(Photo : MariPhotographe)
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Discussion sur le choix et ses déclinaisons avec Rosalie Bonenfant

Par Ève Ménard - Initiative de journalisme local

– Dossier Choix –

 

Rosalie Bonenfant, c’est entre autres une comédienne, une animatrice et une écrivaine. Artiste très polyvalente, elle est aussi engagée dans ses prises de parole et à travers ses différents projets.

Se qualifiant d’indécise, faire des choix est « la quête de toute une vie » pour Rosalie. « Je veux toujours que tout soit parfait. J’aimerais me projeter dans le futur pour savoir si je fais exactement la bonne chose. J’essaie de me dire que ce n’est pas grave, qu’on ne vise rien de permanent. J’essaie de choisir selon mon instinct, plus que selon ma raison. » On discute de ce qu’implique le choix, dans différentes sphères de sa vie.

Ève Ménard : Dans la série que tu animes et que tu as écrite, C’est quoi l’trip, tu te penches sur plusieurs tendances de la jeune génération. On parle de véganisme, de poils, d’exposition sur les réseaux sociaux, de méditation ou encore de minimalisme. Est-ce que c’est une manière pour toi de comprendre des choix que tu ne comprenais peut-être pas initialement?

Rosalie Bonenfant : En fait, je n’arrive pas à concevoir qu’il y ait une frontière à l’ouverture d’esprit. Du moment où je me butte à quelque chose que je ne comprends pas, j’assume que c’est moi qui ne comprends pas et ce n’est pas la chose qui n’a pas raison d’être. En parlant avec quelqu’un, en ayant un dialogue, je peux accéder à quelque chose qui profite non seulement à moi, mais aussi à toutes les personnes qui vont écouter ces entrevues. On peut prendre l’exemple du poil : je ne comprenais pas le trip de se laisser pousser le poil. En m’entretenant avec des intervenantes, ç’a complètement changé ma vision de la féminité et mon rapport à mon corps.

E.M. : Parlant justement de féminité, il y a tout le concept de construction sociale entourant celle-ci. Jeune, les femmes sont socialisées à certaines normes qu’elles internalisent ensuite. Il y a aussi toutes les théories féministes selon lesquelles le genre serait en fait performé en fonction de ces normes intériorisées. À quel point les choix que nous faisons sont-ils totalement les nôtres?

R.B. : La ligne est super mince entre qu’est-ce qu’on se donne le droit de faire réellement parce que ça nous parle, ou qu’est-ce qu’on a l’impression de faire pour avoir notre place ou se démarquer. C’est une position que je prends toujours depuis que j’ai une voix publiquement : je n’aurai jamais de réponse, il n’y a pas une personne à qui appartient cette boussole morale. Mais j’essaie de faire en sorte que mon travail soit toujours un vecteur de communications. Si on a réussi à ouvrir un dialogue, c’est gagné.

E.M. : Dans les normes intériorisées notamment chez les femmes, il y a tout ce désir entourant la maternité. Tu es déjà sortie publiquement pour expliquer que tu remettais en question cette impression chez toi, que tu voulais absolument être mère. Est-ce que tu as réalisé que tu avais été socialisée à croire que la maternité allait de soi?

R.B. : C’est précisément la raison pour laquelle j’ai remis cette certitude en question. Ce n’était même pas parce que je pensais à l’impact sur mon corps ou sur ma vie, ç’a été en lisant des essais féministes. Et je me suis dit coudonc, est-ce que cette conviction-là [de vouloir être mère] c’est vraiment la mienne ou est-ce que j’ai été socialisée de cette manière-là? Ce qui m’a angoissé, ce n’est même pas la pression de la maternité elle-même, c’est le fait qu’un choix ait pu se faufiler dans ma tête sans passer par le bureau principal. C’est comme si on avait engagé un employé, mais le directeur n’était pas au courant! J’ai donc décidé d’y réfléchir pour vrai, par moi-même. La conclusion pour l’instant, c’est je ne suis pas rendue là. C’est le problème de Rosalie de demain! (rires)

E.M. : On dit souvent que les amis, c’est la famille que tu choisis. Dans ta vie personnelle, est-ce que tu fais aussi le choix des gens que tu côtoies, des gens qui deviennent et demeurent tes amis?

R.B. : C’est quelque chose qui a été au cœur de mes réflexion dans les dernières années. Comme beaucoup de gens, j’ai tendance à vouloir être aimée. C’est facile pour moi de me lier d’amitié avec certaines personnes. Mais il y a une question que j’ai apprise à me poser :  si cette personne n’était pas venue vers moi, est-ce je l’aurais choisi aussi dans ma vie? Je réalise que me donner le droit d’être sélective sur qui a accès à un pan de ma vie, c’est tout aussi bon pour mon estime de moi-même. Ça me nourrit tout autant d’être avec des gens que je choisis et que je continue de choisir au quotidien. Ça me fait du bien de me dire que je mérite ça, moi aussi.

E.M. : En dehors des amitiés, il y aussi toute l’évolution des modèles amoureux, dont tu as discuté dans un épisode du balado Table Rase. Il y a maintenant le polyamour, le couple ouvert, etc. Considérant qu’historiquement et socialement, le couple a été un lieu d’aliénation pour la femme, considères-tu que le fait de pouvoir choisir parmi une fluidité de modèles libère la femme?

R.B. : J’irais même avec une affirmation plus large : plus on s’éloigne de la chrétienté, mieux la femme se porte. Il y a quelque chose de très catholique dans le couple. Pour moi, ça profite non seulement à la femme, mais à l’homme aussi. Ultimement, dans une relation amoureuse, comme n’importe quelle autre relation amicale – pour moi c’est un peu le même sentiment, l’amour et l’amitié, je pense que tout ce qui change ce sont les paramètres – il y a des ajustements à faire, une prise de pouls, une identification des barèmes.

E.M. : C’est vraiment intéressant que tu considères que l’amitié et l’amour, outre les paramètres, ce sont des sentiments très similaires. On a pourtant tendance à élever le couple au-dessus de toutes les autres relations et d’y mettre aussi beaucoup plus d’efforts. Les amitiés, on prend davantage ça comme allant de soi.

R.B. : Je crois que pour moi, c’est très similaire parce que j’ai le même degré d’implication dans une relation d’amitié que dans une relation amoureuse. Et c’est là que je trouve absurde que la monogamie suffise, dans le sens où on peut avoir 10 amis pour combler 10 besoins différents, mais un seul partenaire amoureux devrait combler tous nos besoins. Je trouve ça spécial. Si l’amour s’inspirait de l’amitié et que l’amitié s’inspirait de l’amour, toutes les relations iraient pas mal mieux.

E.M. : Enfin, on a parlé beaucoup du choix. Lorsqu’il est question de choix, on fait souvent appel au droit à la liberté. Mais quelles sont ses limites? Le choix s’arrête-t-il lorsqu’il brime la liberté d’autrui?

R.B. : Avec toute la polémique entourant la chronique d’opinion, c’est très pertinent comme réflexion. Je pense qu’il faut questionner plutôt les intentions. Je suis pas mal obsédée par la pureté dans la vie : est-ce que les intentions sont pures et nobles ou est-ce qu’il y a quelque chose de sous-jacent qui profite à toi avant de profiter aux autres? Ça m’a toujours terrifié dans la vie, l’idée de pouvoir être méchante. Mais je prends conscience que je suis une personne foncièrement bonne, que je veux le bien des autres. Et si jamais je me mets les pieds dans la bouche, je peux partir de la conviction que mes intentions étaient justes.

 

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