: «On se retrouve donc en 2006 avec un conseil d’administration dévoué, impliqué et représentatif des trois régions concernées. L’Écluse des Laurentides couvre un territoire de plus en plus grand avec son équipe de travailleurs de rue dynamique, professionnelle et à l’écoute des jeunes. Leur collaboration avec les différents organismes du milieu fait en sorte que le travail de rue est d’autant mieux compris et reconnu dans la région.» note entre autres le président du conseil d’administration et membre fondateur de l’Écluse, dans **ledit** rapport annuel.

Pas de solution au mal-être, à l’exclusion, à la pauvreté. S’il est permis d’en concevoir une, elle commencera toujours par l’aide concrète, l’immédiateté, ce premier pas.

L’Écluse des Laurentides

19, rue Saint-André

Sainte-Agathe-des-Monts

819-321-3838 ou 1 877 405-7058

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