36 ans de service : « J’ai toujours voulu être pompier, depuis l’âge de 3 ans »

Par Simon Cordeau (initiative de journalisme local)

Pompier pendant plus de 36 ans et chef-pompier durant 22 ans, Gérald Plante a pris sa retraite comme directeur du Service de la sécurité publique et incendie de Saint-Sauveur/Piedmont, le 19 juin dernier. Portrait d’un homme passionné par son métier et d’une carrière accomplie.

« J’ai toujours voulu être pompier, depuis l’âge de 3 ans. C’est toujours le métier que j’ai voulu faire », raconte M. Plante. Toutefois, il aurait pu ne jamais réaliser son rêve. « Dans ce temps-là, il n’y avait pas l’école de pompiers. Pour s’engager, ils demandaient 5’8″ et 175 livres, comme la police. Malheureusement, je suis un petit bonhomme de 5’7″. Donc ils m’ont dit : «Quand tu seras plus grand, tu viendras t’engager.» Ça m’avait vraiment attristé. »

Monter les échelons

M. Plante étudie donc en électricité et se spécialise en contrôle de moteur. Il travaillera dans le domaine électrique pendant 25 ans. « Quand j’ai déménagé à Saint-Sauveur en 1985, ma femme et mon frère me disaient qu’ils engageaient des pompiers volontaires. Je ne connaissais pas ça. » Il décide d’appliquer, et est engagé.

« J’ai débuté ma formation les fins de semaine, en continuant de travailler », raconte-t-il. Le salaire est petit et il ne couvre qu’une vingtaine d’incendies par année. Mais M. Plante continue sa formation. « J’ai pris mes cours d’officier au cégep. Ensuite j’ai pris un cours universitaire de gestion. »

En 2002, à la suite de changements légaux et administratifs, il manque un chef-pompier à Saint-Sauveur/Piedmont. « J’ai postulé et j’ai eu le poste. Donc depuis 22 ans, je suis à temps plein à l’incendie. » À ce nouveau poste, M. Plante modernise la caserne et son fonctionnement, en plus de faire beaucoup de gestion. « Présentement, il y a cinq pompiers à temps plein, plus le directeur. Il y a du monde en caserne tout le temps, sauf les fins de semaine et la nuit. »

Premiers répondants

La tâche est grande pour le nouveau directeur. Le territoire de Saint-Sauveur et Piedmont est vaste et très actif. En plus de répondre aux incendies, les pompiers sont les premiers répondants en cas d’urgence. « C’est 1 200 appels par année. C’est énorme : il y a des casernes à Montréal qui ne font pas ça », illustre M. Plante.

Comme chef-pompier, il va encore sur le terrain, mais comme chef d’orchestre. « Ça, ç’a été dur au début. J’étais celui qui aime entrer en-dedans et aller l’éteindre. Là, je devais faire confiance aux autres, rester et gérer ça à l’extérieur. Mais l’adrénaline est encore là. Après quelques mois, j’étais satisfait de ce que je faisais », confie M. Plante.

« Je n’arrêterai jamais »

M. Plante est maintenant coordonnateur de la sécurité publique et civile. « C’est une semi-retraite, jusqu’en décembre. On verra après. » Lorsqu’on lui demande ce dont il est le plus fier, il répond « ma carrière » sans hésiter. « Je pensais avoir un deuil. Parce que l’adrénaline, c’est une drogue. Je croyais trouver ça difficile, mais finalement, c’est bien correct. Je vis bien avec ça. »

Il peut enfin se reposer, un peu. « C’était toujours sept jours sur sept, tout le temps. Parce que tous les appels entraient sur mon téléphone, même si je ne me déplaçais pas tout le temps. Quand tu as 1 200 appels qui entrent dans une année, il y en a plusieurs qui entrent pendant la nuit. Souvent, je me faisais réveiller », raconte M. Plante.

Maintenant, il profite de ses temps libres pour jouer de la musique. « Je joue de la guitare. Mon frère a un groupe. On fait des premières parties. Je m’amuse. Je faisais ça de 18 à 25 ans, et j’ai recommencé il y a une dizaine d’années. » Et pourtant, l’ancien pompier ne se voit pas prendre complètement sa retraite. « Je n’arrêterai jamais. Je vais toujours travailler deux ou trois jours semaine. Parce que je ne suis pas capable d’arrêter. »

Histoires

Une vie de pompier est remplie de moments intenses. Nous avons demandé à Gérald Plante de nous raconter quelques-uns de ses histoires.

Un moment particulièrement difficile ?

J’ai vécu la pire chose qu’il peut arriver comme directeur des incendies : gérer un «mayday», un pompier en détresse. [C’était durant un des incendies qui a touché les locaux de Royal LePage Humania, sur la rue Principale.] C’était un 23 décembre, il n’y avait pas beaucoup de personnel. J’ai un de mes lieutenants qui était au deuxième étage et qui s’est retrouvé au sous-sol. C’est la pire chose à gérer. Il faut que tu gardes ton calme, mais c’est un des plus gros stress que j’ai vécu. Heureusement, ça s’est bien terminé : on a été capable de le récupérer et il n’a pas été trop blessé.

Une tragédie qui aurait pu être évitée ?

C’était un mercredi. Un monsieur a fait couper un arbre chez lui. Il a fait affaire avec quelqu’un qui n’était pas qualifié. Et l’arbre est tombé du mauvais côté, sur le monsieur. Il était assez âgé. Il n’était pas mort, mais on savait que, par la pression de l’arbre, le sang restait. Dès qu’on a enlevé l’arbre, ç’a pris 30 secondes et il est décédé.

J’ai aussi vécu la tragédie de l’Ordre du Temple solaire. J’étais un des premiers à arriver là. Ça aussi, ç’a été un bon niveau de stress.

Une situation difficile qui s’est bien terminée ?

J’étais pompier dans le temps. C’était à côté de chez moi. La personne avait tenté de se suicider, on l’a su par la suite. Il avait mis le feu dans sa maison. Je suis allé le chercher au deuxième étage. Je l’ai sorti et je l’ai réanimé. C’est un beau moment, mais c’était triste, parce que lui, il ne voulait pas vivre.

Un moment où vous avez vraiment eu la frousse ?

Lors d’une pratique durant une formation à Sainte-Adèle, sur des vrais feux. Ce sont des maisons qu’on brûlait. C’est supposé être toujours sécuritaire. Tu as toujours une équipe au cas où il arrive quelque chose. Mais il y a un nouveau pompier qui n’a pas fait son travail comme il faut. Il a poussé les gaz chauds vers l’intérieur. La porte s’est refermée à cause de la ventilation. Et j’étais pris dans une pièce avec mon équipe. Je te le dis : j’étais sûr que j’allais mourir là. Puis j’ai trouvé la porte, je l’ai ouverte et j’ai rampé avec les autres. Il y en a deux qui ont été brûlés assez sévèrement. Moi je n’ai pas eu de brûlures. On a été chanceux.

Une anecdote cocasse ?

On s’en va pour une alarme d’incendie. Le monsieur est seul dans sa maison et nous dit : « L’alarme est partie ! » Mais on n’entend rien. Il n’y a pas de système d’alarme, mais lui l’entend. « Ah ! Je l’entends ici ! » On cherche, on fait tout le bâtiment au complet. On ne trouve rien. Puis j’arrête à côté de lui. Et là j’entends ce qu’il entend. Il avait des appareils pour entendre. Sa batterie était faible ! Le monsieur était gêné. On a changé ses batteries et c’était réglé.

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