As-tu deux minutes là?

As-tu deux minutes là?
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Chanson de feu-Pauline, pas la prochaine jolie reine du PQ, Marois, la disparue, la passionaria nationale bien connue, la regrettée Julien. Ce qui me fait songer au mode — sois bref ou tais-toi — en vogue. Politiciens ou artistes, relationnistes en devoir, désormais tout le monde cherche à passer aux nouvelles.

Pour y arriver, chacun doit trouver une formule toute courte. Claire et frappante. Trouver un «pitch» (disait Ardisson), un «lead». Le Mario Dumont y est souvent habile. Les «attachés de presse» se creusent les méninges, pas facile de résumer, en une minute, une pensée riche, un projet fécond. Mission impossible souvent.

C’est la dure loi en médias, ce «as-tu deux minutes», et, si possible, moins encore ? Comme moi, face à ces nouvelles en vitesse, plein de spectateurs de télé qui se disent: «Bon, on en saura davantage demain avec les journaux». Ce qui s’avère. Mais bon nombre de gens ne lisent pas les quotidiens. Ce monde pressé se contente des brèves… radio ou télé. Et le club des «mal cités» grossit sans cesse. Les rapides déclarations, triées, manipulées, «choisies» font du tort parfois.

Je viens de lire «Les corridors du pouvoir» du pauvre Alphonso Gagliano. Sans cesse, le «mal aimé de Gomery» râle du sort qu’on lui a fait «en médias». Ici et là on lui donne raison. Cet ex-tout puissant «bras droit» de Chrétien plaide qu’on lui cachait des faits… encombrants. Qu’il a été victime de ses nombreux fonctionnaires, surtout du personnage Charles-Chuck Guité sans parler de Paul Martin qu’il peint en diable. Son livre fait comprendre mieux «la trépidation» en médias avec ses raccourcis aux dommages réels.

Rien à faire. Vous pouvez espérer tel sort et c’est sur tel ou tel propos que le public s’accrochera. J’ai vécu, fin mars, une expérience cocasse. À «Tout le monde en parle», je rigolais en répétant, goguenard: «Mes beaux-frères m’avaient bien dit de refuser cette émission». Or, on me répète sans cesse ce bout de phrase. Ce que j’avais déclaré sur un Boubou se tenant debout 24 heures en 24 ans… rien, mon «Trudeau avec son multiculturalisme voulant nous ranger en une simple ethnie (entre Ukrainiens et Portugais quoi ), rien aussi. Aucun rappel. C’est ma farce des «beaufs avertisseurs» qui était retenue. Ainsi va le train des médias pressés.

Un Guy Fournier «déconstipé» vante la défécation et il perdra un job prestigieux au CRTC. Un Gilles Proulx dérapant en ondes, même sort: jeté de TQS. Le psy Mailloux, même affaire, dehors! Ces spontanés gueulards oubliaient bizarrement qu’une phrase malencontreuse peut faire chavirer une carrière. La liste serait très longue, partout dans le monde, de personnages publics tombés dans l’oubli à cause des médias. Avec de rares exceptions: un Sarco à «canaille» élu quand même président de la France.

On entend fréquemment désormais: «X, ou Y, n’a pas répondu à notre appel de commentaires», ou «on n’a pas retourné notre appel». Eh! Prudence utile! Chat échaudé…

La femme ou l’homme public craint comme peste le piège de «la» déclaration intempestive mise en exergue aux bulletins de nouvelles. Cette loi-des-médias, comme obligatoire, de ne garder qu’un «pitch» fait naître non seulement l’autocensure automatique — la peur — mais le silence complet. Car un propos «de trop», une trop candide affirmation, une sincérité naïve déplacée et c’est… la trappe, c’est la fin des haricots.

Cette manière de réduire, de résumer drastiquement, de sortir hors-contexte une suite de propos, nous conduira, c’est inexorable, vers davantage encore de langue-de-bois. Les programmeurs de ces bulletins à la va-vite vont plaider: «On a pas le temps, nos précieuses minutes sont comptées.» Le célèbre «Just watch me» du Pet à «Mesures de guerre» est un bon exemple de «pensée résumée». Ce bout de phrase improvisée à la porte d’un «scrum» fit de Trudeau, pour toujours, un va-t-en-guerre déboussolé.

Bon, il n’en va autrement partout dans le monde (sauf en ex-URSS jadis ), cette réalité fait trembler les imprudents. Les esprits libres s’en fichent. Pas toujours. J’ai eu des invitations (calculées par des reporters en mal de querelles) à jeter de l’huile sur des feux fragiles, j’ai refusé chaque fois. La responsabilité est une chose inconnue chez les nouveaux venus, nouveaux élus. Des chefs (un Harper) veillent aux dérapages en imposant aux troupiers «la loi du silence». Enrageant cela pour la meute des chasseurs de nouvelles éclatantes. Eh! Le grand succès populaire de certains «columnists» (un Martineau) naît de cette vaste absence des échaudés, leurs textes farouches comblent le vide des «silencieux». Des humoristes en profitent aussi, et comment!, ces «fous du roi», cassent les tabous. Leur effronterie totale fait rire, illustre aussi la vacuité ambiante des planqués froussards. Avec de bonnes raisons, certes!

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