Disparition d’un géant de 5’04’’ : Rodger Brulotte se sentait heureux avec les foules
Par Luc Robert
Les derniers moments du légendaire analyste de baseball Rodger Brulotte, emporté par le cancer, ont été partagés de près par l’Agathois Daniel Desjardins, qui a veillé à son chevet au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).
Le directeur général de la Fondation médicale des Laurentides et des Pays-d’en-Haut alternait ses présences nocturnes auprès du chroniqueur, pour laisser un peu de répit à son épouse, Pascale Vallée.
« Je l’ai assisté lors des derniers mois de sa vie et cela a un peu libéré Pascale. Mon amitié avec Rodger remonte à 14 ans et nous nous sommes très rapprochés depuis l’époque de la Chambre de commerce. Il a été président d’honneur de l’événement Lumières sur le lac. J’ai accepté de le veiller, mais ça me rappelait mon père, le seul autre que j’ai accompagné dans le dernier droit. Rodger m’a tellement apporté : c’est le grand frère que je n’ai jamais eu», a-t-il commenté.
Desjardins a particulièrement été touché par la ténacité de l’analyste de baseball.
« Aux soins palliatifs, il nous a demandé de serrer nos mains ensemble et d’entonner sa chanson fétiche, My Way, de Frank Sinatra. Je lui ai dit que je ne sais pas chanter. Il a trouvé le moyen de m’embarquer en faisant sortir les paroles d’un karaoké sur un cellulaire. Il avait les larmes aux yeux et tous suivaient sa faible voix, mais encore audible. Et pour finir, il m’a sorti son sourire taquin en coin, en me disant que je n’étais pas si pire que ça. C’était bien Rodger : toujours se préoccuper des autres avant son propre sort », s’est-il rappelé.
L’ancien courtier en assurance a évoqué un autre moment d’anthologie, où son comparse l’a embarqué dans une autre aventure inédite.
« Au 30e anniversaire de la dernière Coupe Stanley du Canadien, Pascale ne pouvait assister à la réception avec les anciens joueurs. Rodger m’appelle et me dit qu’il s’agit de deux couverts à 5 000 $ chacun et que j’allais ressentir du plaisir. Je portais mes bottes de cowboy et me présente au Centre Bell. Rodger a requis mes services… comme photographe pendant le reste de la soirée. J’ai pu manger la salade et le dessert, mais rien du repas principal, tellement il me baladait partout pour des clichés. En sortant, vers 23h, je suis finalement allé souper. Il était tellement heureux dans une foule, que je n’osais pas le décevoir. Et on a renoué avec plusieurs gloires du passé», a-t-il décrit.
Sans malice
L’implication de Rodger Brulotte dans les causes communautaires demeure légion. Il ajoutait son grain de sel humoristique à toutes ses présences, mais jamais négativement.
« Rodger répétait que si quelqu’un te fait du tort, inutile de lui tomber dans la face. Une voix basse et grave a plus d’impact en privé. Qu’il faut toujours se garder des portes ouvertes. Peu importe la cause qu’il endossait, il demeurait un solide ambassadeur, toujours prêt à aider. Par exemple, pour acquérir, installer un appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et procéder à l’agrandissement à l’Hôpital de Sainte-Agathe, on a démarré une campagne de financement de 6 M$. Il a composé un numéro et a jasé avec des gens. 10 minutes plus tard, j’apprenais que la Fondation Mirella et Lino Saputo venait de faire un don de 750 000 $ à notre cause avec une option additionnelle de 250 000 $ au besoin. Il était incroyablement généreux pour les gens et les jeunes », a-t-il renchéri.
L’humour de Touche
Rodger Brulotte allait s’emporter une rare fois au début des années 2000, au stade USSSA Space Coast Complex de Melbourne, quand l’humour du scribe Serge Touchette a désamorcé une bombe.
David Samson, beau-fils du propriétaire des Expos Jeffrey Loria et surnommé Petit-Trot, avait crié à Rodger de lui apporter quatre sous-marins et trois boissons gazeuses à sa loge, depuis la passerelle. Pantoufles Brulotte avait rougi et la boucane lui sortait des oreilles. Il avait commencé ses chroniques au Journal de Montréal et se détachait graduellement des deux controversés proprios.
« Il n’en vaut pas la peine, Rodger ! », lui avait crié Touche, décourageant Brulotte de l’agripper solidement au collet. Puis, Touchette avait enchaîné au retour de Michel Lajeunesse (Presse Canadienne) des toilettes : « Aie, Marcel (surnom de) : tu as presque manqué le combat de championnat du monde des poids coqs ! ». Le solide rire de Rodger a alors retenti à la grandeur de la galerie de presse. L’émotif pouvait passer à une autre aventure.